ESPAGNE Amnesty International
La cause basque et l’euskera
ESPAGNE Amnesty International
Le droit de manifester pacifiquement doit être
maintenu au Pays basque
BULLETIN D’INFORMATION 160/02
Index AI : EUR 41/011/02 12 septembre
2002
Embargo : 12 septembre 2002 à 10 h 00 GMT
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Avant la manifestation prévue samedi à Bilbao
en soutien au mouvement politique suspendu Batasuna,
Amnesty International a prié instamment les autorités espagnoles et basques
de veiller à ce que les droits fondamentaux que sont le droit à la liberté
d’expression et le droit de manifester pacifiquement ne soient pas menacés
par les récentes mesures législatives qui semblent interdire de telles
manifestations. Le 2 septembre, après la suspension de Batasuna*,
un juge d’instruction a pris une décision judiciaire qui semble élargir le
champ de l’interdiction à «tout
rassemblement ou toute manifestation»
organisés par des groupes ou des particuliers en référence à Batasuna
ou à sa suspension. Ce juge a précisé que la décision de suspension des
activités de Batasuna
s’appliquait aussi à tous ceux qui était directement ou indirectement guidés
ou inspirés par Batasuna
ou par ses membres ou dirigeants. Par ailleurs, selon lui, tous les symboles,
logos, affiches, pancartes, annonces, etc. faisant référence à Batasuna
étaient aussi interdits. Le 6 septembre, une nouvelle décision de justice
aurait toutefois spécifié que les manifestations organisées par d’autres
partis ou par des particuliers n’étaient pas concernées par
l’interdiction de manifester qui frappe le mouvement nationaliste basque. La
portée exacte des différentes mesures reste néanmoins assez floue, et le
gouvernement basque est en butte à de nombreuses attaques parce qu’il a
autorisé une manifestation pacifique le week-end dernier. Amnesty
International reconnaît le droit des gouvernements espagnol et basque de
garantir la sécurité de toutes les personnes qui se trouvent sur leur
territoire. Par ailleurs, elle a condamné à plusieurs reprises et sans équivoque,
au fil des ans, la campagne persistante d’homicides menée par
l’organisation Euskadi Ta Askatasuna (ETA)
contre des civils, ainsi que les nombreux actes d’intimidation motivés par
des considérations politiques ou les actes de «violence
urbaine» mettant des vies en danger.
«Néanmoins, les exactions de l’ETA ne
doivent pas servir à justifier une remise en cause des libertés
fondamentales. Quand on est confronté à de graves atteintes aux droits
humains, il devient d’autant plus important de respecter ces libertés»,
a déclaré Amnesty International. L’organisation craint que la décision de
justice du 2 septembre ne soit interprétée comme une interdiction de toute
manifestation pacifique contre les différentes mesures législatives qui sont
prises en vue d’interdire Batasuna.
Si tel était le cas, les droits fondamentaux que sont le droit à la liberté
d’expression et le droit de manifester pacifiquement seraient
incontestablement bafoués.
«Les autorités espagnoles et basques
devraient apporter des éclaircissements à ce sujet et veiller à ce que ces
droits, qui sont reconnus au niveau international, continuent d’être protégés»,
a souligné Amnesty International.
Complément d’information
Le 26 août, un juge d’instruction de
l’Audience nationale a ordonné la suspension des activités politiques et
économiques de Batasuna
pendant une période de trois ans prorogeable jusqu’à cinq ans, au motif
que ce mouvement constituait une partie importante et intégrante de la
structure de l’ETA. Au même moment, le Parlement espagnol a officiellement
demandé au gouvernement espagnol de saisir la Cour suprême pour qu’elle déclare
Batasuna
illégal. Parallèlement, le procureur général a soumis à la Cour suprême
une demande de dissolution de ce mouvement. La coalition Batasuna,
anciennement connue sous le nom d’Herri
Batasuna, puis d’Euskal
Herritarrok, a été formée en 1978
et fonctionne depuis comme un parti parlementaire légal. La décision de
suspendre cette coalition fait suite à l’entrée en vigueur, cet été,
d’une nouvelle loi sur les partis politiques (la Ley
Orgánica de Partidos Politicos).
L’article 9 de cette loi permet de déclarer illégal tout parti politique
qui ne respecte pas les principes démocratiques ni les valeurs
constitutionnelles ; qui porte systématique-ment préjudice aux libertés et
aux droits fondamentaux en préconisant, en justifiant et en excusant les
atteintes aux droits à la vie et à l’intégrité des individus ; qui
fomente, facilite et légitime des actes de violence ; ou qui complète et
soutient les actions d’«organisations
terroristes».** Peu après
l’annonce de la décision de suspendre Batasuna,
Amnesty International a appris que les bureaux de Bilbao d’un groupe basque
de lutte contre la torture, Torturaren
Aurkako Taldea (TAT), avait été fermés
par la police autonomiste basque. Celle-ci a également fermé les bureaux
d’un groupe dirigé par des proches de prisonniers basques (Etxerat!!).
