- 1- Les débuts
- 2- Les navires
- 3- Les corsaires basques
- 4- La vie à bord
- 5- Les croyances
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Corsaires Basques et Bayonnais du XVe au XIXe siècle
de Pierre Rectoran
1 Les grands navigateurs basques : Juan Sebastian del Cano
2 Un explorateur basque de 70 ans
4 Prise de Maracaïbo et de Gibraltar
4.1 Michel le Basque et Junqua de Bayonne
LES DÉBUTS
Les Basques et la mer
Sans nul doute, les Basques ont été considérés comme un peuple qui, du fait de leur soif d’aventures ou de leur caractère entreprenant, n’ont pas hésité à s’élancer au-delà des horizons qui les étouffaient. Malgré leur amour pour leur pays, les Basques quittèrent leur terre poussés par le besoin et par leur soif d’aventures, ayant à leur actif la connaissance de la mer.Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, et pour les mêmes motifs, cette partie de la mer Cantabrique connut de bons exemples de corsaires et de pirates qui se mirent à sillonner les eaux que leurs prédécesseurs avaient connues et d’une certaine façon dominées. Car nous ne devons pas oublier que les pirates et les corsaires sont aussi vieux que le commerce, et très intimement liés au trafic maritime.
Selon les commentaires de Julio Caro Baroja, ce fait n’aurait pas été crédible dans une société sans une grande tradition marine. Et les marins basques n’auraient pas non plus atteint Glasgow et les îles Orcades dans leurs voyages vers le Nord s’ils n’avaient pas eu cette grande tradition marine.
Mais de la même façon que les Basques se frayaient leur chemin, il s’avéra nécessaire de défendre la terre et la mer. L’époque vécue aux IXème et Xème siècles fut tourmentée, et c’est alors qu’apparurent les Vikings, les premiers pillards qui abordèrent les côtes basco-françaises, ainsi que les Normands.
© Joseba Urretabizkaia
Le défi des Normands et ces irruptions des pirates firent comprendre aux rois l’importance de la défense de leurs côtes. C’est la raison pour laquelle, au début du IXème siècle, les refuges ou ports dont on vient de parler reçurent leur reconnaissance officielle sous la forme de "fueros" (lois particulières à une ville), grâce auxquels les villes furent fondées et leur défense organisée; ils servirent également de point de départ des marchandises à l’époque de l’essor commercial castillan.
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Les villes
Le "fuero" (fors) le plus ancien du pays fut celui de Bermeo, fondé en 1082. En ce qui concerne le Gipuzkoa, pendant les premiers temps, les fondations s’effectuèrent de la façon suivante: Saint Sébastien, avant 1180; Hondarribia, en 1204; Getaria et Motrico, en 1209 et Zarautz en 1237. Plus tard furent fondées les villes suivantes: Villanueva d’Oiarso en 1320; Monreal de Deva en 1346; Villagrana de Zumaya en 1347; Belmonte d’Usurbil en 1371 et Saint Nicolas d’Orio en 1379.L’essor économique produit par ces fondations se fit évident dès le XIIème siècle, au cours duquel le Gipuzkoa et la Biscaye commencèrent à prendre une signification économique importante, avec leur grand contingent de marins et de pêcheurs.
Si nous nous axons sur Saint Sébastien, son "fuero" fut le premier de la péninsule à inclure des ordonnances maritimes qui furent la base de la création d’un vrai code maritime. Il fut appliqué par la suite à toutes les communes du Gipuzkoa. Grâce au "fuero", le port de Saint Sébastien devint une sortie naturelle des produits de la Castille, qui se transforma dans le temps en une grande puissance exportatrice, de laine principalement. Le caractère nettement commercial que prit progressivement Saint Sébastien, outre la prospérité qui s’ensuivit, attira vers nos côtes les pirates et les corsaires, toujours amis des biens d’autrui.
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Loin de nos côtes
Les marins basques se firent voir sur toutes les mers connues, et certains d’entre eux non seulement comme commerçants. En 1282, un corps de volontaires basques prit une part active dans la conquête du Pays de Galles aux côtés de l’armée anglo-normande. Un chroniqueur de Gênes racontait en 1304: ..."des gens du golfe de Gascogne sont passés par le détroit (de Gibraltar) avec des navires appelés coques et ils pillèrent nos vaisseaux en causant des dégâts".Au bas Moyen-âge, les Basques travaillent comme transporteurs des commerçants italiens, et font communiquer la mer Méditerranée avec d’autres régions de l’Europe du Nord. Lorsque les Catalans avaient besoin de nefs à bords élevés, ils venaient les chercher dans les ports du Nord, au Pays Basque, par exemple. Cela impliquait que les Basques les montaient, les équipaient et, selon les coutumes de l’époque, les louaient aux rois et aux étrangers.
De la Méditerranée à l’Atlantique, les marins basques furent aperçus en 1393 pendant les reconnaissances des îles Canaries, et plus tard à bord des expéditions vers le golfe de Guinée.
En ce qui concerne la présence de marins basques dans ces régions, rappelons que, selon Carlos Clavería, il existait à Cadix un collège de pilotes basques depuis des temps immémoriaux.
A mesure que le temps passait, la participation basque dans les guerres qui affrontèrent les anglais et les français aux XIVème et XVème siècles fut manifeste. Pendant la Guerre de Cent Ans (1337-1453), les Basques s’enrôlaient sur les vaisseaux français, en vertu de divers traités signés entre eux.
La flotte commerciale du Pays Basque se transforma en une vraie puissance. Au XIVème siècle l’union de notre marine fut scellée à tel point que les Basques établirent leur propre Consulat à Bruges, dans le quartier des "easterlings".
Mais un d’autres théâtres d’opérations et d’autres activités retiennent notre attention.
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LES NAVIRES
La construction navale
La construction navale sur le littoral basque se remonte au commencement de l’activité des Basques comme pêcheurs et commerçants.Mais ce fut la présence des Vikings et des Normands à l’embouchure de l’Adour ce qui fit que très tôt les navires basques furent gréés comme vaisseaux de guerre. Au XIème siècle apparaissent les premières coques; elles vont renfoncer les principes de l’art de la navigation sur lesquels vont se construire tous les types de navires.
