À l’aube de grandes transformations
Les gens qui peuplent le territoire du Gipuzkoa tout au long de l’Âge du Bronze s’établissent en des lieux au sujet desquels nous disposons à peine d’information. L’importance de ces sites devait être toute relative. En leur sein était néanmoins en gestation toute une série de changements, notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et de la métallurgie.
Il faut attendre, cependant, l’aube du premier millénaire avant notre ère pour prendre clairement la mesure des transformations en cours. Nous sommes en présence d’une société rurale dans laquelle le développement agricole a enregistré un accroissement notable. De leur côté, les progrès technologiques vont apporter de considérables innovations à mesure que le millénaire avance.
C’est à cette époque que se créent un ensemble d’établissements plus ou moins importants selon les cas, dans lesquels on peut apprécier un haut degré d’organisation et de développement. Bien que nous devions nous référer pour l’instant à des concentrations de type proto-urbain, nous sommes en présence de caractéristiques qui nous amènent à considérer ces établissements comme de simples regroupements de population. Il s’agit d’enclos fortifiés, situées dans des endroits stratégiques qui ont requis de gros efforts pour leur construction. On en a la preuve par les tracés de systèmes défensifs, bien conçus, qui délimitent des espaces dont l’étendue va de moins d’un hectare à 18 hectares en fonction des besoins de chaque groupe. Mais si, une fois le site retenu, coordonner tous les travaux nécessaires pour réaliser des ouvrages collectifs de ce genre exige un notable niveau de développement, celui-ci se fait encore plus patent à l’intérieur de ces enclos.
Les restes des structures de construction que dévoilent peu à peu ces gisements, leur distribution comme les matériaux qui y sont associés nous permettent de reconstituer les modes de vie de ces gens dont on a pu considérer qu’ils étaient le dernier maillon de la Préhistoire mais dont il serait peut-être plus exact de dire qu’il s’agit du premier pas de l’Histoire.
Les habitations à cellules distinctes en enclos différents, les grands récipients céramiques servant à stocker diverses denrées, les nombreuses formes de récipients pour d’autres usages, les ustensiles et instruments aratoires fabriqués en fer à mesure que le millénaire avance, les ornements en bronze, en verre et une infinité d’objets nous mettent en présence de groupes qui occupèrent la totalité du territoire de la mer aux lignes de crêtes marquant le partage des eaux Atlantique-Méditerranée, regroupés en petits établissements ou villages fortifiés et qui probablement cohabitèrent avec des établissements isolés et avec d’autres, de montagne, de manière saisonnière.
Le cadre géographique
Le territoire guipuzcoan offre aux peuplades qui l’habitent un relief relativement varié, entre zones côtières et lignes de crêtes atteignant 1.500 mètres à la ligne de partage des eaux Atlantique-Méditerranée. Trois rivières principales, l’Oria, l’Urola et le Deba, traversent le territoire du sud au nord, formant autant de vallées qui se convertissent en importants axes de communication. Entre ces derniers, une série de vallées de moindre importance compartimentent l’espace en offrant une notable variété de cotes et de milieux.
En ces temps du premier millénaire précédant le changement d’ère, le climat ne présente guère de différences significatives par rapport au climat actuel. Il est un peu plus froid, en dépit de quoi les hivers sont modérés et humides et les cotes maximums sont libres de neige plusieurs fois pendant la saison; l’été est frais, comme il convient à un climat océanique tempéré qui ne connaît pas de saison sèche.
Les températures, douces dans les basses vallées, et les rares gelées sans compter les fréquentes précipitations, supérieures dans les zones de montagne, favorisent une végétation abondante, caractérisée par la présence de forêts.
Dans ce contexte, l’incidence anthropique sur l’environnement va être supérieure à celle qui se produisait dans les étapes antérieures, surtout dans les zones les plus proches des habitats. Des espaces mixtes de rouvraie vont perdre du terrain face à des formations arbustives et herbacées, aux fougères et à toute une série de plantes et d’arbres liés à la présence de l’homme.
Antécédents culturels : le néolithique et l’âge du bronze
Dans le dernier tiers du troisième millénaire et tout au long du second millénaire avant notre ère, les peuplades qui occupent ce territoire vivent de constantes transformations dans différents domaines, notamment en relation avec la pratique de l’agriculture, la domestication des animaux et la métallurgie du cuivre et du bronze.
Si l’on a pu traditionnellement considérer que les établissements humains sont fixés dans les grottes à l’époque, chaque jour nous apporte davantage d’informations allant dans le sens de l’existence d’habitats à l’air libre.
Ces gens se nourrissent fondamentalement des produits agricoles qu’ils cultivent, ainsi que des animaux qu’ils élèvent; s’ils continuent en ces temps du Néolithique (entre 4.700 et 3.800 avant notre ère) à chasser certains animaux comme le cerf, la chèvre ou le sanglier, à mesure qu’on avance dans l’Âge du Bronze, les animaux domestiques vont atteindre progressivement entre 70 et 95% du total des animaux consommés. Il s’agit pour l’essentiel d’un élevage ovin, caprin et bovin. La pratique de la chasse connaît une diminution progressive. Dans le même temps, ils cueillent dans la forêt des fruits sauvages en complément de leur alimentation.
À mesure que l’on progresse dans le temps, les instruments de pierre utilisés dans cette période perdent de leur importance. Si dans l’étape néolithique on fabrique pointes de flèche, denticulés, grattoirs et perforateurs, on en voit surgir de nouveaux, comme des éléments de faucille, des hachettes, des moulins amygdaloïdes et des polissoirs, également en pierre, plus conformes aux activités de la période. De toute manière, le métal va remplacer clairement l’outillage lithique dans le courant de l’Âge du Bronze.
La fabrication de céramique continuera à évoluer tout au long du Néolithique en même temps que se développe ce que l’on appelle la céramique campaniforme, laquelle va perdure jusqu’au second millénaire antérieur à notre ère. A l’Âge du Bronze ancien et moyen, les récipients, toujours fabriqués à la main, atteindront de plus grandes dimensions. Ils seront parfois décorés de cordons et cohabiteront avec les écuelles, les marmites et divers récipients de taille plus modeste.
L’activité métallurgique fait son apparition au Néolithique. Ce qui donnera des pièces de cuivre telles que haches planes, poignards, poinçons et objets d’ornement; très sporadiquement, ces derniers seront en or. A l’Âge du Bronze, le bronze deviendra le métal par excellence pour élaborer une grande variété d’éléments, jusqu’à l’apparition de la métallurgie du fer. Le millénaire est alors avancé.
Pendant toute cette période, le phénomène funéraire prend une place remarquable. Il se caractérise par l’aspect spectaculaire de certaines de ses constructions. Nous sommes en présence d’un rituel d’enterrement de type collectif dans lequel sont utilisés tant les dolmens que les tumulus ou les cavités. Ces formes de gisement sont largement représentées sur le territoire guipuzcoan.