* Batasuna
est une coalition parlementaire de partis politiques, largement considérée
comme l’expression politique du groupe armé basque
Euskadi Ta Askatasuna (ETA).
** En mai 2002, la section espagnole d’Amnesty
International a exprimé sa préoccupation au sujet de certains aspects de la
loi sur les partis politiques (Comentarios
de la sección española de Amnistía Internacional al proyecto de ley orgánica
de partidos politicos). Elle a en
particulier estimé que la formulation ambiguë de certains passages de la loi
risquait d’entraîner l’interdiction de partis ayant des objectifs
politiques similaires à ceux des groupes armés, mais n’utilisant pas la
violence ni ne préconisant son usage.
Pour obtenir de plus amples informations,
veuillez contacter le Service de presse d’Amnesty International, à Londres,
au +44 20 7413 5566 ou consulter notre site web : http://www.amnesty.org
| Index AI: | Septembre |
Mots, les langages du politique - Numéro 74, mars 2004, p. 73 à 90
Lionel Joly[1]
Cet article a pour but d’approfondir l’analyse des représentations identitaires dans le contexte du Pays basque, et plus particulièrement de mettre à jour le lien étroit qui unit langue basque et nationalisme basque. Dans une première partie nous présenterons l’évolution du rôle et de la place de la langue basque dans la pensée et dans le modèle nationaliste basques. On analysera, pour commencer, la fonction de la langue dans la pensée nationaliste traditionnelle et son évolution jusqu’à nos jours. On verra ensuite la place que prend la langue dans le discours nationaliste de gauche à partir des années 1960-1970 avec la naissance de mouvements sociaux pour la défense de l’euskera[2] et de l’organisation terroriste ETA. L’étude se poursuivra par une analyse de la situation actuelle où nous mettrons en exergue le rôle de la langue basque dans l’imaginaire collectif et dans la définition de la « basquitude » suivant des points de vue méthodologiques différents : sociolinguistique, sociologique et psychosociologique. Ces différentes approches, historiques et linguistiques, nous permettront de mettre à jour la relation intense qui unit la cause basque et l’euskera et fait de celui-ci un élément central de l’actualité basque.
La réflexion sur l’identité basque qui aboutira au nationalisme basque nait à la fin du 19e siècle. Suite à la restauration du centralisme monarchique après la fin de la troisième guerre Carliste, d’importants mouvements en faveur des fueros [3] perdus apparaissent au Pays basque espagnol et parallèlement se développe une renaissance culturelle. Ainsi nait le 6 janvier 1878 l’Asociación Euskera sur l’initiative de Juan Iturralde y Suit. Cette association dont l’objectif principal est de promouvoir la langue et la culture basques acquiert très rapidement un rôle politique. La figure la plus marquante de ce mouvement fut le linguiste Arturo Campión, lui-même considéré comme un précurseur du nationalisme qui sera théorisé à la même époque par les frères Arana. La langue basque est pour Arturo Campión l’élément fondamental qui caractérise la nation, cette conception s’oppose à la vision développée par Sabino Arana, qui trouve le fondement de la nation dans la race.
Le nationalisme basque est théorisé à la fin du 19e siècle par Sabino Arana Goiri en réaction aux changements entrainés au Pays basque par l’industrialisation et la perte des fueros. La langue a une place importante dans la vision de la nation de Sabino Arana. Celui-ci écrit même de nombreux ouvrages de linguistique et se faisant le défenseur d’un retour à une langue plus pure, il invente un certain nombre de termes pour retirer les mots d’origine espagnole du vocabulaire basque. Cependant, pour Sabino Arana, la langue n’est qu’un instrument qui permet de garder le peuple basque à l’abri du manque de catholicisme des Espagnols[5].
Ce premier nationalisme basque est en effet un nationalisme racialiste, et la possession de noms basques (apellidismo) est la garantie de la pureté de la race (limpieza de sangre). La langue, la territorialité et les fueros, les trois éléments définitoires du nationalisme de Sabino Arana, qui marquent aujourd’hui encore profondément les représentations identitaires qu’ont les Basques sur ce qu’ils sont et sur ce qu’est le nationalisme basque, sont subordonnés à la race, même s’ils peuvent avoir une importance particulière. Pour Sabino Arana,
[La langue est] l’élément de notre nationalité, voix de notre indépendance ininterrompue des âges passés et empreinte de notre race[6].
Cependant elle est avant tout un élément différenciateur qui ne doit pas être appris par les envahisseurs espagnols. Sabino Arana affirme :
la différence de langage est le meilleur moyen de nous préserver de la contagion des Espagnols et d’éviter le croisement des deux races. Si nos envahisseurs apprenaient l’euskera, nous devrions l’abandonner […] et nous consacrer à parler le russe, le norvégien ou n’importe quel autre langage inconnu d’eux[7].
