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HISTOIRE DES DIFFÉRENTS NOMSDONNÉS AU PEUPLE BASQUEde Aitzol Altuna Enzunza Galdakano (Bizkaia), Navarre § traduit par Muturzikin avec quelques ajouts référencés §
L’Histoire officielle et enseignée, mise au service du nationalisme, ne vaut guère mieux que l’ignorance.
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Un nouveau peuple découvert par autruiPendant des siècles nos conquérants (nos ennemis), nous ont donné différents noms, selon la partie de notre territoire qu’ils contrôlaient et avec l’intime espoir de nous éliminer comme tous les autres peuples. Ils voulaient créer des États[1] qui s’intègrent au monde romain. Les plus anciennes mentions des géographes et les premières actions guerrières de ces peuples commencent au Ier siècle avant J.-C. Le géographe Polybe († 126 av. J.-C.) ne les nomme pas mais avoue sa méconnaissance de ces régions où il n’a entendu parler que de Cantabres, Varduli et Vaccei. Le premier à les nommer est Strabon qui achève sa propre « Géographie » en 17 de notre ère mais utilise un ouvrage plus ancien aujourd’hui perdu, (celui de Poséidonios d’Apamée qui mourut en 59 av. J.-C). Il y donne les premières mais décisives indications : Les Ouaskoonooï sont un peuple qui habitent un territoire défini. Ils ont un genre de vie montagnarde, au pied des Pyrénées et sont installés à Oiartzun, Pampelune, Calagurris, trois lieux repères que désormais plus personne n’oubliera. Calagurris qui surtout embrasse immédiatement la définition du Ouaskoonoon ethnos. La première fois qu’il fut écrit le mot « vasco », c’est avec Tite-Live[2] en l’année 77 av. J.-C., dans la description de la campagne du général romain Sertorio qui passa par l’Èbre jusqu’à Calagurris (Calahorra aujourd’hui)[3]. Salluste († 28 av. J.-C.) Cette œuvre parle de la guerre perdue par Sertorius et dans laquelle Galagurris s’illustra, et donne le ton, il inspira Tite-Live († 17) dans son livre 91 qui précisément n’existe plus qu’à l’état de lambeaux de palimpseste, mais qu'importe : on y apprend que les Calagurritani fibularenses, qui sont en fait des Vascons, ont poursuivi en 72 av. J.-C. la lutte armée contre Pompée. Une formule destinée à un long avenir fait son apparition dans l’œuvre de Pline : près des Pyrénées et de l’Océan se trouve le saltus Vasconum, seule apparition du peuple et de l’un de ses territoires dans une œuvre somme toute décevante. Pline n’a pas été attentif aux genres de vie, mais plutôt à l’organisation politique romaine. Les Romains ont dans l’ensemble moins bien regardé les Vascons que les Grecs, qui ont bien su rendre leur nom : Ouaskoonooï. Varronn[4] en 50 av. J.-C. parle de « uascos »[5]. Les chroniqueurs grecs de l’époque romaine écrivaient « ouascones » avec « ou ». Le mot « eusko » apparaît déjà, par exemple, dans « Bello Gallico »[6] de Jules César sur la guerre des Gaules. L’Aquitania était le nom de la province romaine créée par Auguste[7] qui comprenait à ses débuts la Novempopulania, future Baskonia continentale. L’Aquitania était un territoire entre la Loire et la Garonne[8]. Jules César indique que du Nord au Sud de la Gaule transalpine[9] « L’ensemble de la Gaule est divisée en trois parties. Les Belges en habitent une, les Aquitains une autre, ceux qui portent le nom de Celtes dans leur langue et Gaulois dans la nôtre, la troisième. Tous diffèrent par la langue, les coutumes et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. » dans les Commentaires qui date du Ier siècle[10]. Il ajoute aussi : « les Aquitains, étaient de physique semblable, de langue et de coutumes égales que la province voisine, l’Hispanie Citérieure ". Ce point de vue aussi est exposé dans les mêmes termes par Strabon (LIVRE IV. CH. I, 9)[11][12]. Julio Caro Baroja, principal anthropologue espagnol du XXe siècle cite le texte de Strabon[13] pour souligner qu’« il est logique de penser que les Aquitains aient, en premier lieu, des ressemblances en langue et certains aspects proches à ses voisins de la Péninsule, que Strabon appelle Iberia en général, c’est-à-dire, aux Bascones ». Le même auteur, indique dans son livre « Los vascones y sus vecinos »[14], que le mot « aquitain » vient de « auski », le pluriel d’« auscus », de la même manière que « vascones » viendrait du pluriel de « vascus ». Selon l’anthropologue, il indique aussi dans le livre mentionné : « Que « -tania » n’est pas différent de « -itania » dans sa signification et qu’il s’agit d’une façon latine d’appeler des régions selon les groupes ethniques et les peuples qui les habitent (…) nous devons accepté comme principe général, que dans la péninsule, les noms de peuples sont connus avant les noms des régions (Les Vascons sont connus avant Vasconia et les Cantabres avant la Cantabria)[15]». La variante donne ici « Asqui-Tania », le territoire des « Asques », le territoire des Basques, c’est à dire celui des « Euskaldunak », Euskadiens, des Basques.[16] Il n’y a aucun doute que « uasko, ouasko, eusko, vasco (basko) ou ausko » sont un et même mot[17] et sont les premières références écrites sur le peuple basque dans différents euskalkis ou différents parlers de l’euskara.