Au cours de cette première période et jusqu’à la moitié du XVIème siècle, les constructeurs étaient propriétaires de leurs navires. Plus tard se développerait l’industrie basque de la construction navale qui arriva à sa plénitude au XVIème siècle, par la conjonction des facteurs tels que l’abondance des forêts de chênes et de hêtres, la tradition marine, les bons artisans, l’existence des ports et la présence d’une bourgeoisie entreprenante, ainsi que par la découverte de l’Amérique, qui déplaça le commerce vers l’Atlantique. En outre, la Couronne adopta une politique protectionniste, comme il s’ensuit des ordonnances de l’année 1500, où les Rois Catholiques déclarent..."aucune marchandise ni bien ne seront chargés sur des nefs étrangères s’il y a des nefs autochtones..."
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Vers la fin du XVIème siècle l’on remarque une certaine baisse dans la qualité des navires construits; sans doute par le fait que les navires étaient faits sur commande et que le constructeur n’était plus le propriétaire, la fabrication était quelque peu délaissée. A partir de ce moment il est possible de parler d’une industrie navale en tant que telle.
Des circonstances d’ordre international, comme la défaite de l’Invincible Armada, pour laquelle le Roi avait réquisitionné un grand nombre de navires basques, eurent des répercussions dans cette activité, et le XVIIème siècle connut une époque de crise dans le Gipuzkoa et en Biscaye. Au Labourd cependant, c’était le contraire; l’Arsenal du Roi se trouvait à Bayonne, où se construisaient les nefs de la Flotte Royale française.
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Les chantiers navals
Les chantiers navals les plus habituels étaient des installations simples situées sur la côte ou sur les rives d’un fleuve, et avaient un caractère provisoire. Quant aux chantiers navals royaux, ils étaient plus grands et plus complexes.Les principaux chantiers du pays se trouvaient sur les marges de l’Adour et du Nervion; dans le Gipuzkoa, nous connaissons les suivants: A Zarautz les navires étaient fabriqués à divers endroits, et parmi eux à Gurtarte et dans les chantiers de la ville, près du Palais des Zarauz; ces navires étaient plus tard vendus à Séville pour le commerce des Indes.
A Lezo, Pasaia et Rentería, il y eut un chantier de fabrication de galions appartenant à la Flotte de Sa Majesté. Le Chantier Royal de Pasaia fut fondé en 1597. On y construisit le Vaisseau Amiral du Roi de mille cinq cents tonnes.
A Astigarraga il y avait des maîtres charpentiers à Arcaiza, près du ruisseau qui descend de la maison Aramburu, dans ce que l’on appelle "le vieux chantier naval". A Donostia-Saint Sébastien l’arsenal était situé sur la plage de la Concha et le chantier naval à Anoeta.
Depuis les plus anciens temps se trouvaient les chantiers de Mapil à Usurbil, ceux d’Hondarribia et ceux de Santa María de Motrico.
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Types de Navires
Les bâtiments construits dans les chantiers navals de nos côtes et qui furent utilisés à un moment donné par les corsaires basques furent les suivants:- Coques. Nefs à un seul mât, d’origine nordique, très répandues au XIVème siècle; elles étaient déjà munies d’une barre d’étambot et servaient aussi bien à la guerre qu’au commerce.
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- Caraques et caravelles. Navires longs et fins, à deux ou trois mâts et hune, à voiles latines et plus tard carrées, avec un seul pont et un éperon à la proue. Appropriées pour les expéditions, elles furent surtout utilisées aux XVème et XVIème siècles.
- Nefs. Il s’agit d’une évolution des caraques, à deux ou trois mâts, et un bord élevé d’une grande capacité, et très fortes afin d’affronter les ennemis et les tempêtes.
- Galion. Voilier de XVIème et XVIIème siècles, muni de quatre mâts au maximum et un beauprés, avec plusieurs ponts et un fort tonnage, très approprié pour les traversées océaniques, pour lesquelles il adopta des lignes et des gréements qui par la suite feraient évoluer ce bâtiment. Les galions effectuaient la course aux Indes et copaient de la galère sa sveltesse et sa légèreté, en adoptant les voiles rondes.
- Frégates et Navires. Bâtiments déjà fort évolués, de grandes dimensions et long déplacements.
Il n’y avait pas de bâtiments spécialement conçus pour les équipées de corsaires, et jusqu’au XVIIème siècle, les navires de guerre et les navires marchands ne pouvaient même pas se différencier entre eux. La loi signalait uniquement que les bateaux corsaires devaient être "des navires de moins de trois-cents tonnes", et ce fut presque toujours ainsi, outre le fait que sur les côtes françaises il était plus pratique de naviguer à bord de navires plus petits. Les bâtiments corsaires pouvaient être achetés mais ne pouvaient jamais être étrangers
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LES CORSAIRES BASQUES
Notes préliminaires
Le Gipuzkoa a toujours eu le dos tourné à la longue épopée vécue par un grand nombre de ses ancêtres sur les côtes et les mers, épopée décrite de manière exceptionnelle par les quelques descendants de cette légion de navigateurs, pêcheurs, constructeurs de navires et corsaires qui depuis lors cessèrent d’être les acteurs principaux des actions qui les mobilisèrent.Il a suffi que les trois derniers siècles d’histoire s’écoulent en silence pour effacer presque totalement l’identité basque de leurs signes de vie maritime. En ce qui concerne les corsaires basques, ce silence est compréhensible, dû en partie à l’obscurité qui a entouré beaucoup d’entre eux. Selon Michel Iriart, la raison résiderait dans la coutume de beaucoup d’armateurs de brûler tous les documents qui faisaient référence à ceux qui les enrichirent. D’autre part, un grand nombre de corsaires ne se distinguèrent que lors d’une seule traversée, et avec cette information il a été impossible de fouiller davantage dans leurs origines, leur vie et leurs campagnes antérieures et postérieures au seul fait qui leur donna la renommée.
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C’est ainsi que les corsaires, outre à la pêche et au commerce, se livraient au pillage. L’une des raisons de cette occupation furent les "lettres de marque", c’est-à-dire la permission accordée par un roi à ses sujets marins de poursuivre les ennemis de la Couronne jusqu’à s’approprier de ce que ces derniers transportaient. Un corsaire avait la permission d’un roi pour voler et un autre roi pouvait le pendre pour la même raison.