Les gisements
À l’heure actuelle, nous avons connaissance de certains de ces villages géographiquement distribués de manière régulière, établis en des points contrôlant en règle générale les grandes vallées fluviales, bien que nous manquions d’information sur les habitats de type isolé.
À ce jour, les sites découverts sont au nombre de huit : Buruntza (Andoain), Basagain (Anoeta), Intxur (Albiztur-Tolosa) et Murumendi (Beasain) dans la vallée de l’Oria; Munoaundi (Azpeitia-Azkoitia) dans la vallée de l’Urola; Moru (Elgoibar) et Murugain (Arrasate-Aretxabaleta-Aramaio) dans la vallée du Deba et Akutu (Bidegoian-Errezil), dans les environs du massif de l’Ernio.
Ils occupent des surfaces qui vont de 17 hectares pour le site d’Intxur à 0,7 pour celui de Buruntza, même s’ils peuvent varier considérablement (Munoaundi 7 ha., Murugain 4,7 ha., Akutu 3 ha., Basagain 2,8 ha., Murumendi 1,9 ha. et Moru 1,1 ha.). Ils sont défendus, dans tous les cas, par les caractéristiques naturelles propres au terrain, renforcées par des murailles. Et, à l’occasion, par des fossés levés par leurs habitants. Les plans prennent diverses formes, ce qui tient en grande mesure à l’emplacement, même s’ils conservent une relation avec les caractéristiques du groupe et les activités de ce dernier : on voit prédominer les formes courbes variées, ovales dans certains cas, qui se combinent également avec des formes droites, ces dernières délimitant les tracés des enclos de plus grandes dimensions.
Mais la planification de l’espace intérieur peut connaître certaines modifications au cours du temps. On doit tenir compte que rares sont les sites densément occupés par des constructions; le plus probable est que de vastes zones intra-muros de ces villages qui atteignent une étendue considérable sont destinées à cultures, pâtures et enclos pour parquer le bétail. La distribution de ces activités variant selon les nécessités du moment. L’aménagement urbain présent dans la seconde moitié du millénaire en certains points du Pays Basque comme dans le cas de La Hoya (Biasteri), montrant un tracé de rues bordées de trottoirs qui délimitent des blocs d’habitations bien organisées jusqu’à occuper la totalité de la surface intra-muros, n’existe pas pour l’instant dans les gisements fouillés au Gipuzkoa, même si les habitations mises au jour à Intxur se trouvent alignées dans une même zone. Les caractéristiques des emplacements des maisons nous rappellent davantage d’autres habitats comme en Europe centrale celui de Heuneburg, établi sur quelque trois hectares, sur une hauteur dominant le Danube. Les structures des habitations y sont levées les unes à côté des autres, distribuées de manière irrégulière en fonction du tracé de la muraille et des contraintes imposées aux bâtisseurs; dans tous les cas, elles sont séparées, on trouve entre elles des espaces permettant difficilement le passage dans lesquels les systèmes de drainage sont clairement représentés. On calcule que le site put être habité tout au plus par deux cents personnes.
Les dates d’occupation de ces sites varient des uns aux autres; si l’on se base sur les datations par carbone 14, ainsi que sur des éléments typologiques, nous savons qu’ils le furent tout au long du premier millénaire, quoique dans leur majorité dans la seconde moitié de celui-ci. La date la plus ancienne que nous ayons à ce jour pour un village guipuzcoan est de l’an 3.000 avant notre ère à Buruntza et la plus récente, celle de 2.030 à Intxur. Dans ce dernier gisement, nous disposons, cependant, d’une datation de 2.720±80, correspondant peut-être à une première occupation du site, obtenue à partir d’un fragment de bois qui pourrait appartenir à un système initial de défense précurseur de celui formé par la grande muraille de pierre. En tout état de cause, selon les lieux les plus densément habités, les habitations et leur environnement, sont aussi les plus récents : entre 2.270 et 2.030 BP.
L’occupation de l’espace
Suite à l’abandon des grottes, il se produit un regroupement dans des habitats en plein air, qui avec le temps prendra des formes plus complexes au niveau de la structure et de l’organisation. Selon toutes probabilités, ce processus d’abandon des grottes avait dû débuter bien avant cependant pour s’établir en petits foyers à l’extérieur de la grotte, laquelle conservait peut-être une fonction de refuge dans certains cas ou servait dans d’autres de lieu de stockage pour certaines denrées.
Le choix d’un espace à l’heure de décider un établissement permanent comme celui des villages protohistoriques ne doit rien au hasard. Dans un territoire présentant une considérable variété de reliefs, on opte en général pour des crêtes ou des lieux élevés par rapport à l’environnement, pourvus parfois de précipices ou de différences de niveau qui en rendent l’accès difficile.
Le lieu où ils sont établis, en dehors d’être bien défendu, domine habituellement des voies naturelles de grande importance. Ses occupants disposent ainsi du contrôle visuel sur de considérables étendues susceptibles d’être utilisées en partie pour développer des activités diverses, notamment de nature agricole.
Cette localisation de certains des villages nous permet d’imaginer ce que peut avoir été leur mode d’organisation du territoire. La vallée de l’Oria en ce sens en est un parfait exemple : depuis quatre points élevés occupés par autant de villages fortifiés on est en mesure de dominer visuellement la plus grande partie de la vallée. Les sites de Buruntza, Basagain, Intxur et Murumendi, situés à des distances relativement similaires les uns des autres, nous donnent une idée de ce que pouvait être une distribution d’espaces contrôlés à cette époque. Par ailleurs, certains de ces villages peuvent être aperçus à partir du site contigu. C’est ainsi que de Basagain, il est parfaitement possible d’apercevoir l’emplacement de Buruntza et vice-versa; il en va de même à Intxur, d’où l’on distingue nettement le site de Murumendi.
Les hauteurs au-dessus du niveau de la mer auxquelles sont levés ces sites varient de 868 mètres pour Murumendi à 295 pour Basagain. Cependant, leur cote plus ou moins importante ne gêne nullement la vision de grandes superficies, la différence de niveau par rapport au lit de la rivière ou des rivières proches et aux terrains environnants étant considérable. De sorte que de n’importe quel point de la muraille qui ceinture la totalité du site de Basagain, en dépit de son attitude qui n’est guère excessive, on peut apercevoir de vastes étendues de terre.
Le contrôle de l’eau est également un élément fondamental pour choisir un lieu d’établissement. Même dans les zones dans lesquelles les pluies sont abondantes, les occupants optent en règle générale pour se situer à des endroits dans lesquels il se trouve au moins une source à l’intérieur de l’enclos ou dans ses environs immédiats. L’existence de ces sources n’exclut nullement la collecte d’eau de pluie moyennant différents systèmes à l’intérieur des villages. A cette fin, à l’intérieur des deux habitations fouillées à Intxur on a localisé autant de trous circulaires creusés dans la roche de 1,70 et 0,80 m. de diamètre, pour l’un, et de 0,60 et 0,30 m. de profondeur, pour l’autre.