Si enseigner la langue à un Espagnol constitue une faute[8], le fait de ne pas connaitre la langue basque est vu par les nationalistes comme un signe d’infirmité[9], qui continue aujourd’hui de se percevoir dans l’expression péjorative belarri motza [10]. Cette représentation reste tout de même beaucoup moins répandue que le complexe d’infériorité généralisé dans la population euskaldun [11] de l’époque, qu’impliquait une connaissance approximative du castillan[12]. L’euskera n’est pas considéré comme langue de civilisation et seul l’espagnol peut avoir cette valeur, lui seul est d’ailleurs utile pour travailler ou changer de classe sociale[13]. Sabino Arana, conscient du phénomène, signale à partir de 1900 la nécessité de redonner une utilité à la langue basque afin de freiner sa disparition progressive. Il s’exprime en faveur d’une inclusion de la langue basque dans le processus d’industrialisation. Le premier nationalisme, qui s’était fait le défenseur conservateur d’une société agricole, change donc un peu au bénéfice d’une acceptation du processus d’industrialisation qui ne doit pas laisser à l’écart l’euskera au risque de voir disparaitre celui-ci. S. Arana signale ainsi, et on est bel et bien ici au coeur d’un conflit sur les représentations relatives aux langues, que
le villageois sait parfaitement que l’euskera ne sert à rien à son fils. Le remède est donc de fonder des industries, soutenir des compagnies maritimes, organiser des sociétés d’arts et métiers, des confréries de bienfaisance et mutualité, de pêche, d’agriculture, d’élevage, s’emparer ou ouvrir des voies de communication en nationalisant toutes ces sphères de la vie, de façon à ce que l’euskera serve à quelque chose, en étant obligatoire pour prendre part à ces activités […]. Il est nécessaire que l’euskera soit suffisant, car il est vrai que l’euskera ne sert à rien de plus qu’aux opérations agricoles[14].
Les représentations identitaires développées par le nationalisme du début du siècle ont eu des répercussions positives pour la diffusion de l’euskera et pour lutter contre les préjugés qui pesaient sur cette langue. Les nationalistes et S. Arana, le premier, développent les recherches sur la langue basque et des cours de basque sont organisés pour apprendre l’euskera aux Basques qui ne le savent pas ou l’ont oublié et pour alphabétiser les autres. Cependant, les recherches faites par S. Arana sont empreintes d’une politisation qui influencera longtemps les recherches des linguistes nationalistes basques ; pendant de nombreuses années, la langue est considérée comme une « muraille » permettant d’éviter le contact avec les espagnols[15], ce qui n’est pas pour faciliter la diffusion de l’euskera comme langue de communication sociale, alors même que l’euskera était déjà stigmatisé socialement et pas du tout soutenu par la bourgeoisie.
Arturo Campión est la principale figure d’un mouvement de renaissance culturelle qui apparait en Navarre un peu avant la naissance du nationalisme basque et qui marque profondément les représentations sur les langues à venir. Même si A. Campión est en accord sur de nombreux points avec le nationalisme de S. Arana, leurs opinions divergent sur les questions linguistiques et sur le point d’encrage du nationalisme. Pour A. Campión considérer la race comme fondement de la nation n’a pas de sens[16], ce sont la langue et l’histoire qui sont l’expression suprême de la nation[17]. Sans nier le fait racial, A. Campión affirme qu’on ne peut prendre conscience entière du lien entre les éléments ethniques et historiques si cette prise de conscience ne se manifeste pas dans la langue.
Les positions de l’Association Euskera et la renaissance culturelle dont A. Campión est la principale figure se manifestent à travers l’organisation de jeux floraux, et la publication de diverses revues : Revista Euskara (1878-1883), Revista de las Provincias Euskaras (1878-1979), Revista de Viscaya (1885), Euskal Herria (1880-1918). La prise de conscience de la situation sociolinguistique précaire de l’euskera – tant au niveau de la qualité de la langue qu’au niveau de son prestige et de son utilisation au sein de la société – et toutes les actions à l’initiative de l’association Euskera, permettent que se développe au sein d’une partie de la société basque un autre regard sur la langue basque. Mais surtout, les positions de Campión sur le nationalisme créent un précédent au développement ultérieur d’un nationalisme non pas exclusif comme le nationalisme racialiste, mais intégrateur et fondé sur la volonté d’appartenance au groupe par l’intermédiaire de l’apprentissage de la langue. De toute façon, l’idée que la pureté du sang était reflétée par la possession de noms basques ne survécut pas longtemps aux intérêts électoraux du Parti nationaliste basque (PNV), même si elle continua d’être en faveur dans certains milieux. Il est important de remarquer que même si S. Arana invente un néologisme qui permet de reproduire son point de vue fondé autour de la race pour désigner le Pays basque : Euzkadi (ensemble de tous les hommes de race basque : les euzkos), le nom traditionnel et à travers lequel s’identifient les habitants du Pays basque reste lié à la langue : Euskal Herria (« le pays de la langue basque »).