Après la chute de l’Empire romain : BaskoniaLes Basques sont connus après la chute de l’Empire romain avec l’appellation de Baskones (Vascons) (gentilité de Basque, « basko »), par conséquent, c’est la première appellation pour l’ensemble du peuple basque et cela vient par la même occasion identifier notre premier organisme politique : les habitants du duché de Baskonia[18]. « Baskonia » apparaît pour la première fois sur une carte de Ptolémée[19] au IIe siècle présente, comme Strabon et Poséidonios avant lui, deux passages distincts relatifs aux Ouaskoonooï. (mais il se réfère qu’à la tribu préromaine vasconne). Ce terme apparaît aussi sur la carte de Paulin de Nole[20] au IVe siècle[21]. Le chroniqueur franc, Grégoire de Tours[22], parle en 587 de la « Wasconia » avec un « W ». Grâce à ses écrits, on sait que ce territoire subira sa troisième grande invasion, après celles les Romains et les Visigoths, c’est-à-dire celle des « Franks ». Les Basques vont subir des grandes attaques et à grande échelle cette fois-ci. La pression militaire exercés par les Francs est telle, que toutes les tribus basques vont s’unir et créer une première unité politique sous le nom de « duché de Baskonia »[23]. Au VIIe siècle, le cosmographe[24] Anonyme de Ravenne [25] inclut dans sa carte « Baskonia ». Il distinguait deux zones, « Guasconia » ou « Vasconum patria » (patrie des Vascons) au nord des Pyrénées et « Spanoguasconia », les Vascons de la péninsule hispanique, division qui correspond à celle des provinces romaines[26]. Dans son livre « Geografica » : « Les anciens Aquitains appelaient leur patrie « Baskonia » (Guasconia). De même, proche de la Baskonia, se situait la patrie « Hispanobaskonia » (« Spanoguasconiam »). La copie, qui est conservée date du XIIIe siècle et elle est connue sous le nom de « Anonyme de Ravenne ». Elle contient pour la première fois, sous une forme écrite, le mot « Gasconia » avec un « g ». On utilisera ultérieurement plus « Gasconia ou Gascogne » en référence à la Baskonia Ultérieure (la partie nord de la Baskonia Continentale), qui va se romaniser en créant sa propre langue par la naissance du gascon à partir de l’euskara (de Saint-Sever[27] à la Garonne). Sur une carte du XIe siècle (alors qu’est déjà créé le royaume de Pampelune) située dans l’abbaye de la commune gasconne de Saint-Server[28], et effectué par Stephanius Garsia de Mauléon, les mots « Aquitaine » et « Waskonia » ou Vasconie qui sont parfaitement délimitées comme un seul territoire, sans aucune division entre la Baskonia ibérienne et la Baskonia continentale. Dans l’héraldique de la commune de Saint-Server, on peut y lire la devise suivante : « Caput Vasconiae » (Tête de Baskonia). Ce village situé à quelques kilomètres de Mont de Marsan, capitale du département des Landes, est aussi la frontière entre la Baskonia Citérieure et la Baskonia Ultérieur, une division franque qui démarquait son dominion sur la première Baskonia. Ce sont les Francs qui sont supposés être une grande menace pour les Basques, mais durant l’Histoire, ils n’ont pas été les seuls.
Autres tentatives d’invasionLes Visigoths, qui assaillent les territoires de l’Empire romain Occidental au début du Ve siècle, sont finalement confinés par les Francs à rester dans la péninsule ibérienne et appellent les Basques « Vascons (Baskones) ». Une nouvelle tentative d’invasion, cette fois au nom d’Allah, arrive en Baskonia (Vasconie) depuis le Nord de l’Afrique en 711. Les musulmans qui ont expulsé rapidement les Visigoths de la péninsule, les repoussent vers un petit royaume dans des pics d’Europe. Les musulmans, pendant des siècles, appelleront les Basques indépendants des « basquis », mais aussi « baxcones », avec un « x » (historien marocain Ibn Adhari), et d’autres « baskonis » (Ibn Hayyn[29], El Yacubi, Yacut). Le royaume asturien, qui apparaîtrait grâce à un militaire wisigoth qui s’était enfui avec un contingent réduit, n’obtient que de petits noyaux territoriaux à l’ouest de la Baskonia, comme ceux de Sopuerta et Karrantza, peut-être aussi à l’ouest de la rivière Baias en Alava. Ces territoires sont décrits de manière succincte dans la Chronique d’Alphonse III des Asturies, dit Le Grand[30], appelé aussi Don Sebastián, et selon les propos d’Andres E. de Mañaricua[31] : « Eo tempore populantur Asturias, Primorias, Liuana, Transmera, Suporta, Carrancia, Bardulies qui nunc uocitatur Castella, et pars maritimam et Gallecie ».[32] Dans cette même chronique, parlant de l’époque d’Alphonse Ier le catholique[33] : « Alabanque, Bizcai, Alaone et Urdunia, a suis reperitur semper esse possessas, sicut Pampilona, Deeius est atque Berroza. » C’est la première fois qu’apparaissent les mots « Alaba » et « Bizkaia » dans l’histoire de l’écriture et où l’on démontre clairement l’indépendance de ces territoires vis-à-vis des Visigoths-asturiens et du duché de Baskonia après le décès du duc Eudes rendu à la solde des Francs, et cela, peu avant de faire partie du royaume de Pampelune, ensuite appelée royaume de Navarre, de manière volontaire au moyen d’accords et de consentements avec la régence pampelonaise. En 1025, le mot « Ipuzkoa » apparaît déjà comme lieu dans le royaume de Pampelune-Navarre durant le règne de Sanche III Nagusia ou Le Grand[34].
La seconde unité politique basque apportera un changement dans le nom, fruit à nouveau des tentatives de conquête des Francs, et dans une moindre mesure des Wisigoths et des musulmans[35], mais surtout grâce à la force du peuple de Baskonia qui se soulève avec les armes et se range sous les ordres des seigneurs de guerre, parmi lesquels apparaîtra le premier roi basque : Eneko Aritza[36]. Les chroniqueurs carolingiennes, successeurs des Mérovingiens, utilisent le mot « Navarros » pour la première fois en 769 dans l’oeuvre Vita Karoli Magni[37] écrite par le moine Eginhard. Ce dernier fait référence aux Vascons (Basques) qu’ils ne contrôlent pas et qui restent indépendants des Francs. Cette première différenciation linguistique entre « Basques dominés » et « Basques libres » sera une constante à l’avenir et durant toute notre histoire. Le royaume franc de Charlemagne, le roi le plus puissant depuis la chute de l’Empire romain Occidental, souffre du soulèvement des paysans saxons au Nord. Les troupes franques, franchirent les montagnes pyrénéennes, un corps d’armée passant par l’Est, l’autre par l’Ouest. Les soldats soumirent la vallée de l’Ebre, puis se rejoignirent devant Saragosse. Hélas pour Charlemagne, le succès ne fut pas au rendez-vous : les vieilles murailles romaines de la ville résistèrent aux assauts des Francs. Finalement, après avoir organisé le pays conquis en comtés, comme le reste de l’Empire, Charlemagne donna le signal de la retraite et décida de rentrer au pays. Il passa par Roncevaux le 15 août 778, aussi Jour de notre Indépendance (Askatasun Eguna). Les Basques n’offriront pas de résistance, mais lorsque Charlemagne et son armée magnifique sont déjà sorti des montagnes, des milliers de Basques attaquent l’arrière garde et ses 20 000 soldats