Les défenses : murailles et fossés
Une fois qu’ils ont jeté leur dévolu sur le lieu approprié pour s’établir, les occupants construisent une série de défenses dont les dimensions sont considérables. Celles-ci ont pour objet de protéger la surface sur laquelle ils lèveront leurs habitations et, parfois, des champs pour cultiver et des pâtures pour le bétail.
Employant la pierre et la terre, sans oublier le bois, ils délimiteront des espaces de différente surface moyennant la construction de murailles, de fossés et de remblaiements. Ceux-ci de manière souvent surprenante sont arrivés jusqu’à nos jours. Ces défenses entourent fréquemment l’enclos. Elles peuvent même présenter des lignes parallèles de muraille ou de fossé. Dans les cas où le lieu retenu pour situer le village est défendu partiellement de manière naturelle, ils en complètent l’herméticité par des structures levées laborieusement par ses occupants. Le développement des murailles peut atteindre une longueur importante. Dans le cas du village d’Intxur, celles-ci dépassent 1.500 mètres.
Le tracé de ces ouvrages et leur exécution obligea sans
nul doute à requérir les services de spécialistes dans ce
genre de travaux en dehors d’une organisation collective
développée et d’un effort considérable dans le temps.
Cependant, on ne peut affirmer à coup sûr que son unique
fonction fût de se défendre d’éventuels ennemis; le
caractère imposant de ces constructions pourrait également
refléter quelque type de pouvoir ou obéir à des
considérations de prestige par rapport à d’autres gens de
territoires plus ou moins proches.
Les fossés sont présents très visiblement dans le village d’Intxur. Ils peuvent en effet atteindre en certains endroits quatre mètres de profondeur et un développement total de 650 m. Ils délimitent à leur base le périmètre des deux crêtes de la hauteur.
Les murailles, en règle générale, sont formées par deux pans de mur constitués de pierres de différentes dimensions disposées sans mortier, alors que l’intérieur est rempli de pierraille et de terre. Pouvant atteindre entre 2 et 2,5 m de large, leur hauteur a pu être évaluée dans certains cas à 2 m auxquels il faudrait ajouter de possibles palissades en bois qui en rendront la défense plus efficace. A l’occasion, on profite d’affleurements rocheux pour les intégrer dans le tracé défensif (Intxur, Buruntza). Ce qui diminue d’autant le travail de construction tout en assurant une plus grande solidité à l’ouvrage. En tout état de cause, il semble y avoir une préparation préliminaire du terrain de l’aire sur laquelle on va lever la muraille de manière à faire acquérir à celle-ci une plus grande solidité et à éviter de la sorte des éboulements facilités dans de nombreux cas par les fortes pentes de ces hauteurs.
Il n’est pas facile de déterminer les lieux d’entrée de ces enclos. Les portes pratiquées dans les murailles paraissent largement estompées par le passage des ans. Leur localisation oblige à des fouilles de longue haleine. Leur emplacement cependant est intimement lié tant au type de relief que l’on prétend protéger qu’à la conception de la propre défense.
Les habitations
Les restes d’habitations que l’on connaît
dans les villages européens de la
protohistoire sont abondants. Ils offrent
une large diversité tant en ce qui concerne
les éléments et techniques employés dans la
construction que les formes, les dimensions
et la structuration interne. L’habitat est
fondamentalement rural à l’époque. Ce qui
explique les caractéristiques communes entre
nombre de ces découvertes, dans lesquelles
l’architecture est indissociable des us et
coutumes d’une société de type agricole et
d’élevage.
Des recherches mises en œuvre dans les villages guipuzcoans, nous pouvons déduire que nous sommes en présence d’espaces de plus de soixante-dix mètres carrés de surface et d’un très grand degré de confort. Ceux-ci sont habités par des groupes familiaux plus ou moins nombreux. On y dispose d’une série d’éléments mobiliers de base pour aider dans les tâches principales et de petits garde-manger. Ces structures d’habitation devaient être complétées par d’autres édifices habilités pour le stockage des excédents de récolte ainsi que pour la réalisation d’autres travaux divers.
C’est dans le village d’Intxur que l’on a pu définir avec la plus grande précision les caractéristiques de ces habitations, mais on dispose également de plus de d’informations sur les sites fortifiés de Buruntza et Basagain. Les deux maisons mises au jour à Intxur ont leurs fondations creusées dans la roche, au voisinage même d’une zone plane située entre les deux sommets de la montagne, quoique légèrement déplacées vers le sud afin de se protéger des vents du nord et de noroît. La première d’entre elles, de plan rectangulaire, mesure 11 mètres de long et 6 mètres de large. Elle est construite à partir de la préparation du terrain, lequel, épousant une légère déclivité, a été nivelé en une série de plates-formes. La porte d’accès s’ouvre à l’extrême ouest de la façade sud. La seconde, également de plan rectangulaire et levée aussi après une préparation du terrain, mesure 12 x 5 mètres. Son entrée se situe à l’extrême Est de la façade Sud. Du côté nord les saillants de la roche entaillée forment une marche en guise de siège. Les toits de ces maisons, compte tenu de leur emplacement et de leurs caractéristiques devaient être à une pente et formés d’éléments végétaux, ce matériau étant placé sur un treillis de bois et de branches de manière à empêcher l’eau d’entrer et à permettre l’échappement des fumées du feu qui se trouvait à l’intérieur du logement.
Dans le cas de Buruntza, les habitations devaient être adossées à la muraille par leur côté intérieur étant donné l’importante concentration de matériaux, leur distribution et les quelques éléments de construction retrouvés, comme des cales de poteau et un alignement de pierres.
La plupart des habitations connues sont levées au moyen de matériaux disponibles dans le voisinage immédiat. En ce qui concerne les techniques employées dans l’édification de ces structures, on utilise les connaissances et les techniques traditionnelles maîtrisées en chaque endroit. Lesquelles sont simples en règle générale. Cependant, ces faits n’empêcheront pas une relative variété des types de constructions en fonction des ressources, du climat ou des besoins propres à chaque cas.
Les matériaux de base pour ces tâches sont la terre, la pierre et le bois. L’emploi de la terre comme élément de construction est fréquent dans de vastes zones géographiques, tant comme base fondamentale que sous forme d’élément complémentaire à côté de la pierre et du bois. Nous nous trouvons ainsi en présence de cas où elle est employée pour lever des murs ou pour la réalisation de sols et de toits, en raison de sa grande valeur isolante. La fabrication d’adobes, commune aux zones les plus méridionales de l’Europe, a également laissé des témoignages dans des aires situées plus au nord. Dans le village d’Intxur, il a été trouvé des restes d’adobes dans les zones correspondant aux murs, principalement dans la zone proche du foyer adossé au mur. Dans le village de Basagain, les murs sont formés d’un entrelacs de branchages recouvert de terre qui présente une surface lisse vers l’extérieur et qu’ils devaient peindre très probablement comme cela se passe dans d’autres constructions de ce type au Pays basque. Le sol de ces habitations (Intxur) est constitué de terre battue.