La guerre d’Espagne et l’avènement du régime franquiste marquent la fin de tout mouvement culturel de défense de l’euskera. La langue basque disparait du domaine public et est marginalisée dans le domaine privé, la famille devient l’unique garante de la continuité de l’euskera[18]. Ainsi commence un recul accéléré de la langue basque à partir de 1936-1937, qui s’accélère dans les années suivantes avec l’arrivée de nombreux immigrants[19] déplacés au Pays basque par l’industrialisation. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1950 que réapparaissent un certain nombre de mouvements sociaux en faveur de la langue basque. L’intérêt pour l’euskera s’explique par une prise de conscience de son recul, mais aussi et surtout par le développement d’un nationalisme de gauche selon lequel la langue est l’unique garant de la nation ; de plus, parler basque devient un acte revendicatif, antifranquiste et, donc, favorable à la démocratie[20]. Ce mouvement ira en se renforçant jusqu’à la période de transition qui s’ouvre à la mort de Franco. L’intérêt pour la langue basque, véritable phénomène de société, se cristallise autour de l’apparition et du développement des écoles d’enseignement en langue basque (ikastolas), du phénomène d’alphabétisation des adultes (gau-eskolas), et de la multiplication des revues en langue basque.
Le phénomène de naissance et d’extension des ikastolas est sans doute le plus représentatif de ce mouvement de défense de l’euskera et de l’identité basque. La première ikastola d’après guerre apparait en 1957. Son but est de permettre l’éducation des enfants en euskera, et, étant donnée l’importance de l’éducation pour la création de l’identité, c’est un moyen de ne pas faire passer l’enfant par le moule de l’école franquiste. Le changement de la société passe, selon l’opinion de l’époque, par la sauvegarde de l’identité basque de l’enfant. Le phénomène de création des ikastolas est principalement urbain[21], c’est-à-dire qu’il se fait dans les zones les moins bascophones du Pays basque. D’ailleurs, les parents des premiers élèves d’ikastolas sont souvent des personnes qui ne savent pas la langue basque. Etant donné le caractère totalement clandestin des premières ikastolas, les parents devaient faire face à tous les besoins de l’école ce qui explique que les ikastolas soient souvent des coopératives aujourd’hui encore.
Entre 1960 et 1975, 160 ikastolas sont créées[22]; au cours de l’année scolaire 1974-1975, 31 000 enfants étudiaient dans une ikastola [23]. En 1980, 70 000 enfants le faisaient dans une des 300 ikastolas du Pays basque. Au départ, l’éducation en ikastola n’est prévue que pour les enfants de huit ans au plus, mais à partir de la fin des années 1970 sont créés des collèges. L’aspect religieux de l’enseignement a été important jusqu’aux années 1980, et il ne faut pas oublier le rôle primordial qu’a joué l’église basque dans le développement des ikastolas, en fournissant des locaux et en protégeant, dans la mesure du possible, les ikastolas durant leur période clandestine. Après de nombreuses discussions, il fut proposé en 1993 à toutes les ikastolas qui le désiraient d’entrer dans le réseau public, ce qui mit fin à l’implication directe des parents pour la subsistance de l’école de leurs enfants. Cela permit aussi au Gouvernement basque de minimiser l’influence et le pouvoir des ikastolas qui, unies, étaient un acteur social puissant et potentiellement gênant.
L’origine des euskaltégis se trouve dans les gau-eskolas (« écoles de nuit »), où étaient proposés des cours du soir d’alphabétisation pour les bascophones. Les premières gau-eskolas datent de 1965 et furent créées à l’initiative de l’Académie royale de la langue basque (Euskaltzaindia), dans le but de promouvoir une langue écrite unifiée (euskera batua [24]). Très vite, le rôle des gau-eskolas change et elles deviennent principalement un organe d’apprentissage de la langue pour les adultes. Les gau-eskolas ou euskaltégis acquièrent dès lors une signification politique importante en diffusant la langue et la culture basque. Entre 1976 et 1980 la majorité de ces euskaltégis se réunissent au sein de AEK (Alfabetatze euskalduntze koordinakundea).
La publication de journaux et de revues (Zeruko Argia, Anaitasuna, Goiz Argi, Herria…) mais aussi le nombre de livres publiés en euskera, augmentent à partir des années 60. De 25 livres publiés en 1960, on passe à 154 en 1975[25]. À la même période les radios en euskera se multiplient. Il ne s’agit généralement pas de radios dont la programmation est entièrement en euskera, mais de radios qui consacrent un temps d’antenne plus ou moins long à l’euskera : Gure Irratia, Loiola, Arrate. Le 27 mars 1976, la radio Herri Irratia de Saint-Sébastien organise un évènement exceptionnel pour l’époque : 24 heures de programmation en euskera (24 ordu euskaraz)[26].