francs. Commandée par le comte de la marche de Bretagne, et le neveu de Charlemagne, le duc Roland, ils furent surpris dans les gorges de Roncevaux : des Vascons, aux ordres de Loup II (pourtant vassal de Charlemagne.), les attaquèrent par surprise. Ces derniers firent rouler des quartiers de roche sur les Francs, qui périrent jusqu’au dernier[38]. La victoire basque est totale et Roland meurt. Les Vascons viennent ainsi de se venger de la destruction de Pampelune, comme nous le laisse savoir le document relaté par le moine Eginhard dans la Vita Karoli Magni (chapitre IX)[39] : « Détruite Pampelune, subjugués par les Hispaniques (les Vascons romanisés peut-être ?) et les Vascons, aussi les Navarrais (Vascons indépendants qui vont créer le noyau du royaume), il retourna aux parties de France ». « Il a lissé au sol les parois de la ville (il a détruit les murailles de la ville) afin qu’elles ne puissent être révélé et, déterminé à retourner, il reparti dans le pas des Pyrénées »[40], Pampelune étant le « Navarrorum oppidum » (Annales Regíi)[41]. Un autre passage dit très clairement « par les Vascons qui vivent de l’autre côté de la Garonne et en arrière des montagnes Pyrénéennes " Eginhard (768-840)[42]. Cette victoire sera renforcée par une autre en 824 sur le même lieu par le chef militaire et politique basque Eneko Aritza et ses alliés, et de nouveau contre les Francs. Ces faits historiques marqueront un avant et un après pour le peuple basque qui sera libéré pendant plusieurs siècles, grâce à la création du Royaume de Pampelune-Navarre, de l’impérialisme de ses voisins {Ajout personnel important : ... et perdra en 824 définitivement le duché de Gascogne ou Waskonie continentale au profit des Francs.} La Navarre primitive est composée des Tierras de Deio, Berrueza, Tierra Estella de la famille Eneka-Ximena jusqu’à Pampelune, étendait son pouvoir en Alava avec les Belasko, avec les Garsea dans le Haut-Aragon, avec d’anciens grands musulmans et propriétaires fonciers romains d’origine baskon, les Banu Qasi[43]. La Navarre contrôle aussi les villes de Calahorra et de Tudela, et en ayant comme frontière entre des Vascons chrétiens et musulmans jusqu’1119, Olite ou Tafalla. Ces musulmans sont beaucoup d’ euskaldunes tel que le chef arabe d’origine vasconne qui libère ainsi la ville basque de Huesca en l’année 797 : Bahlul ibn Marzuq ibn Uskara[44]. Son épellation traditionnelle de Huesca a été compilée par le géographe musulman Al-Udrí au XIe siècle[45]. C’est la première fois qui est écrit le mot « euskara » dans l’histoire. Uskara est « euskara » en dialecte roncalais, vallée frontalière à la province Huesca, et dans les dialectes aquitains[46]. Le royaume de Pampelune est arrivé à comprendre au XIe siècle avec à sa tête Sanche III et son fils Garcia IV des territoires qui vont de Nájera jusqu’à Olite-Tafalla, l’unité basque retourne comme au temps du duc aquitano-baskon Eudes[47].
Toute la Baskonia ibérienne est contrôlée et régie par le royaume de Pampelune qui a suivit un processus naturel de création d’un État basque. On ne connaît pas de luttes internes entre Basques durant tous ces siècles (depuis la chute de l’Empire romain Occidental jusqu’au XIe siècle). Sanche VI le Sage (1150-1194) utilise pour la première fois le terme de « Royaume de Navarre » au lieu de « Royaume de Pampelune », utilisé précédemment. On ne cite déjà plus toutes les parties du royaume, et parlé simplement de « Navarre » est amplement suffisant. Ce terme est déjà reconnu internationalement et apparaît dorénavant dans tous les textes officiels de tous les royaumes d’Europe. En 1167, le roi Sanche VI le Sage, l’évêque de Pampelune et le comte Beila, décident dans un document officiel que l’euskara (LINGUA NAVARRORUM) sera la langue nationale des Navarrais, c’est-à-dire, du Royaume de Navarre. L’évêque de Pampelune, Pedro de Paris, adapte une entente avec le comte Beila sur le buste d’Arimeria appartenant à l’église de San Miguel Excelsis (Document daté de 1167). En sixième ligne, commençant par la fin, il est dit : « Erit autem talis differncia inter Orti Lehoarriz et Açeari Umea et successores eorum, quod Orti Lehoarriz faciet tu lingua Navarrorum dicatur unamaizter et Açceari Umea faciet buruçzagui, quem voluerit »[48][49]. Traduit par l’analyste José Moret : « Et ce sera avec cette différence entre Orti Lehoarriz et Aznar Umea, que Orti met, comme on dit dans la langue navarraise, un Maizter (Mayoral[50] de Bergers dans euskara) et Aznar Umea un Buruzagi (Mayoral de manœuvres) auquel il veuille »[51][52]. Par conséquent, parler en navarrais, c’est parler l’euskara[53] (lingua Navarrorum / lengua de navarros = vascuence et Navarro = Vascongado[51]). {Ajout personnel important : ... La substitution linguistique du latin par l’occitan comme langue administrative, officielle et judiciaire dans le Royaume de Navarre est due au prestige social, bien qu’elle ait trouvé très tôt sur son chemin un roman navarrais concurrent, qui jouissait aussi d’un caractère officiel, contrairement à l’euskarien, langue majoritaire du Royaume.} La majorité des textes en euskara de cette période sont des toponymes, anthroponymes et parfois des phrases complètes intercalées dans des textes en roman navarrais et en latin. Un exemple sont les Glosses[54] de San Millán (1025), avec une considérable liste de peuples et de villes d’Alava et les deux Glosas Emilianenses (Xe), qui à leurs tours contiennent le premier témoignage sur la langue castillanne. Un autre document d’importance est le livre du pèlerins d’Aymeric Picaud, qui inclut un bref vocabulaire en euskara. (la) (eu) Nauarri et Bascli unius similitudinis et qualitatis in cibis sellicet et uestibus et lingua habentur, sed Bascli facie candidiores Nauarris approbantur. Nauarri pannis nigris et curtis usque adgenua tantummodo, Scotorum more, induuntur et sotularibus, quos lauarcas uocant, de piloso corio scilicet non confecto factas, corrigiis circa pedem alligatas, plantis pedum solummodo inuolutis, basibus nudis, utuntur. Palliolis uero laneis, scilicet atris, longis usque ad cubitos, in effigie penule fimbriatis, quos uocant saias, utuntur... Si illos comedere uideres, canibus edentibus uel porcis eos computares. Sique illos loqui audires, canum latrancium memorares. Barbara enim lingua penitus habentur. Deum uocant Urcia [urtzia>ortzia?], Dei genitricem Andrea Maria [Andrea Maria], panem ogui [ogia (pain)], uinum ardum [ardoa (vin)], carnem aragui [aragia>haragi (viande)], piscem araign [arraiñ>arrain (Poisson)], domum echea [etxea (maison)], dominum domus iaona [iaona>jaona>jauna (Monsieur)], dominam andrea [andrea (Madame)], ecclesiam elicera [elizara>eliza (église)], presbiterum belaterra, quod interpretatur pulcra terra, tricticum gari [gari>garia (blé)], aquam uric [urik>ura (eau)] , regem ereguia [erregia>erregea (roi)], sanctum Iacobum Iaona domne Iacue [Jauna done Jakue>donejakue (Saint-Jacques de Compostelle)]... Ubicumque Nauarrus aut Basclus pergit, cornu ut uenator collo suspendit et duo iacula aut tria, que auconas uocat, ex more manibus tulit.