La pierre est également un élément important dans la construction des habitations, même s’il ne s’agit parfois que d’une matière première secondaire. La géologie de l’environnement déterminera le type de pierre utilisé, ce qui fait varier certains éléments des typologies de constructions. Employée de manière fréquente comme matériau isolant de l’humidité, elle apparaît à la base de certains murs, pour protéger des structures en bois ou pour chausser des poteaux. Si l’on fait exception de l’emploi de la roche qui constitue le terrain naturel comme base des maisons d’Intxur, lesquelles y sont creusées et les cales de poteau du site de Basagain, rare est la documentation existant sur l’utilisation de ce matériau dans les habitations du Gipuzkoa.
Abondant dans une bonne partie du continent européen, le bois est une ressource de base pour lever tout type de structure. La variété d’espèces d’arbres dans les différentes zones fera qu’on emploie un type de bois ou un autre, ce qui déterminera de quelque manière des techniques différentes. Son utilisation est documentée dans des villages comme Intxur, Basagain et Buruntza. On en a trouvé quelques restes comportant des orifices de clou ou de coins. Les trous de poteau sont également fréquents dans ces gisements. Les bois de chêne et de hêtre sont présents sur les sites d’Intxur et Basagain.
Mais en dehors des constructions d’habitation, à l’intérieur des villages sont levées d’autres structures. Dans celles-ci se déroulent des activités telles que la fabrication de céramique, l’élaboration d’éléments métallurgiques ou le stockage de denrées diverses, parfois pour la vente. Toutefois, la découverte des fours pour cuire la poterie ou de ceux utilisés pour élaborer des objets métalliques n’est guère fréquente dans les gisements, peut-être en raison dans de nombreux cas des considérables extensions de ces enclos fortifiés. Les magasins de poteries ou de conservations de grains sont plus abondants dans certains des villages de territoires proches étant donné le niveau de développement de leurs occupants; les gisements du Gipuzkoa devaient disposer également d’édifices pour ces usages.
Les matériaux : pierre, céramique et métal
Les changements technologiques successifs ainsi que le développement de différentes activités modifie peu à peu las formes de vie au cours de ce millénaire. Nombre de ces transformations se reflètent dans les matériaux, certains très novateurs, qui seront fabriqués à partir de supports divers. Cette évolution se fonde tant sur l’importation d’objets déterminés que sur leur imitation. Un tel processus, s’il n’est pas uniforme, produit des tendances différenciatrices qui ne sont pas habituellement pas mises en lumière, nous donnant la sensation de nous trouver en présence d’une culture homogène.
Nous sommes en présence de sociétés dans lesquelles la plupart des éléments de mobilier, qui ne sont pas excessivement opulents, sont en relation avec des activités de type agricole et d’élevage; certains de ces matériaux sont arrivés jusqu’à nous. On les retrouve distribués à l’intérieur des logements ou à proximité. Un fait qui aide considérablement dès lors que l’on cherche à reconstruire la structuration de l’espace dans ces aires.
Des moulins de pierre barquiformes et circulaires
sont utilisés pour broyer céréales, glands ou autres
produits, pas forcément alimentaires, à l’intérieur
des habitations ou à proximité. Des galets de
différentes tailles sont employés comme percuteurs
ou polisseurs. Introduits y compris dans le feu, ils
serviront à chauffer des liquides dans des
récipients en bois. L’industrie du silex, par
rapport à ce qui se passait dans des étapes
antérieures, est assez faible.
Nous disposons à ce jour de moulins barquiformes provenant des villages d’Intxur et Basagain, sans compter un exemplaire circulaire de ce dernier gisement. De même, on trouve en abondance des galets portant des empreintes évidentes qui sont autant de signes d’avoir servi à broyer ou à moudre, dans la mesure où ils présentent un polissage très caractéristique à leur surface; d’autres marques montrent clairement qu’ils ont servir de percuteurs. On en trouve des exemples sur les sites de Buruntza, Basagain, Intxur et Munoaundi, tous fouillés ou en cours de fouilles.
La céramique est largement représentée dans cette période. La plupart des découvertes sont des récipients fragmentés. On fabrique, dans des ateliers de niveau domestique ou local, un nombre varié de pièces en principe fabriquées à la main. On les décore parfois de cordons, de digitations, d’ongulations et d’incisions. Les récipients, généralement à fonds plats, sont dans certains cas de taille petite ou moyenne. Nous pourrions les appeler de cuisine, alors que d’autres sont de grandes dimensions, servant à contenir des liquides ou des aliments (eau, grains, fruits, etc.). En dépit d’une notable diversité typologique, fréquentes sont les formes douces en S et de manière sporadique tronconiques, avec une prédominance de cols ouverts ou ayant tendance à s’ouvrir. Il n’est pas aisé de décrire le traitement donné à leurs surfaces compte tenu de l’état précaire dans lequel sont arrivés jusqu’à nous la plupart de ces tessons, même s’il semble que, dans la plupart des cas, les poteries aient été simplement lissées et exceptionnellement brunies.
Ce genre de récipients se compose de pâtes ayant subi un fort processus post-dépositionnel qui en a affecté largement la consistance et la conservation, par la totale dissolution des dégraissants de calcite qui assurent à la pâte céramique sa solidité. On constate une soigneuse sélection du matériau utilisé. L’argile a été prélevée dans des lieux qui ne sont guère éloignés des villages, à des distances pouvant varier de un à huit kilomètres. Ces pièces pourraient avoir été cuites à des températures de 600 à 750º C, dans des fosses creusées dans la terre. On observe en effet que les cuissons prédominantes sont de type réducteur et très irrégulier, puisque l’on apprécie parfois les empreintes du contact direct avec les flammes. Il existe, néanmoins, des céramiques à cuisson finale oxydante qui pourraient avoir été fabriquées dans des fours très simples. (C. Olaetxea, 2000).
Les sites de Buruntza, Basagain, Intxur et Munoaundi, principalement, ont permis de récupérer des milliers de tessons de poteries fabriquées à la main. On note en particulier les grands récipients décorés de cordons digités sur les sites de Buruntza et Intxur. Mais on relève aussi des pièces de taille petite et moyenne, dont bon nombre sont également décorées.