Le corsaire était différent du pirate dans la concession de cette permission. C’était le corsaire qui recevait les lettres de marque de la part du roi ou d’un gouvernement, afin de faire la guerre contre une autre nation ou afin de troubler son trafic commercial. Le pirate était un voleur qui volait aussi en mer, mais sans aucune permission.
Les lettres de marque
Au premier quart du XVIème siècle, la France et ensuite l’Angleterre ç(avec la permission de leur roi) furent les premières à utiliser les corsaires contre l’ennemi qui était alors le trafic espagnol des Indes, passant par-dessus les bulles du Pape et les interdictions du Conseil des Indes et de la "Casa de la Contratación", et se battant contre le monopole exercé par l’Espagne sur des colonies riches en argent.Les rois espagnols trouvèrent un moyen utile d’empêcher les pillages et de gêner le commerce de ses ennemis en accordant leurs lettres de marque aux vieux et aguerris loups de mer qui peuplaient les villes de la côte basque pour attaquer et piller les nefs ennemis. La Couronne les protégeait à condition de déranger les ennemis à bord de leurs navires; les Basques commencèrent donc à se consacrer à un emploi tout aussi lucratif, surtout lorsque ce n’était pas l’époque des baleines.
Les premières lettres de marque ne furent accordées aux basco-français qu’en 1528, bien que les labourdins furent de tout: corsaires, pirates, flibustiers et boucaniers. Dans nos provinces, nous avons des témoignages de la fin du XVème siècle, comme les Brevets accordés en 1497 et en 1498 par Ferdinand le Catholique, qui permettaient aux habitants du Gipuzkoa et de Biscaye d’exercer comme corsaires sans aucune restriction.
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Fait à Madrid, le 28 août 1690. Moi, le Roi".
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Il arriva cependant que certains corsaires continuèrent leurs pillages, tantôt sans attendre la dispense royale, tantôt avec leurs lettres de marque périmées, et tantôt pendant des époques de paix entre l’Espagne et ses ennemis. Ils étaient très peu respectés et furent appelés "pirates".
Dans le Gipuzkoa notamment, les lettres de marque étaient fournies dans un premier temps par la Mairie de Donostia-Saint Sébastien, jusqu’à ce que quelques années plus tard, le Consulat s’en occupa aussi, et les deux se prononçaient sur la légitimité de chaque capture qui rentrait au port. Par la suite, ce furent les Ordonnances Corsaires Royales qui déterminèrent le partage du butin. D’après elles, l’artillerie et les prisonniers correspondaient à la Justice Royale, tandis que le vaisseau et ses marchandises étaient destinés à la famille corsaire, qui les partageait de manière proportionnelle entre les armateurs, le capitaine et tout l’équipage, selon l’ancienneté de chacun à bord du vaisseau.
Les lieux où ils opéraient et leurs façons d’agir
L’adresse des hommes, la hardiesse des capitaines et la cupidité des équipages, y comprise celle des armateurs, étaient des conditions que ces navires remplissaient pleinement pour exercer comme corsaires et pirates. Après leur établissement, le nombre de corsaires basques augmenta rapidement et se situa tout au long de la côte basque; leur champ d’opérations s’élargit en conséquence. Les bases principales des corsaires du Gipuzkoa se trouvaient à Donostia-Saint Sébastien, Pasaia et Hondarribia, et leur domaine d’activités s’étendait au début jusqu’à la Manche en Angleterre. Plus tard, ce domaine s’accrut vers le nord de l’Europe, les côtes de l’Amérique et celles de la Barbarie, en Afrique du Nord.Les navires des corsaires étaient de propriété privée et frétés par leur propriétaire. Ils étaient choisis par leur vitesse et leur petit tirant d’eau.
La méthode principale de combat était l’abordage, combiné avec l’usage de l’artillerie. De toutes façons, ils n’étaient pas excessivement armés; ils confiaient leurs victoires aux abordages, évitant ainsi que le navire arraisonné ne subisse de dégâts, car ils devaient le vendre par la suite. Normalement, ils préféraient au guet, c’est-à-dire qu’ils naviguaient à la recherche de leurs proies au lieu de les attendre à un point déterminé, bien qu’ils combinaient les deux tactiques. Parfois, ils attendaient au port les informations concernant les navires marchands ennemis. Les corsaires naviguaient surtout en solitaire, quelquefois à deux, et très rarement, lorsque l’ennemi était très fort, par groupes plus grands, en petites flottes, où la juste distribution des prises était difficile et le butin était moindre.
En dernier lieu il faudrait signaler l’importance des corsaires, surtout en ce qui concerne nos côtes, si nous faisons référence au nombre de corsaires qui y vécurent.
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Au cours des expéditions lointaines, ce nombre se voyait réduit par la nécessité d’un approvisionnement plus important.
Les expéditions corsaires exigeaient donc un grand nombre d’hommes d’équipage et la population basque n’était pas si nombreuse; il fallut donc avoir recours aux levées. Le navires corsaires en actif, bien que très nombreux, étaient limités par le manque d’hommes, et ne sortaient que lorsque les équipages des autres navires qui étaient partis en mer revenaient.
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LA VIE À BORD
L’équipage
Parmi l’équipage d’un grand navire corsaire, la figure principale était le capitaine, qui faisait d’intermédiaire entre les armateurs et les hommes d’équipage. C’était lui qui décidait d’entrer en combat et qui faisait respecter la discipline à bord. Le lieutenant de vaisseau remplaçait le capitaine en cas de maladie ou de mort de ce dernier, et faisait l’un des quarts. Le maître de frégate contrôlait la navigation et administrait les vivres. Le pilote dirigeait la navigation et donnait les ordres aux timoniers. Le contremaître dirigeait les manœuvres sous les ordres du capitaine et c’est lui qui était le responsable du gréement et de la protection contre les incendies. Le gardien était son assistant; il s’occupait du nettoyage du vaisseau, des petites barques et des mousses. Parmi les marins, il y avait trois catégories: les marins, les mousses et les moussaillons; les deux premiers s’occupaient des voiles et de la navigation en général, et les derniers s’occupaient du nettoyage, des repas, des cordons des cordages et des prières à bord. Il y avait aussi le sous-officier d’artillerie, qui prenait soin de l’artillerie, les artilleurs, les soldats d’abordage, le charpentier, l’aumônier, le greffier et le chirurgien. Il fallait également inclure deux métiers caractéristiques des navires corsaires: le caporal de prise, qui gouvernait le navire capturé jusqu’au port où il le vendait, et le surveillant de la frégate, qui contrôlait tout ce qui se passait pendant la traversée ainsi que le comportement de l’équipage, et qui empêchait de commettre des fraudes.