[55]} Depuis l’époque franque, on appelait « Navarrais », tout ce qui se référait naturellement au Royaume de Pampelune, mais seulement aux personnes qui parlaient l’euskara (presque tous à cette époque), pour finalement avec Sanche le Sage, entre 1162 et 1167, commencer à appeler « Navarrais », toutes les personnes vivant dans le territoire de Navarre (qu’ils sachent ou non euskara). Comme aussi nous le confirment Jimeno Jurio, Yaguas y Miranda ou Ricardo Cierbide : « Regnante rege Sancio in Nauarra. Episcopo Petro Pampilona ». En 1050, apparaît déjà le terme de Navarre écrit avec un « b » : « Nabarra ». On croit que le toponyme Navarre pourrait peut-être dériver du mot « naba », une voix préromaine, du protobasque, dont la signification serait « terre entourée par des montagnes », [56][57] parfaitement applicable à Pampelune et ses environs tels que Berrueza-Deio-Lizarra. « - oa » de « Nafarroa » (« Navarre » en euskara) signifie « le secteur ».De la même manière, Pampelune serait l’ancien village vascon d’Iruña, « Ville au pied » des montagnes. À titre d’exemple : Benjamín de Tudela[58] dans son livre de voyages nous dit durant l’année 1170, qu’il est de Tudela, « Pays de Navarre ». Bien des années après (avec les Thibaut de Navarre sur le trône, 1234-74) dans les Contrées de Tudela et de Peralta, zone où n’avait pas disparu l’euskara après l’invasion musulmane, il mentionne encore des actes dans lesquels la Navarre est comme un pays étranger, différent du sien, et il ne se sent pas encore intégrés depuis la reconquête un siècle auparavant. Au XIIe siècle, est aussi écrit pour la première fois le mot « basquenz » dans le Cartulaire du monastère de Leire, d’où dérivera le mot « vascuence» et dans lequel on parle aussi « de LINGUA baskonea » (en réalité déjà depuis l’année 1058) ; toutes ces expressions servent à désigner l’euskara et dérivent du latin « uaskonice » (« parler à la manière basque » selon Koldo Mitxelena[59]). De même que « baskongado », mots qui sont devenus aujourd’hui presque des archaïsmes, vient de « baskonciatus » (celui qui parle basque), de « bascon » et donc par conséquent de « vasco » (basque). Pendant le Moyen-Âge, on a aussi utilisé le terme de « Baskonica Lingua ». Le terme pourrait venir de l’époque visigotique. Pendant la tentative d’occupation militaire des Wisigoths du duché de Baskonia (du Ve siècles au VIIIe siècle ), dans plusieurs textes apparaît le terme « vasconizado » en latin. Cela a donné lieu à différentes interprétations concernant l’occupation militaire de la tribu des Vascons sur le reste des populations bascophones, théorie non démontrée et si largement critiquée par Mitxelena ou Caro Baroja par exemple, et, qui aujourd’hui sont à exclure d’après les restes archéologiques d’Iruña Veleia[60][61]. Parmi les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, Aimery Picaud [62](XIIe siècle ) décrit dans son « Codex Calixtinus »[63] les peuples qu’il rencontre dont entre autres les Basques. Il nous dépeint dans de façon méprisante. Comme éléments qui peuvent nous intéresser, il y a les phrases suivantes : "l" Puis, aux alentours des ports de Cize, se trouve le Pays Basque, dont la grande ville, Bayonne, est située au bord de la mer vers le nord. Ce pays dont la langue est barbare, est boisé, montueux, pauvre en pain, vin et aliments de toutes sortes...[64]».", (la) tellus basclorum habens urbem baionam in maritima (1140) ». Il parle des Basques de Bayonne aux Pyrénées, qui sont maintenant sous le couronne anglaise, toutefois avec une double vassalité avec la Navarre. On commence à parler le « basque » en arrivant à Bayonne, dit Aymeric. Sont Navarrais, tous les Basques péninsulaires du royaume de Navarre. Bien que différent, Aimery Picaud dit que les Basques et les « Navarrais » sont très semblables, de coutume et de langue, s’habillent de manière égale. L’opposition chromatique blanc-noir intervient plusieurs fois dans le texte. La couleur noire désigne un trait spécifique de l’identité corporelle des paysans basques et navarrais. Les premiers, plutôt sombres de peau, ont cependant " le visage plus blanc (facie candidiores) que les Navarrais ". Sur ces derniers, il est dit qu’ils " portent des vêtements noirs (nigris) et courts qui s’arrêtent au genou […], des manteaux de couleur sombre (atris) ", sont perçus comme un peuple " noir de couleur (colore atra), laid de visage ". Le voyageur français indique: « " Dans certaines régions de leur pays, en Biscaye et Alava, quand les Navarrais se chauffent, l’homme montre à la femme et la femme à l’homme ce qu’il devrait cacher. Les Navarrais forniquent honteusement avec les bestiaux ; on raconte que le Navarrais met un cadenas à sa mule et à sa jument pour empêcher tout autre que lui-même d’en jouir. La femme comme la mule est livrée à sa débauche ( libidinosa)[64] ". Il évoque davantage le registre de l’animalité que le langage humain : " en les écoutant parler, on croit entendre des chiens aboyer. Leur langue est en effet tout à fait barbare. Ils appellent Dieu, Urcia, la mère de Dieu, Andrea Maria, le pain, orgui, le vin, ardum, la viande, aragui... " [64]. D’ailleurs, n’est-ce pas l’imitation de cris d’oiseaux et d’animaux sauvages qui, dans certaines circonstances, sert de base au code " barbare " dont use le Navarrais ou le Basque pour communiquer ? Quant à la cruauté, on peut être sûr que la classe paysanne y excelle. Ainsi, la méchanceté redoutable du peuple Navarrais : " C’est un peuple barbare, différent de tous les peuples et par ses coutumes et par sa race, plein de méchanceté ", " expert en toutes violences, féroce et sauvage ", " cruel et querelleur "; " Pour un sou seulement, le Navarrais ou le Basque tue, s’il le peut, un Français. "[64]
Nos conquérants ont continué à jouer avec notre gentilé tout en justifiant leurs invasions et leurs tromperies. À cette époque, on appelle « Basques » , la partie qui est aujourd’hui le Pays basque continental et qui était sous le joug des Anglais, c’est-à-dire les Souletins (zuberotarrak ou xiberutarrak), les Labourdins (lapurtarrak), et les Gascons. Ces derniers sont aussi des Basques de la Baskonia continentale qui ont perdu l’euskara au profit du gascon (ou béarnais)[65]. Le béarnais qui est le nom donné au gascon parlé en Béarn et le gascon conservent quelques tournures grammaticales d’origine euskarienne et aussi 20% du lexique ont une racine des mots basques. {Ajout personnel... Une bonne moitié du vocabulaire botanique est d’origine basque en gascon, autant de parentés dans le domaine animal (souvent des traductions mot à mot). Quelques exemples : arrian=vautour (cf basque arana), caparra=tique (cf basque kaparra), biscarrar=tondre... etc. Par contre je ne trouve aucune référence pour les 20% et la grammaire euskarienne dans le gascon. De plus, l’auteur affirme entre autres que le gascon, donc le béarnais, le roman navarrais et le proto-espagnol sont des « romans basques », c’est-à-dire, pas des langues issues du basque, mais créées par des Basques (Vascons...etc). Pour eux, l’importance de parler une langue d’origine latine primait sur l’euskara de l’époque (proto-basque/aquitain). À suivre...