Passé la première moitié du millénaire, dans certains gisements (Basagain, Moru et Munoaundi) on voit apparaître un type de poterie de meilleure qualité, fabriquée au tour et qualifiée généralement de celtibère. Elle présente une coloration rouge orangé et permet d’élaborer aussi bien de petites pièces aux parois fines ayant quelques millimètres d’épaisseur que des récipients de taille considérable servant à stocker des produits. Cependant, dans tous les cas dont nous ayons connaissance, cette céramique est minoritaire par rapport à celle fabriquée à la main. On remarque quelques tessons de petites écuelles, aux parois très fines, à bord évasé et fond ombilical, découverts sur le site de Basagain. De même, il nous faut relever quelques tessons à bords protubérants décorés de moulures appartenant à de grands récipients découverts lors des fouilles sur les sites de Basagain et Munoaundi.
En ce qui concerne les objets en métal, ils remontent à d’autres périodes antérieures dans notre région. A cette époque, on continue à produire le bronze et, avec lui, différentes pièces. Mais passé la moitié du premier millénaire se produit l’une des grandes transformations de la période : le début de la métallurgie du fer. C’est dans ce métal que l’on va élaborer alors toute une série d’objets, utilisés tant dans la construction de logements et de structures diverses que pour disposer d’outils dans les activités agricoles et d’élevage, ainsi que pour en faire des armes. Faucilles, socs d’araire, couteaux, embouts, pinces ou clous seront fabriqués dorénavant en fer. Le bronze étant relégué à la réalisation d’objets d’ornement tels que pendentifs, bracelets, fibules ou autres.
La découverte de scories à l’intérieur des
villages nous indique que certaines de ces pièces
étaient fabriquées à l’intérieur même des enclos.
Dans d’autres cas, elles pouvaient provenir de
relations commerciales.
Parmi les objets en bronze les plus significatifs découverts dans les gisements guipuzcoans à ce jour figurent notamment un poids et une fibule à tourelle, tous deux provenant du site de Munoaundi. En fer, on note en particulier des objets comme la faucille conservée intégralement à l’intérieur de l’une des habitations d’Intxur, le soc d’araire de Basagain et une série de couteaux, de clous et de pinces mis au jour dans la plupart des sites fouillés.
Le bois est une matière première abondante,
utilisée tant pour construire des habitations, des
palissades ou des défenses que pour fournir, par sa
combustion, lumière et chaleur. Il permet de
fabriquer différents objets dès l’aube de la
Préhistoire; cependant la difficile conservation de
ce matériau fait qu’il ne nous en reste à peine de
témoignages. Nous disposons néanmoins de nombreux
restes, dont certains nous permettent d’apprécier
comment on en a tiré des planches d’épaisseurs
déterminées pour être utilisées dans la
construction. Elles conservent même, comme dans les
cas de deux exemplaires du village d’Intxur, un trou
de clou et un coin. Par ailleurs, dans le village
navarrais de l’Alto de la Cruz, on a trouvé
plusieurs fragments de vases en bois qui
reproduisent un motif habituel dans la céramique de
l’endroit, façonnés avec une grande perfection. On
trouve également des restes carbonisés de ce qui
devait être un récipient à orifice évasé présentant
des trous autour du bord et que J. Maluquer de Motes
met en relation avec les vases en bois utilisés
pour cailler le lait dans les Pyrénées basques.
(J. Maluquer de Motes, 1954). La découverte dans
certains gisements d’une variété d’instruments comme
vilebrequins, râpes et herminettes corroborent le
travail du bois, probablement de manière habituelle
à l’époque.
La localisation de pièces en pâte vitreuse nous met en présence d’un matériau peu commun et probablement d’origine étrangère. Si l’on en connaissait l’utilisation dans des étapes antérieures, celle-ci devient plus fréquente sous forme de grains de colliers ou de bracelets, essentiellement de couleur bleue, à l’occasion richement décorés (Intxur et Basagain). La matière première est obtenue à partir de silice, de calcaire et d’oxydes alcalins auxquels on ajoute une autre série de minéraux en faibles proportions, on fabrique en coulant à plus de 1200º. La gamme de couleurs est obtenue en ajoutant une série d’éléments tels que métaux colloïdaux, oxydes métalliques et sels.
La vie quotidienne
Si l’on veut imaginer les habitants des villages de l’Âge du Fer, on doit se reporter aux textes de Strabon. Dans sa "Géographie", écrite entre les ans 29 et 7 avant notre ère puis retouchée en partie en l’an 18 de notre ère, d’une manière assez approximative il nous les décrit dans les termes suivants:
Tous ces habitants de la montagne sont sobres : ils ne boivent que de l’eau, dorment par terre et portent les cheveux longs à la mode des femmes, quoique pour combattre ils se ceignent le front d’un bandeau. Ils se nourrissent pour l’essentiel de viande de bouc; ils sacrifient au dieu Arès des boucs mais également des prisonniers et des chevaux; ils ont coutume de faire des hécatombes de chaque espèce de victime, selon le rituel grec, et pour le dire à la manière de Pindare "ils en immolent une bonne centaine". Ils pratiquent luttes gymniques, hoplitiques et hippiques, s’exercent au pugilat, à la course, aux escarmouches et aux batailles rangées. Les deux tiers de l’année, les montagnards ne se nourrissent que de glands qui, séchés et broyés, sont moulus pour faire du pain, que l’on peut conserver pendant longtemps. Ils boivent de la bière et le vin, qui vient à manquer ; quand ils en ont, il est consommé tout de suite lors de grands festins de famille. Au lieu d’huile, ils utilisent du saindoux. Ils mangent assis sur des bancs construits le long des murs, alignés par âge et dignités; faisant circuler les aliments de main en main; pendant qu’ils boivent, les hommes dansent au son des flûtes et des trompettes, bondissant et fléchissant le genou. En Bastétanie, les femmes dansent elles aussi, mêlées aux hommes, les uns et les autres se tenant par la main. Les hommes sont vêtus de noir, la plupart portent la saie avec laquelle ils dorment sur leur couche de paille. Ils utilisent des vases sculptés dans le bois, comme les Celtes. Les femmes portent des robes ornées de motifs floraux. A l’intérieur, au lieu de monnaie ils pratiquent l’échange d’épices ou donnent de petites feuilles d’argent découpées. Les criminels sont jetés dans le vide, les parricides lapidés et chassés hors des limites de leur patrie ou de leur ville. On se marie à la manière grecque. Les malades comme on faisait dans l’Antiquité parmi les Egyptiens s’exposent sur les chemins pour être soignés par ceux qui ont souffert de la même maladie. Avant l’expédition de Brutus, ils n’avaient que des barques en cuir pour naviguer par les estuaires et les marais; mais aujourd’hui, ils utilisent des embarcations faites d’un tronc d’arbre, bien que leur usage soit encore peu fréquent... Ainsi vivent ces montagnards qui, comme je disais, habitent du côté septentrional d’Ibérie; c’est-à-dire, les Callaïques, Astoures et Cantabres, jusqu’aux Ouascons et Pyréne, tous ceux-ci ayant le même mode de vie ". (III.3.7.).