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La provenance des hommes d’équipage était locale ou zonale. Ils venaient parfois d’autres zones de la province et même d’ailleurs. Il y avait des étrangers, tels que des labourdins, des flamands et des irlandais, mais ce n’était pas habituel. Cependant il était fréquent que le pilote fut français, afin de pouvoir agir dans la zone française et parce que la plupart des marins basques étaient meilleurs aux cordages qu’au pilotage. La plupart ne comprenait pas le castillan, tandis que les marins plus expérimentés étaient bilingues. Leur extraction sociale était basse, et très peu savaient écrire.
La vie à bord
La vie quotidienne à bord de tout corsaire ou marin basque se déroulait de la façon suivante:Les marins vivaient sur le pont. Pendant la journée il y avait plusieurs quarts à faire, de quatre heures chacun. Le travail commençait à l’aube: nettoyer les ponts, raccommoder et hisser les voiles, grimper le long des mâts et assurer les cordages. Toutes les demi-heures un mousse annonçait l’heure, accompagnée d’un Pater et d’un Ave Maria. Le matin, le marin gardait le tapis ou la couverture où il avait dormi, étalait ses vêtements, se lavait dans un seau, prenait un petit déjeuner frugal (biscuits, quatre-quarts, aïl, fromage et quelques sardines grillées), écopait l’eau que la nef avait recueillie pendant la nuit et mettait de l’ordre dans sa malle ou son coffre. Celui-ci contenait les vêtements propres à tout corsaire ou marin: une chemisette en laine, une chemise, des chausses, un capuchon ou une cagoule, et peut-être une pèlerine courte et un bonnet. Chacun était habillé à sa façon et seuls les marins basco-français connurent l’uniforme à partir du XVIIème siècle. Les capitaines et les officiers étaient plus élégants. Leurs besoins naturels étaient satisfaits directement dans la mer; pour ce faire, les marins s’accrochaient aux cordes du gréement ou de la planche qui était suspendue au-dessus des vagues et qu’ils appelaient "Komunak" ou "los jardines".
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Avant de faire les quarts pendant la nuit, l’on convoquait pour la prière. Un couple rituel résonnait ensuite toutes les demi-heures, et le timonier et la vigie étaient remplacés toutes les heures.
Le manque d’hygiène, l’entassement sur le pont et les repas monotones étaient d’excellents bouillons de culture pour les maladies. La mauvaise nutrition les rendait très peu résistants aux maladies, et le danger de périr d’une épidémie déclarée à bord était grand. Le scorbut, qui n’avait pas encore été découvert, et qui était dû au manque de vitamines, était la maladie la plus habituelle. Seuls les officiers avaient des provisions personnelles (figues, raisins secs, confitures, raisins,...) qui contenaient certaines doses des vitamines nécessaires. La syphilis fut une autre maladie très commune, qui sévit particulièrement au XVIème siècle. Le barbier était la personne à bord qui s’y connaissait le mieux pour soigner les malades. Une grande partie de son travail consistait à extraire des objets, à cicatriser et à cautériser des blessures et à coudre ou couper des membres. Le traitement se limitait aux saignées, aux médecines végétales..., et le trousseau était composé par un mortier, des espèces, un découpeur, des plantes médicinales et de l’eau-de-vie.
La discipline et les prisonniers
A bord des vaisseaux corsaires basques, les marins ne pouvaient être condamnés à mort, aussi grave que fut leur faute. De sorte qu’étant libérés de la crainte des châtiments durs ou les plus extrêmes, les hommes d’équipage faisaient très souvent preuve d’une grande indiscipline. Il y avait cependant des punitions, comme le passage sous la coque, qui pouvait être assimilé parfois à la peine de mort. En contrepartie, les basco-français étaient plus durs aussi bien dans leurs coutumes que dans leurs châtiments: le châtiment corporel et les rites d’initiation (attacher le nouveau au mât pour le frapper) subsistèrent malgré l’interdiction des autorités. L’assassin était attaché au cadavre de sa victime et était jeté par-dessus bord.Le traitement donné aux prisonniers était indulgent s’il s’agissait d’européens. Ceux qui n’avaient pas offert trop de résistance étaient libérés; on leur donnait des vivres mais on ôtait les biens à ceux qui avaient bien combattu. Le châtiment réservé aux ennemis qui avaient essayé de détruire leur propre vaisseau pendant le combat était la pendaison, bien que plus tard elle fut remplacée par les coups de fouet.
LES CROYANCES
Le monde marin basque n’est pas aussi riche en mythes et en légendes que le monde de l’intérieur. La tradition mythologique marine basque a toujours été assimilée à celle d’autres régions en bordure de mer. Et les corsaires basques croyaient aux mêmes choses que le reste des gens de mer de nos côtes.Tout le Pays Basque a connu une grande tradition en ce qui concerne les sorcières, un monde ingénu qui n’avait presque rien à voir avec le satanisme. Ces croyances étaient profondément ancrées non seulement dans le Pays Basque rural de l’intérieur, mais aussi sur la côte.
Zarautz, Getaria... sont des villes fortement enracinées dans la croyance des "sorginak", dont les traditions, légendes et histoires sont intimement en rapport avec la vie quotidienne et la dynamique propres à une société de marins. Il s’agissait très souvent d’un monde à moitié caché par la peur et la crainte qu’inspiraient ces "sorginak", "laminak" ou "gaizkinak". "Direnik, ez da sinistu bear; ez direla ez da esan bear" ("Il ne faut pas croire qu’elles existent; mais il ne faut pas dire qu’elles n’existent pas"). Les "arrantzaleak" (pêcheurs) de la côte ne mentionnaient jamais les sorcières, et si leurs femmes parlaient d’elles pendant qu’ils travaillaient, ils cessaient de pêcher. Selon ces traditions, les sorcières, transformées en vagues, poursuivent les pêcheurs et les marins. A Saint-Jean-de-Luz, les sorcières "se vantaient d’avoir volé jusqu’à Terre-Neuve (depuis leur village); elles montaient jusqu’aux mâts des navires et jetaient leurs mauvais sorts sur les marins et les pêcheurs avec leurs poudres diaboliques". Elles provoquaient aussi des tempêtes, comme le prouvait le naufrage du navire "Marticot" de Ciboure. C’est ce que l’on déclara devant le juge français Pierre de Lancre au cours du procès qui leur fut instruit.