}[66]. L’Aquitaine du Haut Moyen Âge allait seulement de la Loire à la Garonne. Cette Aquitaine, Loire-Garonne, était un territoire riche et très romanisé, dominé parfois par les Francs ou des rebelles. De son passé basque, il ne resterait peu ou même rien au nord et cela irait en crescendo au fur et à mesure que nous nous approchons de la Garonne[67][68]. La partie sud-est de l’Aquitaine et la Baskonia Ultérieure sont appelé Guyena[69] par les Anglais qui occupent militairement la Baskonia continentale grâce aux alliances formées. Quant aux Navarrais, c’est-à-dire les habitants du Royaume de Navarre, dont maintenant le terme est juridique et politique, ils doivent maintenir leur indépendance. Ce terme de Navarrais s’applique pour les Navarrais de Basse et Haute-Navarre et ceux de la Sonsierra riojana[70]. Les Biscaïens, les Alavais et les Guipuscoans, jusqu’à présent appelés « Navarrais », vont être conquis par les Castillans et cesser d’être des hommes libres dès le XIIIe siècle. Après la conquête, on commence à les appeler des « bizkaínos (Biscaïens) », peut-être à cause du nom de la propriété initiale, c’est-à-dire de la Seigneurie de Biscaye[71]. Dérivera par la suite le toponyme Golfe de Biscaye (les Français parlent du golfe de Gascogne)[72]. Par conséquent, il est interdit depuis cette époque pour les Navarrais occidentaux d’être appelé « Navarrais ». Curieusement, on parlera de « bizkaínos (Biscaïens ou Biscayens) » pour parler des bascophones, incluant ceux du royaume de Navarrre. Le terme sera l’usage courant durant des siècles. Pour d’autres, comme François Xavier[73] de Navarre au XVIe siècle ou le Souletin Agosti Xaho[74] au XIXe, ils sont aussi appelés « Biscaïens ». Dans une missive[75], Xabierr[76], s’adresse à ses compagnons à Rome depuis Cochin[77] en 1544 : « No hallava entre ellos otra respuesta sino que eran christianos, y que por no entender ellos nuestra lengua no sabían nuestra lei, ni lo que habían de creer, y como ellos no me entendiesen ni yo a ellos, por ser su lengua natural malabar y la mía bizcaína (le malabar étant sa langue naturelle et la mienne biscaïenne), ayunté los que entre ellos eran más sabidores, y busqué personas que entendiesen nuestra lengua y suia de ellos, y después de avernos ayuntado muchos días, con grande trabajo sacamos las oraciones... de latín en malabar ». Encore en 1625, le chroniqueur Lope de Isasti se plaignait de confondre les Guipuscoans des Biscaïens puisque dans la « Castille et la Galice, on appelait ainsi tous ceux qui parlent langue basque (baskongada) [78] ».
EuskaldunComme nous l’avons vu, le mot « eusko » et ses variantes « ausko », « vasco », « ouasco », s’écrivent depuis l’époque romaine et sont la première référence écrite sur peuple basque. Toutefois les mots avec le suffixe « -dun » n’apparaissent que plusieurs siècles plus tard. Jusqu’à présent, la première apparition de ce suffixe se trouve dans un document de Eslaba (Haute-Navarre, proche de Zangoza (Sangüesa)) qui date de 1276 et où apparaissent les mots « erdaldun » et « erdara »[79] (celui qui ne sait pas ou qui ne possède pas l’euskara) , antithétiques ou qui est contradictoire à « euskaldun » (celui qui sait ou qui possède l’euskara) et « euskara ». À Sangüesa en 1366, deux gentilhommes portent le surnom d’« Erdara » et peu avant à Artaxona (Artajona proche de Taffala), il y a le nom de « García Erdalduna », ce qui démontre que l’ignorance du basque ou de la langue navarraise était plutôt inhabituelle dans la zone moyenne de la Haute-Navarre. Mais les changements de noms des Basques et de notre territoire, en fonction des conquêtes et des impérialistes qui continuent à fractionner politiquement notre « Amalur » (Mère-nature ou Mère-patrie) au dépend de nos propres intérêts, ne s’arrêtent pas ici.
(fin de la première partie) La conquête de la Haute-Navarre a eu lieu entre 1512 et 1524 par le royaume de Castille et d’Aragon. On commence à faire référence à cette époque à la Basse-Navarre comme « terre de Basques »[80], et de nouveau, on essaye de séparer les Basques conquis des Basques libres et on évite d’utiliser le terme de Navarrais. Cette fois-ci, les notions sont inversées, puisque avant, les seuls Basques libres étaient ceux de Navarre alors que ceux de la Soule et du Labourd formaient un État indépendant de la Basse-Navarre et de la vicomté de Béarn (rejoint à nouveau à la Navarre par le mariage depuis le XVe siècle). Ailleurs, notre ethnonyme est nié, il nous est interdit au XIIIe siècle d’utiliser le terme de Navarrais, car tout à coup, nous sommes juste des « Biscaïens ». Les Haut-Navarrais, par leur volonté à vouloir garder leur royaume dans les mains de rois légitimes français[81] étaient péjorativement appelés «franceses» (Français) (également les rebelles, les schismatiques, des déserteurs, les criminels, les accusés de crime par sa «lèse-majesté", etc.) C'est ainsi que le conquistador Lope de Agirre[82] (Oñatiarra, Guipuscoan) traite son supérieur, Pedro de Ursúa[83], dans la recherche de l’El Dorado (Baztandarren, Navarrais dont la famille a contribué à la conquête par la Castille du royaume de Navarre)[84]. Bon nombre des territoires continentaux du royaume de Navarre, sont occupés par des Navarrais qui ont perdu l’euskara durant le Moyen-Âge, après la conquête et l’imposition culturelle castillane. Ils cessent d’être Nabarro ou Navarrais, comme c’est le cas dans La Rioja, Bureba y Castilla Vetula, l’extrême nord de l’Aragon et dans les Pyrénées, avec des exceptions comme le village de Cinco Villas en Aragon encore unilingue bascophone au XIXe siècle[85]. Selon les conquérants, l’euskara est un obstacle majeur à l’assimilation (nettoyage ethnique) de la population « Nabarro » (navarraise). Ils font disparaitre de la conscience des gens la notion d’État et même de la nation navarraise, et ce assez facilement[86][87]. Du XVIe au XVIIIe siècle, Biscaïens, Guipuscoans et Haut-Navarrais se font appeler « Cantabres », en référence à la "Cantabria" qui est restée indomptable face à l’impérialisme romain jusqu’à l’an 26 av.J.-C. Même Agosti Xaho, Souletin (zuberotarra) s’auto-défini comme « Cantabre » au XIXe siècle. « Cantaber » avait un sens ethnique basque, et même Íñigo de Oñaz y Loyola, francisé en Ignace de Loyola ou François Xavier, n’ont utilisé l’expression de Basque ou Navarrais, ni même celle d’Espagnol[88] pour s’auto-définir. On utilisait ce terme parce cela faisait référence à une certaine vasquidad ou basquitude des Cantabres, qui stoïquement succombèrent devant l’armée romaine. Ils seraient hypothétiquement les descendants des premiers habitants de la Péninsule Ibérique, les Ibères. En fait les Basques, ne faisaient pas partie des peuples cantabriques, ni mêmes des peuples africains qui sont arrivés tardivement en Iberie[89], la Baskonia était habitée depuis des millénaires par les Basques ou Proto-Basques, territoire où il n’y a aucune trace des Ibères.