Les investigations archéologiques menées dans les gisements fortifiés de la protohistoire ont fourni de précieuses informations qui nous aident à mieux comprendre ce qu’était la vie quotidienne de ces ancêtres qui occupaient le territoire du Gipuzkoa. D’importantes transformations dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage, l’introduction de nouvelles technologies comme celle qui va permettre la fabrication du fer ou l’élaboration de céramiques de meilleure qualité, les progrès dans les techniques de construction, ainsi que l’intensification des relations commerciales, entre autres, nous mettent en présence de sociétés bien organisées et en plein essor.
L’AGRICULTURE
Documentée dès le Néolithique dans des grottes comme celle de Kobaederra (J.J. Ibáñez, et alii, 1998) en Biscaye et plus tard dans des dolmens comme celui de Zorroztarri (J.A. Mujika, 1991) au Gipuzkoa, la pratique de l’agriculture est l’une des principales activités tout au long de la Protohistoire ainsi qu’on peut déduire des restes matériels découverts et des études mises en œuvre dans un grand nombre de sites sur le continent européen; les recherches mises en œuvre dans les vingt dernières années au Gipuzkoa en confirment l’implantation dans ce territoire. Elle s’établit de manière progressive et permet une exploitation de plus en plus appropriée des terroirs qui sont gagnés sur la forêt et les broussailles.
On commence à trouver fréquemment datant de cette période des éléments fabriqués en pierre, céramique ou métal ainsi que des restes d’espèces végétales, principalement dans les zones de plus grande activité humaine, à l’intérieur des habitations ou dans leurs environs, qui nous fournissent des informations précises sur le déroulement de ces travaux.
Les moulins en pierre barquiformes qui étaient utilisés depuis des étapes antérieures dans la pratique de l’agriculture sont des éléments habituels, sur les sites de l’Âge du Fer. C’est en particulier le cas des pièces retrouvées sur les sites d’Intxur et de Basagain. Le moulin circulaire, introduit postérieurement, est également représenté dans le second des gisements. Ces ustensiles permettront d’élaborer des farines à partir du grain de céréales ou des glands.
Fréquente est l’apparition de récipients aux considérables proportions adaptés au stockage de produits divers, dont les graminées; ces pièces céramiques fabriquées à la main ou au tour occupent parfois des lieux spécifiques à l’intérieur des habitations, constituant de petits magasins. Les récipients élaborés à la main sont présents dans tous les gisements.
Parallèlement, on constate une remarquable évolution par rapports à des périodes antérieures en ce qui concerne des outils divers et le matériel agricole; l’introduction de la métallurgie du fer alors que le millénaire est bien avancé permettra la fabrication de pièces dans ce métal de manière généralisée : sur nos sites on en a trouvé sous forme de faucille ou de soc d’araire.
Mais le document le plus direct de la pratique de l’agriculture est celui formé par les propres espèces végétales cultivées à cette époque. Ainsi, nous disposons d’abondants grains calcinés de céréales comme l’épeautre, l’orge -vêtue et nue - et le panic, également de légumes secs comme le pois chiche et le petit pois. A toutes ces plantes, sont associées d’autres, de type sauvage, comme la folle avoine, le brome, le plantain et la ronce. Les restes de grains recueillis dans le village d’Intxur ont été localisés à l’intérieur d’habitations datées entre 2.260±80 et 2.070±80 BP.
On constate parfois l’existence d’une alternance dans les cultures ainsi que le postérieur traitement des semences. Une bonne exploitation de la terre va requérir à l’occasion la rotation des cultures comme cela se passa probablement dans le village d’Intxur dans lequel on devait faire alterner céréales et légumes secs, les semailles étant pratiquées en automne-hiver et au printemps. Sur ce même site, on a retrouvé des semences dans l’une des habitations comprenant une proportion élevée d’impuretés alors que dans une autre habitation à proximité les grains étaient propres. Ce qui tend à démontrer qu’une fois récoltés ceux-ci pouvaient faire l’objet de traitements. A partir de cette époque, la production de céréales et de légumineuses sera fondamentale dans ces villages et permettra d’obtenir des récoltes importantes à haute valeur nutritive et faciles à stocker pour être consommées tout au long de l’année, et même de disposer d’excédents.
Par ailleurs, une série de plantes comme le lin (Linum sp.), documentées sur certains sites comme celui d’Intxur, étaient peut-être utilisées pour l’élaboration de tissus avec la laine, comme cela se faisait dans de nombreux habitats à cette époque.
L’ÉLEVAGE
Le territoire guipuzcoan offre une grande diversité de milieux pour le développement de l’élevage; des cotes proches du niveau de la mer aux lignes de crêtes marquant le partage des eaux atlantique-méditerranée en passant par un grand nombre de reliefs intermédiaires, on a des espaces pour les troupeaux aux différentes époques de l’année.
Les villages que nous connaissons à ce jour se situent dans des zones de moyenne altitude. Tous disposent à proximité de reliefs appropriés pour le séjour du bétail. Les pâtures plus élevées, comme aujourd’hui, étaient réservées pour les mois de plus grande chaleur. On les utilisait par conséquent de manière saisonnière.
Le cheptel est formé à cette époque de moutons, chèvres, vaches et porcs principalement, comme on le déduit des restes découverts dans le village guipuzcoan de Basagain et dans d’autres proches de ce territoire. Cependant, quoiqu’on ne dispose pas pour l’instant au Gipuzkoa de restes osseux sauf pour les espèces signalées, selon toute probabilité on utilisait des animaux comme le cheval, l’âne, le chien et la poule. Ces derniers étaient présents en Araba dans la seconde moitié de l’Âge du Fer dans le village de La Hoya. La forte acidité du terrain dans certains des gisements fouillés rend difficile la conservation des os.
L’étude des pollens collectés dans certains des villages nous informe des types de paysage végétal dans les zones les plus proches de ces sites. On peut voir que le déboisement dans les environs des lieux d’habitation était une pratique courante, qu’elle était motivée d’une part par l’utilisation du bois et, de l’autre, par le besoin de disposer de terrains défrichés pour réaliser les travaux des champs et disposer de pâtures pour les troupeaux. Une partie de ce bétail, qui allait paître dans les zones plus ou moins proches des villages, partait en transhumance dans les alpages pendant les mois d’été, comme cela se faisait dans les périodes de cultures précédentes et ainsi d’ailleurs que la pratique s’est pérennisée jusqu’à nos jours. Des lignes de crêtes comme celles d’Aralar, Aizkorri ou Ernio étaient probablement le lieu de destination des bergers et des troupeaux de manière saisonnière, c’est là un fait qui commence à être documenté du point de vue archéologique dans des zones comme Urbia (Ugalde, Tx.; et alii, 1992-93).
Le développement de l’activité d’élevage a mis à la disposition des gens de l’Âge du Fer non seulement des produits alimentaires comme la viande, la graisse, utilisée peut-être pour diverses fins ainsi que comme produit de substitution de l’huile d’olive, ou du lait, mais également des matières premières comme la laine, la peau ou le cuir avec lesquels on fabriquait des tissus et d’autres objets de base. Mais on utilisait également les boufs et les chevaux dont la force de traction permettait des travaux comme les labours, tirer des charrettes ou se déplacer d’un lieu à un autre.