© Joseba Urretabizkaia
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Quant aux sirènes, comme le raconte Résurrection Mª de Azkue avec les paroles du Père Feijoo, en 1673 un riverain de Liérganes partit prendre un bain avec d’autres garçons à l’estuaire de Bilbao. Il plongea dans la mer...mais il disparut, et pensèrent qu’il s’était noyé. Mais au bout de six ans, des pêcheurs de Cadix aperçurent entre les vagues "une figure humaine d’aspect rationnel qui nageait avec une grande habileté. Piqués par la curiosité, ils réussirent à capturer cet être surprenant après d’énormes efforts". C’est alors que l’on apprit que c’était le même Francisco, disparu il y a six ans à Bilbao. Rentré chez lui, l’on raconte qu’il vécut neuf ans encore d’une façon étrange et qu’il disparu finalement sans laisser de traces.
J’ai également trouvé une référence à une sirène qui avait l’habitude de jouer sur la plage de Saint Sébastien et de se coiffer au soleil. Mais elle s’enfuit lorsque les Anglais s’installèrent au "Pico de Loro".
Finalement, l’"iraunsugue" était le dragon de nos ancêtres auquel il fallait sacrifier une jeune fille pendant qu’il attirait les hommes par son souffle pour les avaler. Ce fut un "iraunsugue" qui tua l’Archange Saint Michel sur la montagne d’Aralar.
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LES BALEINIERS
Sur la trace des baleines
La chasse aux baleines est étroitement liée aux corsaires, car elle fut exercée avant leur création pour venir finalement les rejoindre.Les premiers corsaires du Pays Basque furent des baleiniers qui alternaient leurs occupations de chasse avec le pillage des ennemis sur les bancs de Terre-Neuve, cautionnés par leurs lettres de marque. Les pillages de morue, par exemple, constituaient pour eux un butin aussi convoité que les soies les plus riches, l’or ou les meilleurs vins des navires marchands.
Il semble que les Basques et les habitants de la côte cantabrique seraient les premiers chasseurs de baleines de l’histoire et les inventeurs de l’industrie baleinière. Ils étaient organisés comme tels dès le VIIème siècle.
Au début, la baleine était chassée sur les côtes cantabriques, au cours de campagnes qui allaient du mois d’Octobre au mois de Mars, lorsqu’elles descendaient depuis les mers gelées du Nord. La première mention de la vente d’une baleine apparaît sur un document de l’an 1059 à Bayonne. Plus tard paraîtront des documents concernant le ramassage des os de baleine pour les utiliser dans les réparations, et l’apparition de jarres pour y conserver l’huile de baleine.
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Les dernières découvertes effectuées au Canada relatives à la fréquence de la toponymie basque à cet endroit, les mots basques utilisés par les indiens et la façon de harponner les baleines seraient la preuve que les Basques furent les premiers à arriver sur ces terres et à établir des rapports d’amitié avec les indigènes. C’est ainsi que les années vingt du XVIème siècle connurent le début de la chasse à la baleine en Terre-Neuve, bien qu’il y ait des témoignages antérieurs sur la présence basque dans ces terres.
Les bateaux se réunissaient à un endroit situé à cinquante kilomètres de Terre-Neuve et du Labrador, où ils restaient jusqu’à la fin du mois de Janvier, lorsque les températures glaciales les obligeaient à interrompre la marée. Au cours de ces campagnes qui duraient huit mois, du printemps à l’automne, quelques vaisseaux baleiniers rentraient avec leurs cales à moitié vides, et d’autres ne rentraient plus, ou perdaient leur chargement entre les mains des pirates.
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A partir de 1585 les baleiniers basques commencent leur déclin. Au cours de cette année-là, date du début de la guerre contre la Grande-Bretagne, un grand nombre de vaisseaux est réquisitionné par la Flotte Espagnole, qui n’avait pas de bâtiments suffisants pour former une grande escadre. Trois années plus tard, à la suite de la défaite de l’"Armada" espagnole, un très petit nombre de bateaux partirent pour la pêche en Terre-Neuve.
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Les Basques réagirent en se livrant aux pillages corsaires d’une manière plus systématique. Quelques années auparavant, ils avaient obtenu du roi Philippe II les lettres de marque correspondantes pour affronter les pirates.
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LE XVIÈME SIÈCLE
Le XVIème siècle de notre histoire est dominé par les conflits qui affrontent l’Espagne à la France et à l’Angleterre pour des motifs politiques et religieux: les guerres et les paix successives amorcées par les rois Charles V et Philippe II entre les deux royaumes sont fréquentes, et auront parfois la mer comme cadre.Les corsaires basques ne seront donc pas étrangers à ces fluctuations: ils y prendront plutôt une part active, soit grâce à leurs lettres de marque, soit en agissant pour leur propre compte.
En règle générale, nous pouvons considérer le XVIème siècle comme le premier siècle où les corsaires basques commencèrent à agir sous une réglementation bien définie et dans lequel nous trouvons de nombreux témoignages.
Deux précédents
Deux exceptions à ce comportement: Antón de Garay, premier corsaire dont nous avons connaissance, né en Biscaye à la fin du XVème siècle, s’initia comme corsaire dans l’Atlantique, et poursuivit ses équipées sur les côtes du Nouveau Monde. Il subit la peine de mort pour piraterie. Dans le Gipuzkoa, Juan Martinez de Elduayen, ressortissant de Saint Sébastien, faisait de même vers 1480. Il s’empara de trois pinasses d’Hondarribia qui transportaient des marchandises françaises, ce qu’il avait fait "protégé par certaines lettres de marque et par des représailles qu’il disait avoir eues depuis le temps de la guerre". Les Rois Catholiques lui firent remarquer que ces lettres étaient périmées depuis longtemps. Il attaqua ensuite une nef de Bilbao à la hauteur de Saint Sébastien, avec l’aide de sa famille. Ce fait lui valut une autre remontrance de la part des Rois, qui lui ôtèrent les prises et lui firent signer une amende de quelques écus.