Du XVIIe siècle à aujourd’hui, perte permanente de l’État Basque et émergence de Euskal HerriaL’État basque disparaît de facto en 1620, lorsque les troupes françaises occupent les parlements de la Basse-Navarre et du Béarn[90]. Le grand écrivain basque Pedro Agerre Azpilikueta, dit Axular[91] écrivit peu de temps après, en 1643: "Badaquit halaber ecin heda naitequeyela euscarazco minçatce molde guztietara. Ceren anhitz moldez eta differentqui minçatcen baitira euscal herrian, Naffarroa garayan, Naffarroa beherean, Çuberoan, Lappurdin, Bizcayan, Guipuzcoan, Alaba-herrian eta bertce anhitz leccutan". "Je sais de même que je ne peux pas m’étendre à toutes les formes de l’euskara. Puisqu’il y a beaucoup de parlers et on parle différemment en Euskal Herria (Pays basque), dans la Haute-Navarre, la Basse-Navarre, Zuberoa (Soule), Lapurdi (Labourd), Bizkaia (Biscaye), Gipuzkoa (Guipuscoa), Alava et dans beaucoup d’autres zones." Autrement dit, si nous lisons attentivement Axular, Les sept provinces configurent le territoire basque, mais aussi durant le XVIIe siècle, en dehors de l’Euskal Herria, l’euskara est aussi parlé dans de nombreux endroits, comme dans les régions montagneuses de La Rioja Alta ou dans le Béarn[92], Haut-Aragon[93], dans la Bigorre[94] et autres régions des Pyrénées, mais ces territoires ne sont pas considérés par Axular comme faisant partie de l’Euskal Herria[87]. Mais le premier qui a écrit le mot « Heuscal-herria » est Johannes Leizarraga en 1575 dans le prologue du Nouveau Testament[95], seulement en 2004, on a trouvé un manuscrit plus vieux de Juan Perez de Lazarraga (écrit vers 1567-69) qui semble lui aussi utiliser le même nom. Euskal Herria est « le pays de la langue basque, l’euskara », selon Euskaltzaindia. Euskal Herria fait davantage référence à la nécessité de trouver un nom unique à un même peuple. Ce dernier ayant été démembré par les impérialismes, arraché politiquement de son État commun, un État entièrement occupé par la conquête impérialiste. Euskal Herria est le terme naturel des « Navarrais (Nabarro) » et un terme interdit en Nabarra, là où la conquête militaire était un fait[96].
XVIIIe siècle, la «nation basque» (nación vascongada)On n’appellera plus les Navarrais occidentaux vascongados (Basques) et ce jusqu’au XVIIIe siècle. On désigne en principe tous ceux qui parlaient euskara, les « Biscaïens (Bizkainos) ». Le terme « nation »[97] (du latin « nationem ») jusqu’au XVIIIe siècle a été utilisé avec pour signifier un groupe ethno-linguistique. Ainsi, la «nation basque» est en lien avec la langue basque. Au XVIIIe siècle, Larramendi[98] parle de la «nation basque» et Perotxegui publie « Origen de la nación vascongada y de su lengua (Origine de la nation basque et sa langue) ». Depuis le XVIIIe siècle, l’État espagnol dirigé par des Bourbons désigne « Provincias Vascongadas » (provinces basques)» Alaba, Guipúzcoa y Vizcaya, mais pas la Haute-Navarre, qu’ils considèrent comme partie du Royaume basque. Le nom "Provincias Vascongadas" altère donc la sémantique du mot "vascongado", qui jusque-là signifiait seulement "locuteurs de langue basque", Euskaldun. Mais pour certains, "vascongado" s'est mis à signifier pour certains ceux "d’Alava, du Guipuscoa et de la Biscaye".
XIXe siècle, le "Pays basque" de "Zazpiak bat"Plus tard, le nom de "vascongado" tomba en désuétude, remplacée par "vasco", du
français "Basque", qui se réfère à la langue que nous parlons. Avec l’influence impérialiste, l’ancienne appellation de « nación vascongada » (nation basque) changea une fois de plus de nom, pour « país vascongado » (Pays basque), et par « País Vasco » (Pays basque). ainsi le terme "pays" a une connotation beaucoup moins politique que le terme de «nation». C’est ainsi que le territoire des Basques a été rebaptisée « Pays basque », traduit en castillan en tant que « País Vasco », comme au XIXe siècle. L’union culturelle a inspiré l’expression « Zazpiak bat » à Antoine Thompson d´Abbadie (1810-1897), appelé «Père du peuple basque», avec qui Agusti Xaho a également collaboré. En 1836, dans un travail commun, Agosti Xaho et Antoine d’Abbadie, parents éloignés, écrivent la première grammaire Souletine "Études grammaticales sur la langue euskarienne" qu'ils dédient « aux Basques des 7 provinces », en basque : Zazpi Uskal Herrietako Uskalduner, (bien qu'Arnauld Oihenart ait écrit quelque chose à ce sujet en 1657). Mais c’est à Pampelune que la formule « Zazpiak Bat » fut lancée pour la première fois en 1876 par le linguiste navarrais Arturo Campión Jaimebon[100] lors de la publication de son livre « Consideraciones acerca de la cuestión foral y los carlistas en Nabarra ». "Zazpiak bat", "sept (provinces basques) font un (pays)" est inspirée par « (h)irurak bat » (les trois font un) de la Real Sociedad Bascongada de Amigos del País ou Euskalerriaren Adiskideen Elkartea. Plus tard, le « Laurak bat » (les quatre font un) viendra avec la période de carlistes du gouvernement provincial de la Haute-Navarre qui cherchait à faire front commun avec les trois autres provinces de l’Ouest de la Navarre. Le « Laurak bat » était également présent dans la chanson « Gernikako Arbola[101] » chanson écrite par Urretxu Jose Maria Iparragirre, que l’on a pris comme un hymne spontanée d’Euskal Herria. Aujourd’hui, on parle parfois de « Seirak bat » (les Six (font) un), considérant que la Haute-Navarre et la Basse-Navarre comme une seule
et même province (La Navarre réduite ou médullaire), mais en réalité, toutes les provinces représentent la Navarre, et pas seulement ces deux,.