La fabrication de fromages et de bien d’autres dérivés du lait a été documentée dans certains gisements dans lesquels l’élevage est présent; à cette fin, on devait utiliser tant des récipients en cuir ou en bois que des vases céramiques perforés, ainsi que des passoires.
Les troupeaux de moutons, fréquents à l’époque, devaient être ceux qui fournissaient la matière première probablement fondamentale pour l’élaboration de vêtements et d’autres tissus. La découverte de reste de métiers à tisser dans les habitations des différents villages protohistoriques et les restes sporadiques de tissu le corroborent.
LA CHASSE, LA PÊCHE ET LA CUEILLETTE
Y compris lorsque l’on se trouve dans un moment de plein essor dans un contexte d’économie productrice, on conserve certaines pratiques d’étapes antérieures de type déprédateur qui serviront de complément à l’alimentation de ces villages. Parallèlement à l’élevage de bétail, on continue à chasser certaines espèces animales qui vont être employées pour la plupart comme aliment. Il se passe plus ou moins la même chose avec les espèces végétales. Les récoltes sont complétées par la cueillette de fruits et de plantes qui servent à leur régime alimentaire ou dans le cas des feuilles de mûrier des haies (Rubus fruticosus) et des fruits de sureau (Sambucus nigra) pour développer potentiellement des activités de type curatif.
On ne dispose pas pour l’instant de témoignages d’activité de chasse dans nos villages même si elle est un fait dans un grand nombre d’habitats proches de notre territoire. Cette pratique pourra certainement être documentée dans les prochaines années, notamment pour la chasse au cerf et au sanglier. Cependant, cette activité s’est trouvé reléguée à un plan très secondaire dans les villages de cette période une fois la domestication de différentes espèces animales établie avec force.
En ce qui concerne la pêche, on en connaît la pratique dans divers gisements de l’Âge du Fer. On utilise pour sa pratique tant des hameçons en bronze que postérieurement de fer et peut-être des filets; néanmoins, on ne dispose pas non plus de documents qui permettent d’en savoir plus de cette activité à l’époque dans les villages guipuzcoans.
Parallèlement à la pratique de l’agriculture, les
habitants de ces sites fortifiés continuent, comme
cela se faisait depuis les origines de la
Préhistoire, à cueillir différentes espèces
végétales qui croissent de manière spontanée dans
des endroits qui ne sont pas excessivement éloignés
de leurs lieux de vie quotidienne. Strabon, dans le
texte cité plus haut, fournit quelque renseignement
en ce sens : Les deux tiers de l’année, les
montagnards ne se nourrissent que de glands qui,
séchés et broyés, sont moulus pour faire du pain,
que l’on peut conserver pendant longtemps
. Même
si de telles références sont à prendre avec une
certaine précaution, il n’en reste pas moins que les
restes de gland sont fréquents dans nos villages
(Buruntza, Basagain). Il est vrai qu’on peut les
utiliser comme aliment en complément des céréales et
des légumes secs cultivés. En effet, si les céréales
peuvent être collectées en été, le gland peut l’être
au début de l’automne. Celui-ci offre des qualités
nutritives très similaires à celles des céréales,
puisqu’il contient hydrates de carbone, graisses,
protéines et fibre. Comme le signale S. Mason
(1995), la production d’une récolte moyenne de gland
dans le sud-ouest de la péninsule ibérique est de
quelque 700 kg/ha.
tandis que celle de la céréale traditionnelle est de
650 kg/ha.
Outre les glands, on cueillait des noisettes, riches en huiles grasses et en vitamines, des baies de sureau et des mûres.
LA MÉTALLURGIE
Malgré la rareté en minerai pour obtenir du bronze dans notre territoire, sa fabrication est évidente. On retrouve trace de l’activité dans différentes pièces retrouvées dans les travaux archéologiques et obtenues par la fonte du métal et l’utilisation de moules. On dut probablement recourir à des relations commerciales avec des zones métallurgiques afin de disposer de lingots ou de galettes de fonderie ainsi que pour amortir de vieilles pièces ou exploiter les propres gisements bien que ceux-ci fussent pauvres en minerai. Avec ce métal, on élabore une série d’instruments nécessaires au développement d’activités ainsi que des armes et des accessoires d’ornement.
On pense que l’introduction de la métallurgie du fer eut lieu dans le bassin de l’Èbre à partir du VIIIe siècle avant le changement d’ère; cependant, une bonne part des matériels trouvés dans ce métal sont datés d’à partir de 500 avant notre Ère, bien qu’il ait été introduit auparavant une série d’objets manufacturés à travers des relations commerciales avec des zones technologiquement plus avancées.
Une fois que les gens des villages auront acquis les connaissances technologiques et qu’ils auront maîtrisé les différentes phases du processus métallurgique du fer, ils commenceront à le produire. Même quand ce minerai n’abonde pas dans certaines zones, du moins dans des quantités considérables. Ce fait les contraignit probablement à recourir à l’exploitation de petits gisements. La découverte de scories de fer dans certains sites comme Basagain et Munoandi documentent cette activité métallurgique à l’intérieur de notre territoire.
En tout état de cause, l’arrivée du fer va signifier que la plupart des objets métalliques étaient fabriqués dans ce métal par le forgeage. Le bronze se trouvant relégué à l’élaboration d’objets d’ornement, principalement, tels que fibules, bracelets ou anneaux. En revanche, les ustensiles pour les travaux des champs comme les faucilles, les socs d’araire, des objets comme les couteaux ou ciseaux, les éléments pour la construction comme les clous ou les pinces, ou les armes, seront fabriqués en fer.
Certaines de ces pièces mises au jour dans les villages du Gipuzkoa sont associées à des dates obtenues par C14; ainsi, divers objets en fer d’Intxur sont à mettre en relation avec des datations entre 2.030±80 et 2.260±80 avant notre ère, tandis que dans le village proche de Basagain un autre groupe d’éléments du même métal nous fait remonter à des contextes datés entre 2.170±80 à 2.360±120.
LE COMMERCE
Le développement considérable qui s’est produit tant dans l’agriculture que dans l’élevage, outre les importants progrès technologique parmi lesquels il faut relever la mise en marche de la métallurgie du fer, va favoriser des productions supérieures à celles périodes précédentes. Il va même se produire des surplus. Ces produits excédentaires feront l’objet d’activité marchande, ce qui permettra d’obtenir d’autres matières, par l’achat ou l’échange. A l’heure actuelle, nous disposons de différents éléments qui nous mettent sur la piste de ce commerce. C’est ainsi que l’on a découvert dans certains villages différents poids métalliques portant des marques diverses. Significatif à cet égard est l’ensemble pondéral ou de poids trouvé sur le site de La Hoya en Araba qui comprend des pièces en bronze et en fer appartenant à la couche celtibère. En ce qui concerne les sites guipuzcoans, nous disposons d’un poids en bronze portant une série de marques sur la surface supérieure, mis au jour à Munoaundi. Ces découvertes nous démontrent non seulement l’activité commerciale mais aussi la possession de connaissances mathématiques communes au groupe.