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L’ennemi français
En revenant au temps qui nous occupe, pendant les premières années du XVIème siècle, la France utilisait déjà les lettres de marque comme arme de premier ordre dans sa rivalité contre l’Espagne. Les corsaires et les pirates de La Rochelle se font connaître parmi les marins basques au cours de ce siècle, ce qui n’est que le prélude de la renommée qu’ils atteindraient au siècle suivant. C’est ainsi que le capitaine Martin de Iribas dut attaquer le fameux corsaire de La Rochelle Jean Florin, qui s’était emparé du trésor qu’Hernan Cortés faisait transporter du Mexique en Espagne, en faisant prisonniers ses hommes qu’il emmena ensuite à Cadix.Les corsaires basques débutent en 1528, lorsque la Couronne espagnole déclara la guerre à la France et à l’Angleterre, et pressa le Gipuzkoa d’armer ses navires corsaires le plus vite possible.
Par suite de cette guerre, les corsaires français et anglais arrivèrent même à intercepter le commerce et la navigation de l’estuaire de Bilbao, comme par exemple en 1536, lorsque les consuls de Bilbao envoyèrent une lettre au magistrat de Bruges pour demander quelques pièces d’artillerie afin de se défendre contre les corsaires français. Les corsaires du Labourd furent les plus importants de tout le Pays Basque; ils opéraient dans toutes les eaux, avec ou sans permission, et ils arrivèrent même à s’immiscer dans le domaine de la piraterie. Les corsaires basco-français les plus renommés de ce siècle furent Duconte, Harismendi et Dolabarantz.
En effet, les hommes du Gipuzkoa s’armèrent et s’emparèrent d’un nombre si élevé de vaisseaux français que ceux du Labourd demandèrent le renouement des anciennes relations d’amitié. On signa donc un accord à Hendaye en 1536 entre les deux parties voisines, qui instaurait une clause très pragmatique selon laquelle les deux parties s’engageaient à ce que, si leurs rois respectifs se déclaraient la guerre, ceux d’entre eux qui recevraient les premiers l’ordre de guerre ou les lettres de marque devraient en aviser rapidement l’autre partie sur ce qu’ils allaient faire.
Au cours de ces guerres contre l’Espagne, la France s’allia aux Turcs qui avaient consolidé à ce moment-là un grand empire, qui jouissaient d’un grand prestige et qui étaient avides d’expansion. Cette alliance eut ses effets dans le contrôle du trafic commercial et dans la suprématie navale en Méditerranée. L’un des chefs des pirates turcs était Barberousse, qui grâce à son alliance avec la France, attaqua les côtes espagnoles en 1530. Les turcs capturèrent des hommes du Gipuzkoa, comme un marin de Deba qu’il fallut racheter en 1533 de l’emprise de Barberousse, ce à quoi contribua sa ville natale en apportant la somme nécessaire.
Cet accord de respect mutuel signé entre voisins allait se rompre quelques années plus tard, en 1553, lorsque Philippe II qui n’était pas encore roi recommanda aux armateurs de Saint Sébastien de partir à la poursuite des navires corsaires du Labourd qui rentraient chez eux après avoir pillé aux Antilles. Cependant, sous le couvert de cette permission, les armateurs continuèrent d’attaquer les nefs françaises, ce qui fait que celles qui transportaient des vivres à la province du Gipuzkoa cessèrent de le faire à cause de ces attaques.
Quatre corsaires de Saint Sébastien
En 1554 quatre capitaines corsaires de Saint Sébastien remontèrent divers fleuves et estuaires français pour s’emparer de navires marchands et pour faire emprisonner les corsaires ennemis.De ces quatre corsaires, Martin de Cardel, capitaine et transporteur d’eau, pénétra avec six navires à l’intérieur de l’estuaire de Bordeaux et se livra à l’assaut et au pillage des villes des alentours. Il s’empara de quarante-deux grands vaisseaux français remplis de marchandises et d’artillerie et les apporta à Saint Sébastien. Domingo de Albistur s’empara de neuf grands navires français qui venaient de Terre-Neuve, armés et chargés de morue, après avoir mis en fuite les deux navires de guerre qui devaient les escorter. Il s’empara aussi, avec Pablo de Aramburu, de quarante-neuf navires français chargés de morue et de canons. Domingo de Iturain fut peut-être le plus célèbre des quatre. De la même façon que Garay de Biscaye, déjà cité, il commença par se saisir d’un bateau plus grand et mieux armé que le sien, avec lequel il se livra ensuite au pillage des navires britanniques qui pêchaient en Terre-Neuve pour s’approprier de leur pêche.
Les attaques des corsaires basques continuèrent de la sorte, jusqu’à ce que la paix avec la France fut signée en 1559, instaurant aussi la paix entre les corsaires.
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La piraterie et les corsaires basco-français
Au cours de la seconde moitié du siècle, les corsaires basco-français se font remarquer pour les faits suivants.En premier lieu, pendant ces années-là, la piraterie basco-française est établie sur une base systématique et bien ferme grâce à toute une série de normes rigoureuses. A partir de ce moment-là également, la passivité des juges sera évidente.
En second lieu, les Français ne jouent pas franc-jeu avec les corsaires du Gipuzkoa, après la signature de la paix entre les deux royaumes.
En ce sens, il faudrait citer les corsaires de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, qui vers 1560 commencèrent à déranger les navires du Gipuzkoa dans les ports de Terre-Neuve, en les expulsant sans leur permettre de pêcher; dès 1559, un écrivain disait des habitants de Saint-Jean-de-Luz qu’ils étaient toujours bien considérés par les rois de France, parce que "ses habitants sont très belliqueux en mer". Comme exemple, le pirate et marchand marin Saubat de Gaston, de Biarritz, qui en 1575 aborda en haute mer des navires et les dévalisa ensuite à l’embouchure de l’Adour; et deux autres pirates, le capitaine Bardin aidé par un certain Motxi, qui firent honneur à leur condition de pirates en saccageant les sujets de leur propre roi.