Cependant même si "Zazpiak-Bat" est une devise appropriée quoiqu'incomplète, elle laisse de côté d’autres territoires et accepte les divisions imposées par les Espagnols et les Français comme naturelles alors que cela n’est pas le cas. Louis Lucien Bonaparte, dialectologiste illustre dans le travail de recherche a, dans le cadre personnel et en partie avec l’aide de collaborateurs, dessiné dans une carte, datée de 1863. Elle est éditée en 1871 avec des données collectées jusqu’en 1869, les limites de la langue basque dans chacun de ses dialectes: le biscaïen, le guipuscoan, le labourdin, le souletin, haut-navarrais méridional, le haut-navarrais septentrional, le bas-navarrais oriental et occidental. Elle est la première carte connue d’Euskal Herria.
Le linguiste Wilhelm von Humboldt[105] (fin XVIIIe au XIXe siècle) dans sa visite en Euskal Herria s’exprime ainsi : «Quand ils veulent désigner l’ensemble de la nation basque, on tombe dans la perplexité et l’on cherchera en vain le terme acceptable à la fois par l’Espagnol, le Français et les Allemands. En général, les Français ne connaissent pas de dénomination. Ils disent « Biscayens » en parlant des Basques de la péninsule, des « Basques » en parlant du Pays basque français et si nécessaire recourir à l’ancien nom Cantabrique (...). Les gens se sont nommés d’après les provinces: Biscayens, Guipucoans, ou Alavais ... Alors, ce malheureux peuple perd l’unité de son nom. " (...) En tout cas, ce peuple est éparpillé dans le Pays Basque français, les provinces baskongadas et de Navarre : Basques. »[106] La Haute-Navarre qui faisait référence à l’État basque, perd son nom symbolique de «royaume» après avoir perdu la Première guerre carliste et l'imposition d'une loi connue, et utilisant un euphémisme: la « Ley Paccionada »[107] "Traité sur le droit" (16 Aout 1841), qui a transformé le Royaume en simple province espagnole[108], avec un certain degré d'autonomie. Cette loi modifiait partiellement les fueros (les articles 16 à 25 qui spécifiaient le régime fiscal) Le gouvernement agit aussi par décret dans les autres provinces basques. La Basse-Navarre, la Soule, le Labourd et le Béarn perdent aussi leur statut de royaume. La constitution française de 1791 a finalement aboli le titre traditionnel de « Roy de France et de Navarre » par « Roy des Français », malgré les protestations indignées des frères Garat, et le député de l’ambassade de Basse-Navarre à Paris. A la Constituante, Polverel, député de la Navarre, demande, pour le roi de France, le maintien de l’ancien titre : Roi de France et de Navarre. Saliceti intervient pour dire qu’à son avis le titre de roi des Français est suffisant, mais que si l’on ajoute : roi de Navarre, il demande qu’on dise aussi : roi de Corse. L’assemblée décrète que rien ne sera ajouté à l’expression « roi des Français ». Polverel conclut «que si le roi a refusé le serment et l’Assemblée nationale le titre de roi de Navarre, la Navarre n’est pas la seule qui constitue une République indépendante[109]. La Restauration des Loyalistes en 1814[110] restaure, momentanément, le titre de « Roy de France et de Navarre ». En 1830, la monarchie "libérale" française annule cette distinction, encore et pour toujours, et la remplace par « Roy des Français », au pluriel. Le XIXe siècle est aussi le siècle du nationalisme, qui prend de l'ampleur en Allemagne où le peuple « Volsk » prend de la vigueur. Les traditions, l'histoire, les chansons et les langues populaires, sont mis de l'avant par Herder, Schiller ou les frères Grimm[111]. Et un mouvement en nait et mène à la naissance de l’État allemand unifié qui comprend une grande partie du peuple allemand. Au Pays basque, les frères Arana à la fin du XIXe siècle vont être à l'origine du nationalisme basque. Sabino présente un néologisme: « Euskadi ». Il croyait à tort que « Euzko » était une dérivation de « "Eguzki" » (soleil), d’où le "z", mais ce n’est pas le cas, en fait « Euskadi » a pour racine racine « Euskara » et est orthographié avec un « s »[112]. Euzkadi ou Euskadi qui signifient « série d’Euskos » était un néologisme ayant un contenu politique, définissant ainsi comme tel le nom d'un Etat Basque, par rapport à Euskal Herria ou Pays Basque qui ont plutôt une signification culturelle. Mais il y a une erreur, car le suffixe «-di» ou «-ti» devrait être utilisé que pour les ensembles d’arbres: pagadi, aresti, pinudi (hêtre, chêne, pin) et ainsi de suite. Ce nom est systématiquement utilisé depuis 1900[113]. Ce n’est pas la première tentative des Basques à créer un mot en euskara concernant Pays Basque, c’est-à-dire, à Euskal Herria[114], en voulant lui donner une connotation politique plus grande que simplement culturelle. Ainsi, Eusebio Azkue[115] en 1862, utilise le mot « Euzkadia » et dans la littérature française et espagnole de l’époque, apparait le mot « Euskaria »[116]. Arturo Kanpion en 1878 est le créateur de l ’"Asociación Euskariana" ou « Nafarroako Euskara Elkargoa » qui travaille en faveur de la culture basque et d’un État de Nabarra, avec l’union des quatre provinces. Des vérités qui avaient déjà été écrites par Arturo Kanpion, je ne peux m’empêcher de citer celle-ci: « les plus grands ennemis que les Navarrais avaient et ont, sont les Navarrais eux-mêmes. Chaque jour la Navarre devient de moins en moins basque, et chaque jour de moins en moins navarraise aussi" [117].