D’autre part, et parallèlement à ces trois phénomènes, le groupe de recherche en sociologie SIADECO, commence dans les années 1970 à diffuser de nombreuses études sur la situation sociolinguistique du Pays basque. Il en résulte une prise de conscience de la part de certains bascophones du caractère diglossique de la situation sociolinguistique du Pays basque. Les études de ce groupe de recherche portent principalement sur la connaissance et les usages de la langue basque ; ils promeuvent ainsi parmi la population euskaldun une prise de conscience de la domination à travers la réflexion du bascophone sur ses propres pratiques linguistiques. C’est un processus lent qui n’est qu’à son début dans les années 1970-1980[27], mais qui est à l’origine du développement de la recherche sociolinguistique au Pays basque.
ETA développe une pensée nationaliste nouvelle à partir du début des années 1960. En 1952 un groupe de jeunes nationalistes décide de créer une organisation secrète à caractère culturel et politique : EKIN[28]. La réflexion de ces nationalistes a son origine dans la culture ; pour eux, le problème linguistique est l’axe fondamental de la lutte nationale et il ne peut être résolu en dehors d’une action politique. Pour les membres de EKIN le premier devoir du nationaliste était, s’il ne la savait pas, d’apprendre la langue basque. L’entrée dans l’organisation se faisait suite à l’assistance à 25 semaines de cours où différents thèmes étaient débattus en groupe. Ces 25 premières semaines étaient ouvertes à tous, ensuite huit autres semaines de cours avaient lieu, uniquement destinées aux personnes qui avaient décidé d’entrer dans l’organisation[29]. EKIN change de nom en 1958 à cause de la répression policière. Ainsi nait Euskadi Ta Askatasuna (ETA)[30]. Après la publication du livre de Krutwig, Vasconia. Estudio dialéctico de una nacionalidad[31] , la position de la nouvelle organisation vis-à-vis de la langue basque est claire : la langue est l’expression suprême de la nation ; sans la langue, la nation ne peut exister. Les positions de Sapir et Whorf sont diffusées comme preuve scientifique de ce positionnement. À la même époque, l’euskera batua (« euskera unifié ») apparait ; il fait dès lors figure de langue nationale au-dessus des différents dialectes basques, introduisant une diglossie entre le batua, langue nationale, et les dialectes qui, souvent défendus par l’Église, deviennent (ou restent) les symboles de positions réactionnaires et sont les langues des baserritarrak (« paysans »). L’apparition de l’euskera batua entre 1964 et 1968 entraine de vifs débats et les représentations identitaires en relation avec le nationalisme changent. Le mouvement des années 1960, au nom de la récupération de l’euskera, mais sans doute aussi inconsciemment influencé par le schéma européen traditionnel selon lequel un État-nation ne peut avoir qu’une seule et unique langue, s’oppose à une vision plus traditionnelle d’unicité dans la différence dialectale, liée au multilinguisme et à une forte domination diglossique.
Cependant la position de ETA vis-à-vis de la langue et du nationalisme va très vite évoluer. Dès 1964, la pensée marxiste se diffuse au sein de l’organisation et prend de plus en plus de place au détriment des aspects culturels défendus initialement par ETA. Txillardégi, l’un des fondateurs de EKIN, défend le caractère nationaliste (et donc linguistique) de la lutte et finit, en raison de ces différences de point de vue, par quitter ETA. Aujourd’hui, l’organisation semble être revenue à sa position originelle vis-à-vis de la langue, bien que par rapport à la position des années 1960-1970 il ne semble pas s’agir d’un processus de maturation intellectuelle, mais d’un processus d’involution où la revendication n’est qu’un réflexe pavlovien conditionné par la politique répressive du gouvernement espagnol. Dans un communiqué du 26 septembre 2002 où l’organisation analyse la situation du Pays basque, ETA dénonce la situation de l’euskera comme langue minorée et signale qu’avec le risque de disparition de l’euskera c’est le pays et la nation basques qui sont en danger :
… en même temps que l’euskera, c’est Euskal Herria qui risque de disparaitre. En effet, si le Pays basque n’est pas bascophone, il ne peut exister.[32]
Le nationalisme qui apparait dans les années 1960-1970 semble beaucoup plus intégrateur que le modèle fondé sur la race de S. Arana. L’acquisition de la langue permet d’acquérir la vision du monde liée à cette langue, et donc, l’intégration au groupe Basque n’est que le résultat d’un acte volontariste de la part de l’immigrant qui passe simplement par l’apprentissage de la langue. Parallèlement, une personne dont tous les noms sont basques mais qui ne parle pas basque n’est pas à proprement parler un Basque, ou n’en possède du moins pas tous les attributs. Cependant, il existe de fortes ambigüités dans cette nouvelle pensée nationaliste des années 1960-1970, qui font supposer que la basquitude demeure ailleurs que dans la langue. Sans doute, sans l’avouer ou se l’avouer, réside-t-elle dans la race[33], ou peut-être dans le lieu de naissance. Ainsi, dans une des analyses de l’histoire basque faites par ETA il est signalé :
Le groupe basque a occupé une extension qui coïncide avec celui que la toponymie attribue à la langue basque. Il n’est pas inutile d’affirmer ici que si la race basque est la caractéristique qui subsiste, c’est une caractéristique qui n’est pas déterminante une fois qu’a été perdue la langue. En effet, les Aquitains et les habitants du nord de l’Aragon n’ont, aujourd’hui, plus rien de basque [34].