L’impassibilité de l’Amirauté française devant de tels faits fit intervenir le roi de France, qui ordonna que ces permissions fussent accordées sur paiement d’une caution, et que les différends sur les captures fussent réglés devant l’Amirauté. .
L’ennemi anglais
Mais la France ne fut pas le seul ennemi de l’Espagne. Comme nous l’avons déjà vu, les lettres de marque de 1528 permettant d’armer une nef corsaire affectaient également à l’ennemi anglais, à qui la guerre avait été aussi déclarée.Mis à part Iturain, déjà cité, ceux qui s’attaquèrent aux Britanniques en temps de guerre furent Anton de Iribertegui, de Getaria, qui occupa un navire anglais en Écosse, et Urbieta, de Orio, qui arriva à Londres comme homme d’équipage d’un navire marchand, s’empara d’un navire anglais, tua tout l’équipage et le vendit, poursuivi par la justice, il dut finalement fuir.
L’Angleterre ouvrit une brèche sur un autre front. La piraterie anglaise augmenta lorsque la reine Elizabeth I monta sur le trône, au moment où l’Espagne reprit la guerre. C’est ainsi que surgit l’affrontement en mer, et le support anglais aux pirates qui attaquent la flotte transportant l’argent en provenance des Indes; les pirates anglais Drake et Hawkins se distinguent pour être les premiers à exporter la lutte des pirates vers les côtes américaines.
Les officiers du Gipuzkoa et de la Couronne espagnole nous ont laissé des récits très vivants sur les actions de ces pirates, comme celle subie par Martin de Olazabal, commandant d’une grande partie de La Havanne pour l’Espagne avec neuf galions remplis de trésors et un convoi de près de soixante navires, et qui fut attaqué par les Anglais.
Le siècle devrait se fermer par la chute de la domination maritime espagnole à cause de la défaite de l’Invincible Armada par l’Angleterre, avec ce que cela supposait pour les Basques. L’une des flottes les plus puissantes du XVIème siècle succombait face à la suprématie navale anglaise.
Même pendant des temps difficiles pour les nôtres, l’hostilité envers l’Angleterre ne cessa jamais, car ce siècle finit avec une épidémie de peste dans la province du Gipuzkoa qui donna l’occasion aux corsaires rochelais de piller les ports du Gipuzkoa et d’emporter toutes les marchandises et même les pêcheurs. Cela suffit pour que les autorités demandent de laisser accoster librement au Gipuzkoa les vaisseaux de toutes les nations excepté les anglais, afin de la ravitailler: "pour que toutes les nations (excepté les anglaises) puissent naviguer librement et débarquer la quantité nécessaire de vivres pour ravitailler la population, car les prix montent tous les jours et on ne trouve pas de quoi manger même avec de fortes sommes d’argent; si les nefs ne pouvaient venir de France, cela entraînerait une grande famine".
LE XVIIÈME SIÈCLE
Le siècle d’or des corsaires basques
Le XVIIème siècle fut le siècle d’or des corsaires basques. Les corsaires prirent une telle importance que ce fut au cours de ce siècle qu’un Décret Royal de 1621 établit les Ordonnances Royales des Corsaires en tant que Loi Générale, qui recueillaient les normes à observer à cet égard.Au cours de ce siècle, la province de Gipuzkoa est la zone corsaire par excellence du Pays Basque et, selon Otero Lana, de toute la péninsule.
Bilbao commence à contrôler le commerce en créant son Consulat, raison pour laquelle tout le commerce basque se concentre dans cette ville. La dynamisme économique de Bilbao déplace Donostia-Saint Sébastien comme port commercial, car cette dernière ne fonde son propre Consulat qu’en 1682 afin de revitaliser son commerce. Le déclin du commerce et le besoin de ressources font de Donostia-Saint Sébastien le principal port corsaire de la péninsule. C’est dans cette situation que se forment à Donostia-Saint Sébastien deux groupes opposés: les armateurs des navires corsaires et les commerçants, qui estimaient que les corsaires constituaient un obstacle car ils effrayaient les navires marchands. De 1622 à 1697, selon Enrique Otero, il y avait dans notre ville cent quarante et un armateurs avec les lettres de marque correspondantes, et deux-cant soixante et un navires corsaires. Certains étaient étrangers, surtout basco-français, bretons et irlandais.
Hondarribia fut le second port péninsulaire, suivi de Pasaia et, très loin derrière, Orio, Zarautz et Getaria.
Cette expansion des corsaires fit s’élargir à leur tour les théâtres d’opérations. Les lieux traditionnels, tels que la côte basque et les Indes, furent toujours considérés comme tels, mais les eaux de l’Europe du Nord (la France, l’Angleterre, la Hollande et l’Irlande) s’élargirent vers le Nord, et d’autres, comme celles de Terre-Neuve, furent abandonnées.
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Terre-Neuve et les mers du Nord
Nous avons déjà dit que vers la fin du XVIème siècle, la pêche en Terre-Neuve avait initié son déclin pour des motifs politiques. A cela il fallait ajouter l’épuisement des pêcheries de baleines de cette immense baie, qui allait se faire plus évident tout au long du XVIIème siècle, à cause de la diminution du nombre de baleines, de leur fuite devant la persécution des hommes ou d’une émigration due au changement de la température des eaux.C’est ainsi que les Basques abandonnèrent progressivement ces terres, bien qu’il existe encore des témoignages de leur présence en Terre-Neuve pendant la première décennie et même au milieu de ce siècle. Les baleines existaient aussi sur les côtes basques, bien qu’en régression à partir du XIVème siècle.
Néanmoins ce ne constitua pas un obstacle pour renoncer à la chasse à la baleine; ils se déplacèrent pour aller chasser vers les mers du Nord. En 1612 Juan de Herauso, de Saint Sébastien, partit sur son bateau vers la terre de "Groillandt, qui est plus septentrionale que la Norvège et qui pouvait devenir un lieu de pêche plus abondant". La campagne fut bonne et quand ils rentrèrent, d’autres vaisseaux, jusqu’à douze au total, se décidèrent à partir vers le même point une année plus tard. A peine arrivés sur cette côte, deux galions de guerre anglais, se prévalant des lettres de marque du Roi d’Angleterre, les dévalisèrent au fur et à mesure qu’ils arrivaient et les obligèrent à pêcher pour eux.