XXe siècle: le statutEnsuite, le parti créé par Sabino Arana, le PNV, donne le nom de Communauté autonome d’Euskadi lors de la constitution espagnole de 1978 (C.A.V., Comunidad Autónoma Vasca), après une dernière tentative déjouée par le soulèvement militaire fasciste. Et on utilise désormais « Euskadi » à la place de «vascongadas», ce terme devenant obsolète. Dans son article 1 du Statut de Gernika, le TITRE PRÉLIMINAIRE dit: « Le peuple basque ou Euskal Herria, en tant qu’expression de sa nationalité, et pour accéder à son auto gouvernement, se constitue en Communauté autonome dans l’Etat espagnol sous le nom de Euskadi ou Pays Basque, conformément à la Constitution et avec le présent statut, qui est sa norme institutionnelle de base.»[118],[119]. La phrase[120] n’est pas difficile à comprendre, sauf sur la confusion ou la collaboration pure et simple avec l’impérialisme espagnol. Mais comment doit-on l’appeler? Nabarra (Navarre) : c’est la dénomination politique avec laquelle nous avons été reconnus dans le monde comme Basque : il est notre État historique et indépendant né de « Baskonia », et ce grâce à la puissance de ce peuple. Par conséquent, pour tous les Basques qui veulent être politiquement indépendant et retrouver un État, nous nous appellerons : « Nabarro » (Navarrais). Nous pouvons être des Navarrais Occidentaux (comme les « nabarros de Bizkaia, nabarros de Alaba ou nabarros de gipuzkoanos »), de la mer navarraise (ou la côte basque), les Haut-Navarrais et Bas-Navarrais réunis, voire Nabarrais continental, Nabarrais d’Aquitaine et Gascons, Nabarrais péninsulaires face aux Nabarrais ibériques . Le terme « Nabarro » (« navarrais ») a été tellement manipulé qu’aujourd’hui on attribue ce dernier seulement aux Haut-Navarrais et Bas-Navarrais d'une Navarre réduite (jamais pour l’unité de ces derniers), non plus pour les nabarros-baskongados (Basco-Navarrais), nabarro-labortano (Navarro-labourdins) ou nabarro-suletino (Navarro-souletin) et encore moins pour les nabarro-riojano (Navarro-Riojanais) ou bearnés-nabarro (Navarro-béarnais) par exemple.
Seuls ceux qui possèdent la culture régnante de Navarre, avec sa grande diversité, et qui sont conscients d’appartenir au même peuple, sont Navarrais[121], tout en sachant que l’euskara est nécessaire pour pouvoir être des « Euskariens », ou dans la même veine, « bascophone », principal signe d’identité de la culture basque, et par conséquent de la Navarre. Dans notre langue (euskara ou navarrais), nous nous appelons tous « euskaldunak » et qu’importe les divisions politiques impérialistes. Bien que ce terme soit connu, il est ni exclus, ni nié quand on l'utilise, car chacun d’entre nous sait qu'il parle la langue d’Axular. Mais, nous sommes des « nafarrak », quand nous sommes conscients d’appartenir à un peuple politique, un peuple en marge de nos conquérants et de leurs colons (ces derniers peuvent être aussi « Euskalduna » (euskarien)). Le mot «Euskadi» apparaît dans le Statut d’Autonomie du Pays basque et serait actuellement un terme plus moderne pour décrire les « Baskongadas ». La province de Navarre (CFN ou Communauté forale de Navarre (Comunidad Foral de Navarra en castillan, Nafarroako Foru Erkidegoa / Komunitatea en basque)), est une province statutaire de Navarre, ce qu'Axular appelait « Alta Navarra » (Nafarroa Garaia ou Haute-Navarre), et à laquelle on pourrait la nommer comme tels: « mini-Navarre », « Navarre résiduelle » (Tomás Urzainqui Mina) ou « Navarre médullaire « (Jose Maria Jimeno Jurio), bien qu’elle ait été aussi utilisé pour désigner le terme moins dédaigneux que « Navarre primitive », entre autres. « Iparralde » équivaut au territoire basque au nord des Pyrénées (« Zone nord ») et « Hegoalde » au sud de ce dernier ; mais ce ne sont plus que des références géographiques de notre nation, la même chose que le Pays Basque continental ou péninsulaire et seulement qu’une partie de la Navarre. Le Pays basque français et Pays basque espagnol, ne sont que des termes qui nous rappellent que nous avons été conquis, ce qui nous prive de notre liberté, et qui cherche à nous différencier. « Aujourd’hui, et depuis à peine vingt ans, nous nous trouvons devant une dichotomie infernale
Basques versus Navarrais, devant un exemple authentique de divergence futile.
L'affirmation est faite sur le dos de la connaissance et de la réalité. Dans ce
genre de catégorie, il y a aussi Lusitanien versus Portugais, Gaulois versus Français,
Germain versus Allemand, ou Helvétique versus Suisse.
ConclusionIl s’agit d’une brève visite des noms que nous nous sommes donnés ou qui nous ont été donnés par nos conquérants. La manipulation de notre gentilé, la prise de possession de nos terres et la mainmise sur le destin de notre peuple ont pour objectif de nous maîtriser, nous conquérir, nous assimilés au mieux, nous éliminer, nous transformer en paisibles habitants, de conquérir notre Etat et non pas de nous laisser libre. Comme le Maréchal D. Pedro de Navarre[123] hurlant dans la prison à Simancas (Valladolid) et à qui on a demandé pourquoi il a résisté à la conquête castillane de la Haute-Navarre et pourquoi il a refusé d’accepter des titres fonciers, a ajouté : « "Nafarra naizelakotz, española ez naizelakotz" » |
Carte de la Gaule en 54 av. J.-C. « Novempopulania » en jaune sur cette carte était connue premièrement sous le nom d’« Aquitania ». Les Celtes en rose, le Belges en orange, la Gaule narbonnaise en vert et les ancêtres des Basques, les Aquitains en jaune..
Tribus basques au au Ier siècle © 2002-2009 Eusko Ikaskuntzaren Euskomedia Fundazioa
Représentation de l’isthme pyrénéen, dans la cosmographie de Ptolémée. Le Codex du XVVe siècle.
Le tracé gras: limite de l’euskara au début de la Romanisation En tracé fin : limite de l’euskara et la zone bilingue au VIIe siècle. © 2002-2009 Eusko Ikaskuntzaren Euskomedia Fundazioa
Carte en langue basque
Carte de la Novempopulania selon M. François Saint-Maur où chaque tribu est délimitée sur un territoire. © 2002-2009 Eusko Ikaskuntzaren Euskomedia Fundazioa
© 2002-2009 Eusko Ikaskuntzaren Euskomedia Fundazioa
En 526, la « Waskonia » (Baskonia ibérienne) et La « Guasconia » (Baskonia continentale / Gascogne) partagent une culture, une langue basque et des mœurs communes.
Royaumes d’Europe en l’an 1000
Carte du royaume de Sanche III (1135)
Carte du royaume de Sanche VI le Sage (1150-1194)
Entité politique en Europe en 1198 © 2002-2009 Eusko Ikaskuntzaren Euskomedia Fundazioa
Carte du royaume de Sanche VII le Fort (1194-1234)
Possessions anglaises en 1337
Indication de "Tierra de Basco" dans le Livre des armoiries du royaume de Navarre. Datée entre 1572 et 1575
Manuscrit de Juan Pérez de Lazarraga
Fragment d’une carte du XVIIe siècle. Il apparait le nom "Basques"
Zazpiak Bat
Carte éditée en 1933 par "Beñat idaztiak"
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Jarraitzen du.
Iluna Ehulea