La langue apparait ici subordonnée à la race, laquelle perd son importance une fois seulement la langue perdue, alors qu’il semble sous-entendu qu’une fois la race perdue, la langue n’a plus d’importance. Une autre citation de Zutik 23 est significative :
L’espagnol et le français sont les langues de l’oppresseur, ce sont les langues au service du génocide. Un Basque qui parle seulement espagnol ou français devient aussi étranger qu’un Basque qui parlerait uniquement en chinois, urdu ou afghan. L’espagnol et le français sont les langues étrangères des armées occupantes. Rejetons-les viscéralement, vomissons-les ! […] Malheureusement, d’amples zones d’Euskadi sont débasquisées. Uniquement pour nous adresser à ces compatriotes dénationalisés, pour les intégrer à ETA, pour qu’ils nous comprennent et s’unissent à la lutte première, qui est celle qui doit conduire à l’État basque libre, nous utiliserons l’espagnol, le français et jusqu’au sanscrit[35].
La quintessence de la basquitude réside ailleurs que dans la langue puisque non seulement il peut arriver que des Basques (patriotas) ne sachent pas l’euskera, mais en plus, il se peut qu’un Basque ne s’intéresse pas au problème de la langue basque même si dans ce cas, c’est alors un traitre : « Un Basque pour lequel le problème de l’euskera n’est pas décisif est un traitre. »[36] Il semble en fait, ou du moins l’idée en est très répandue aujourd’hui, que ce soit le sentiment nationaliste qui fasse le Basque: c’est parce que l’on se sent Basque que l’on est Basque, et ce sentiment peut être le résultat de l’association de divers facteurs parmi lesquels on peut citer la langue ou le lieu de naissance.
Avec la fin de la dictature franquiste et le début de la transition démocratique, la situation de la langue basque et la position des habitants du Pays basque vis-à-vis de la langue changent. Durant les années 1976-1980 se produit un véritable boom euskaltzale (« favorable à l’euskera »). Dans le but de construire un projet national rompant avec l’héritage franquiste, de nombreuses personnes apprennent le basque dans les euskaltégis et envoient leurs enfants dans les ikastolas. Plus tard, avec la fin du régime franquiste et la reconnaissance partielle de l’euskera au niveau de la communauté autonome basque, l’aspect revendicatif, antifranquiste et pro démocrate lié à l’euskera disparait. Le mouvement de soutien à l’euskera comme pilier de l’identité basque, encore très vif dans les années 1980, a tendance à se fragiliser suite à la vague d’individualisme et d’apolitisme qui se développe dans les années 1990. Bien que le mouvement de soutien à l’euskera soit encore très vif comme le prouve le travail de nombreuses associations[37], l’intérêt, au niveau social, a diminué.
Afin de cerner les liens actuels entre langue et nationalisme nous allons présenter deux enquêtes de caractère quantitatif qui ont été faites dans l’ensemble du Pays basque. Ensuite nous analyserons une enquête de caractère qualitatif faite au Pays basque sud seulement. Deux enquêtes ont été faites dans l’ensemble du Pays basque pour analyser la situation de l’euskera, l’une en 1991[38] et l’autre en 1996[39]. Dans ces enquêtes, qui se présentent comme des questionnaires posés à un ample échantillon de personnes, plusieurs questions ont porté sur la connaissance, l’usage, et en ce qui nous concerne, sur la position des habitants vis-à-vis de la langue basque. La seule question ayant trait aux rapports existant entre langue et nationalisme a été posée de façon différente dans les deux enquêtes, ce qui a entrainé des variations de résultats significatives.
En 1991, une première question était rédigée de la façon suivante : « Vous considérez-vous Basque (euskaldun) ou Espagnol/Français ? ». En ce qui concerne la relation entre langue et représentation personnelle, on peut remarquer que plus la zone linguistique où a été posée la question est bascophone, et plus le nombre de personnes qui se considèrent comme Basques est élevé. Et de la même manière, mis à part au Pays basque nord, les personnes qui connaissent le mieux le basque se considèrent en plus grande proportion comme des Basques. En 1996 les résultats sont équivalents, 71 % des bascophones se considèrent uniquement comme des Basques, alors que c’est le cas de 11 % seulement des unilingues castillanophones.