Certaines pièces en verre mises au jour dans des gisements guipuzcoans comme Intxur et Basagain nous incitent également à envisager la possibilité d’échanges commerciaux avec d’autres points du continent européen. La beauté de certains de ces bijoux nous donne une idée du niveau de développement atteint par ces sociétés d’agriculteurs et d’éleveurs des derniers siècles de notre Préhistoire.
Au chapitre des objets qui seraient arrivés dans notre territoire par le truchement de relations avec des populations parfois très éloignées, se situent les écuelles en or découvertes à Axtroki (Eskoriatza), datées entre 850 et 500 avant notre ère, à la forme hémisphérique et ornées de motifs géométriques divers, similaires aux découvertes effectuées dans des gisements du centre de l’Europe.
LES CONFLITS ARMÉS
Fréquents sont les éléments de type archéologique qui documentent l’existence de conflits armés tout au long de la période correspondant au Bronze final et à l’Âge du Fer ou, du moins, le risque potentiel de ces derniers. La destruction violente du village de la Hoya en Araba, lors de l’une de ses phases d’occupation, en est une bonne preuve.
Murailles et fossés sont des éléments constants dans les établissements dont nous ayons connaissance à ce jour; de tels éléments, ainsi que les emplacements stratégiques et en général élevés sur les terres environnantes tendent à indiquer que nous sommes en présence de gens pour qui la défense joue un rôle important.
Le déboisement des environs des villages, outre qu’il est essentiel pour libérer des espaces pour les cultures et comme lieu de pacage pour le bétail, suppose très probablement un facteur clairement stratégique afin de disposer d’une meilleure visibilité face à d’éventuels agresseurs.
Les importantes transformations qui se produisent dans cette période permettent, entre autres, d’obtenir des excédents de production qui peuvent arriver à être considérables dans certains cas. Ce qui entraîne le risque de vols et de pillages.
Les restes matériels découverts, directement en relation avec les guerres, sont abondants; ainsi, des armes comme les épées, boucliers ou lances sont habituellement présentes, tant dans les villages que dans leurs nécropoles. En ce qui concerne les gisements guipuzcoans, en dehors d’être fortement défendus par des murailles et à l’occasion fossoyés, on commence à voir apparaître des armes fabriquées en fer telles que viroles et autres. On en a trouvé dans les villages de Basagain et Munoaundi.
Le monde des défunts
Nous avons connaissance tout au long de la protohistoire en Pays Basque de différents types de monuments funéraires. Tous ont néanmoins un élément commun, celui d’abriter les cendres des défunts. A cette époque, l’inhumation a été remplacée par l’incinération. On dépose dans les lieux funéraires la totalité ou une partie des restes de la combustion. Toutefois, nous ignorons à ce jour aussi bien l’emplacement que les caractéristiques des nécropoles correspondant aux villages guipuzcoans. Il n’en reste pas moins que certains des sites fortifiés proches de notre territoire nous ont fourni de l’information sur les lieux dans lesquels on déposait les restes incinérés des cadavres, en avec le recours à des structures de genre cista (La Hoya à Biasteri) ou à des nécropoles de champs d’urnes (La Torraza à Balterra ou La Atalaya à Kortes, entre autres).
Les travaux de prospection que nous entreprenons à ce jour visent à la localisation de ces nécropoles dans lesquelles demeurent les restes des habitants des villages que nous connaissons aujourd’hui, et qui se trouvent habituellement dans des zones proches des lieux d’habitation.
Le phénomène funéraire des "cromlechs pyrénéens", contemporain de ces habitats fortifiés, ne règle pas cependant le problème des nécropoles des villages. Ces cercles dénommés "baratzak" ou "mairubaratzak", dont le nombre dépasse le millier, loin d’être localisés à proximité des villages, s’étendent par les lignes de crêtes pyrénéennes dans un espace géographique très défini et dont les constructeurs devaient probablement vivre dans les territoires compris entre la rivière Leizaran et la Principauté d’Andorre, non seulement dans les aires montagneuses les plus élevées, là où sont levés ces cercles mais également dans les aires pré-pyrénéennes qui offraient de meilleures conditions d’habitabilité.
La fin d’une étape
S’il est vrai que l’on dispose de preuves nous indiquant que les villages fortifiés du Gipuzkoa étaient occupés dans certains cas dans la première moitié du millénaire antérieur à notre ère, la plupart des témoignages nous conduisent à des dates plus récentes (entre 2.475±75 de Buruntza et 2.030±80 BP d’Intxur selon les datations par C14); autrement dit, pour la plupart des gisements fouillés nous nous situons dans la seconde moitié du millénaire, jusqu’à des dates proches du changement d’ère.
C’est autour de ces dates plus récentes que les occupants de ces sites offrent des signes d’une plus grande maîtrise des ressources et des nouvelles technologies. Des habitations montrant un considérable degré de commodité recèlent des réserves d’aliments récoltés; des outils divers nous mettent sur la piste du développement de travaux variés tandis qu’une série de pièces comme des grains de collier ou un bracelet en verre nous conduisent à penser à de possibles relations commerciales avec d’autres gens.
À ce moment de consolidation, qui ignore les problèmes ou les conflits, tout au moins si nous nous basons sur la documentation archéologique, ces sites sont abandonnés vers le changement d’ère, mais rien ne permet d’indiquer à ce jour les nouveaux emplacements de ces populations qui occupaient des endroits stratégiques depuis des centaines d’années. En ce sens, aucun des villages fouillés à ce jour n’a fourni d’éléments matériels en rapport avec le monde romain et les datations obtenues par C14 ne vont pas au-delà de la fin de l’ère.
Les formes d’habitat dispersé qui restent à documenter mais qui, très probablement, comme on l’a signalé, devaient cohabiter avec ces sites fortifiés, ainsi qu’avec de nouveaux établissements communautaires, ont peut-être pris la relève des villages fortifiés, occupant des cotes plus basses que ces derniers.
Les récentes découvertes en relation avec le monde romain en différents points du territoire tels que les communes d’Irun/Hondarribia et de Zarautz, principalement, permettront peut-être de faire un peu de lumière sur cette phase finale de notre Préhistoire.
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Iluna Ehulea
































































































