Une autre question a été posée en 1991 de la manière suivante[40] : « À votre avis, parmi les critères suivants, quel est celui que doit remplir une personne pour pouvoir se considérer Basque? », les réponses possibles étaient : « être né au Pays basque », « avoir des noms basques », « vivre et travailler au Pays basque », « parler basque », « être nationaliste », « Connaitre le folklore basque et prendre part aux activités qui y sont liées (groupe de danse, musique…)», « autre ». Les réponses sont nombreuses et, en général, c’est le lieu de naissance qui est le plus cité. Seuls 5 % des erdalduns considèrent la connaissance du basque comme un facteur indispensable, et la naissance au Pays basque est le facteur le plus fréquemment signalé par eux (47 %). Par contre, pour les bilingues euskalduns, la langue passe en première position: 32 % considèrent indispensable la connaissance de l’euskera pour être Basque et 29 % être né au Pays basque. Il est intéressant de noter que les unilingues bascophones (une très faible minorité des euskalduns) considèrent comme plus important la naissance au Pays basque (47 %) que le fait de parler basque (32 %). C’est l’inverse pour les bilingues dont l’euskera est la langue dominante : 38 % considèrent comme indispensable de parler basque et 29 % d’être né au Pays basque. Il faut noter les différences importantes entre régions. Si le phénomène décrit est bien réel pour la communauté autonome basque (CAB) et, dans une moindre mesure, en Navarre; au Pays basque nord (français), les unilingues francophones considèrent aussi dans une assez grande mesure la connaissance de l’euskera comme indispensable pour se considérer comme Basque (14 %). A noter qu’en Iparralde (Pays basque nord), les unilingues bascophones considèrent dans 75 % des cas qu’être né au Pays basque est un trait indispensable pour être considéré comme Basque et pour seulement 12 % des unilingues parler basque est indispensable.
Lors de l’enquête publiée en 1996, la question portant sur la relation entre identité basque et langue basque a été posée d’une manière différente. Au lieu d’une question à choix multiple, il était simplement demandé : « Pour être vraiment Basque faut-il savoir l’euskera ? » Ce type de question a fait augmenter notablement l’importance de la langue dans les réponses. Dans la CAB, 53 % de la population est en désaccord avec une telle affirmation et 33 % est d’accord. En Navarre les résultats sont respectivement 48 % en désaccord et 36 % d’accord, et au Pays basque nord, la majorité de la population est d’accord avec une telle affirmation (62 %) et 29 % est en désaccord. Comme en 1991, ce sont les personnes qui connaissent l’euskera qui considèrent le plus souvent l’euskera comme facteur indispensable pour être vraiment Basque (81 % en Navarre, 79 % au Pays basque nord, et 73 % dans la communauté autonome basque). Les unilingues espagnols ne sont pas d’accord avec une telle affirmation : 66 % dans la CAB et 51 % en Navarre.
On peut conclure de ces informations que du côté français du Pays basque, le nationalisme basque adopte un critère assez traditionnel lié à la connaissance de la langue basque, mais que par contre le nationalisme basque baisse en faveur du nationalisme français : 30 % des personnes ne se considèrent que comme Français[41]. Pour le nationaliste basque du Pays basque nord, la personne qui ne sait pas le basque est généralement considérée comme formant partie d’un autre groupe, extérieur. De la même façon, pour le nationaliste français, l’« autre » sera le bascophone. Au Pays basque sud, et plus particulièrement dans la CAB, par contre, comme le conclut I. Martínez de Luna dans une autre enquête, « l’univers communautaire basque (identitaire et politique) déborde de l’univers linguistique basque »[42]. C’est-à-dire que la proportion de personnes qui se considèrent seulement comme Basques dans la CAB est très élevée (32 %)[43], et étant donnée l’importante proportion de non bascophones qui se considèrent à part entière Basques, le rôle de la langue dans la définition de la basquitude a baissé. Il faudra donc différencier ici le nationalisme euskaldun du bascophone où le castillanophone est souvent considéré comme « autre » (sans forcément que ce soit le cas dans la pratique) du nationalisme basque du castillanophone pour lequel la langue n’a qu’une valeur symbolique.
Les conclusions d’une enquête de type qualitatif menée par B. Tejerina[44], montrent bien l’ambigüité du lien entre nationalisme et langue au Pays basque. Cette enquête a porté sur le rôle de l’euskera dans la définition du nationalisme basque au sein d’une population nationaliste. On se rend compte que dans les milieux nationalistes, la langue a une valeur symbolique qui n’implique pas la connaissance de la langue mais simplement la reconnaissance de cette valeur symbolique. La langue est un « trait d’identification comme peuple », « l’élément de cohésion »[45] des Basques. Cependant l’adhésion affective au symbole est déjà une forme de possession ; la connaissance de la langue et moins encore son utilisation ne sont donc indispensables. La langue se transforme en « étendard »[46] qui lui fait plus de mal que de bien : d’un côté les nationalistes basques, par leur adhésion affective à la valeur symbolique de la langue peuvent bien se passer de l’utiliser, et de l’autre les nationalistes espagnols ont en leur possession un étendard plus grand et plus puissant qui est l’espagnol, et luttent contre la diffusion de l’euskera. Au centre, une minorité non nationaliste, consciente de la valeur politique de la langue et effrayée par le rabâchage médiatique des actes d’une infime minorité violente des nationalistes basques, reste paralysée dans un scepticisme hostile vis-à-vis de la langue. Sans oublier que, comme la connaissance de l’euskera est parfois un facteur indispensable pour travailler dans l’administration de la CAB, la position plutôt bienveillante de nombreux castillanophones envers la langue basque a tendance à se dégrader lorsqu’il s’agit pour eux de faire le moindre effort. Il n’est alors pas rare d’entendre des affirmations du type : « Moi, la question de l’euskera ça me semble très bien, mais qu’on ne me demande pas de l’apprendre ! » Le cas de la Navarre est différent et complexe, puisque les euskalduns vivent une situation de forte agression de leurs droits linguistiques, dans le but de substituer au caractère basque de la Navarre une identité uniquement navarraise au caractère pro-espagnol. De plus, il faudrait pouvoir différencier la situation du Sud de la Navarre, castillanophone, de la situation du Nord où l’euskera est très présent.
La langue a toujours été au Pays basque le facteur définitoire de la communauté. Le Basque en euskera est l’euskaldun : celui qui sait l’euskera. Même le nationalisme du début du siècle, au caractère plus nettement racialiste, avait laissé une place importante à la langue. Avec les théories nationalistes de gauche l’euskera prend le rôle de langue nationale et dans l’imaginaire collectif, son apprentissage, son utilisation et sa défense deviennent des actes de révolte contre le franquisme. Après l’enthousiasme qui a suivi le début de la transition démocratique et la reconnaissance officielle du basque, les mouvements sociaux favorables à l’euskera se fragilisent et le lien entre nationalisme et langue acquiert pour certains une valeur purement symbolique, mais qui fait de l’euskera l’un des piliers des revendications nationalistes. Aujourd’hui, le lien entre nationalisme basque et langue est très hétérogène. Même si tous les nationalistes basques sont d’accord pour défendre l’euskera, il existe un nationalisme basque (et bascophone), pour lequel la langue est la quintessence de la basquitude, et la parler, dans la mesure du possible, une obligation. À l’opposé, il existe un nationalisme uniquement revendicatif vis-à-vis de la langue, celui que nous avons décrit le plus longuement, et pour lequel la relation entre nation basque et langue fonctionne à sens unique : le bascophone est Basque, mais il ne faut pas forcément savoir le basque pour être Basque. D’autre part il existe un nationalisme navarrais, selon lequel cette région du Pays basque est le berceau de la nation basque et pour lequel l’euskera a un rôle plus ou moins important ; parallèlement, il existe un navarrisme pro-espagnol, qui est celui actuellement au pouvoir en Navarre, et au nom duquel tout trait qui peut rapprocher la Navarre du Pays basque doit être effacé, la langue étant le principal ennemi à abattre. On peut signaler enfin que s’est développé un mouvement culturel de défense de la langue basque, très minoritaire, et selon lequel la continuité de la langue serait inutile s’il s’agissait seulement de véhiculer la vision d’un monde globalisé, culturellement et intellectuellement unifié.
Denis Laborde notait[47] en 1999 :
L’identité basque existe, nous l’avons tous rencontrée. Nous avons tous rencontré une langue basque, un Pays basque, une danse basque, une pelote basque. Nous savons qu’il existe un béret, un makila, un txistu, un mystère-de-l’origine, un musée « basques ». Quand tout va bien, on parle d’un rugby, parfois d’un football « basques » et, plus sûrement, d’un handball, d’un basket ou d’un cyclisme « basques ». Quant au gâteau, à la pipérade, au poulet, au pottok, au fromage ou au patxaran, leur réputation de « basques » n’est plus à faire. Mais ce n’est pas tout. Chacun de nous peut encore écouter des musiques techno, grunge, rock, rap ou trash « basques », des choeurs « basques » ou, à Montréal, à Rome, à Amsterdam ou à Paris (plus rarement en Pays basque), des créations de compositeurs « basques » […]. Informé du marché de l’art, chacun sait qu’une peinture et une sculpture « basques » se prévalent des meilleures cotations. Nul n’ignore, enfin, qu’il existe une violence politique (on parle plus souvent, d’un irrédentisme, voire d’un terrorisme) « basque », avec sa cohorte d’attentats, de victimes, de tortures, de procès, de prisonniers. Nous savons, d’une familiarité acquise avec le gâteau, le béret, la pelote ou la violence, que chacun des termes de cette série constitue une « manifestation » de l’identité basque : ce qui nous relie à elle.
Nous constaterons simplement pour notre part, avec Fanny de Sivers, que « la notion d’identité est très vague, très vaste et surtout instable. Elle possède de multiples facettes, et change perpétuellement. Une identité aujourd’hui ne l’était pas hier et ne le sera peut-être plus demain »[48].
Titre : La cause basque et l’euskera
URI : http://edition.cens.cnrs.fr/revue/mlp/2004/v/n74/010894ar.html
Revue : Mots, les langages du politique
Numéro : Numéro 74, mars 2004
Thème : Langues(s) et nationalisme(s)
Numéro sous la direction de : Henri Boyer
Directeur : Pierre Fiala
Éditeur : ENS Éditions
ISSN : 0243-6450 (imprimé)