Quelques années plus tard, les Basques allaient être appelés par les Anglais pour chasser la baleine dans l’Arctique, car ils étaient habiles " à manier le harpon". Les Anglais se chargeaient des fours et des barriques. A bord des nefs anglaises, vingt-quatre Basques s’embarquèrent sous les ordres de Baffin en direction de Spitzbergen. Dorénavant, les témoignages sur les décès des marins basques au cap Nord, au Nord de l’Islande et dans la Mer de Norvège seront nombreux.
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Les côtes basques
Le danger étranger
Sur nos côtes, les Basques se livrèrent de façon remarquable aux équipées corsaires, mais ils en souffrirent aussi.Les corsaires hollandais effectuèrent leurs incursions sur les côtes basques jusqu’au point d’utiliser quelques ports basques comme repaires particulières qui leur servaient de vigies.
La crainte des invasions étrangères était fréquente. C’est ainsi que la peur d’une invasion de Donostia-Saint Sébastien de la part des anglais s’accrut en 1626. On ordonna donc fermer avec une chaîne l’embouchure de la rivière Urumea à la hauteur du pont de Santa Catalina et installer une digue en bois depuis la Porte de Terre jusqu’aux bancs de sable. Cependant, il en fut tout autrement.
Les plus actifs en ce sens furent les pirates de La Rochelle, qui vers la fin du XVIème siècle avaient déjà attaqué les habitants du Gipuzkoa.
En 1621, ces derniers envoyèrent un message aux députés de Saint-Jean-de-Luz, et l’année suivante à ceux de Ciboure, pour leur demander des armes et un refuge contre les Rochelais, qui attaquaient les côtes basques presque tous les hivers en leur causant des dégâts. Afin de repousser les dures attaques de ces pirates, les corsaires de Saint-Jean-de-Luz, avec la permission de leur Roi, organisèrent des expéditions de châtiment contre le port de La Rochelle.
De toutes façons, les nôtres ne furent pas toujours lésés, puisque pendant ces années-là, selon Camino, les corsaires de Saint Sébastien parvinrent à saisir aux Rochelais et aux Hollandais cent-vingt navires chargés de marchandises.
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Les marins du Gipuzkoa à Bilbao
Afin de s’emparer de ces butins, les corsaires du Gipuzkoa et de Biscaye fréquentaient le port de Bilbao, habituellement rempli de vaisseaux à cause de l’essor commercial de cette ville. Ils se situaient à l’entrée de l’estuaire, où ils guettaient les bonnes proies anglaises et hollandaises, qu’ils abordaient.Le plus fameux fut le capitaine de Saint Sébastien Agustin de Arizabalo, qui se plaçait juste à l’embouchure du port de Bilbao et qui en 1658 se saisissait de toute nef en provenance du nord de l’Europe: navires marchands français, hollandais et portugais.
Cette attitude des marins du Gipuzkoa d’attaquer les vaisseaux étrangers à l’estuaire de Bilbao eut sa réponse dans les plaintes qui, timides au début et sous la pression des Pays Bas, furent déposées par le Consulat de Bilbao, qui était dans son droit, puisque ces marins du Gipuzkoa agissaient comme de vrais pirates et pénétraient dans les ports de Biscaye comme chez eux, pour spolier impunément les étrangers.
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Tentatives de défense
A partir de 1688, les frégates légères françaises, anciens baleiniers qui avaient été armés pour l’occasion, semaient la terreur sur les côtes de l’Atlantique. Ces frégates se firent surtout remarquer lorsque les combats entre Louis XIV, roi de France, et les alliés européens de la Ligue d’Augsbourg, parmi lesquels se trouvait l’Espagne, reprirent de plus belle. Quelques-unes de ces frégates se livrèrent aux pillages corsaires sur les côtes basques, ce qui fit intervenir le Consulat de Bilbao et les commerçants de Saint Sébastien.En 1691, le Consulat de Bilbao affréta deux frégates pour surveiller leur zone, et arrivèrent ainsi à mettre en déroute une flotte entière de corsaires français. Les commerçants de Donostia-Saint Sébastien, afin d’assurer la sécurité de ses côtes, firent construire en 1690 une frégate dont le commandement fut confié à Pedro de Ezabal, de Saint Sébastien, qui profita de ses lettres de marque pour s’emparer de plusieurs redoutables vaisseaux français qui pullulaient dans nos eaux.
"Les hommes d’affaires de cette Ville ont construit une frégate de guerre de trois-cents tonnes, avec quarante-deux pièces d’artillerie, appelée "Nuestra Señora del Rosario", pour piller sous le couvert des lettres de marque et pour préserver ces côtes des invasions françaises; et ayant pris la mer à cet effet, en vertu de la lettre de marque de Sa Majesté, équipée par des hommes de ce pays, elle s’est emparée d’un grand nombre de navires français pour les amener vers le port de la ville d’où elle était partie; elle a combattu avec un tel courage et si bonne fortune qu’elle a semé la terreur et a mis en fuite les Français hors de ces côtes qu’ils avaient envahies jusqu’au point de fermer ses ports et de se situer juste en dessous de l’artillerie de la forteresse de la Mota..."
Les autorités se rendirent vite compte des avantages qu’elles pouvaient obtenir si elles stimulaient les énergies des marins basques, dont elles favorisaient les expéditions pour les attirer sous leur contrôle.
La paix de Ryswick, signée en 1697, mit fin à la guerre entre le Roi Soleil et la Ligue d’Augsbourg.
Joanes de Suhigaraychipi, "Le Coursic"
L’un de ces corsaires français qui attaquaient nos côtes était le bayonnais Joanes de Suhigaraychipi, plus connu comme "Le Coursic" (le petit corsaire), qui fut corsaire du roi et gagna des titres de noblesse pour ses exploits et les services rendus.Sa frégate, la "Légère", avait l’autorisation d’exercer comme corsaire contre les Espagnols et aussi contre les Hollandais. Son succès fut si grand que le gouverneur de Bayonne en personne finança la moitié de l’armement de sa frégate, qui était munie de vingt-quatre canons. L’opération s’avéra tellement fructueuse qu’il captura cent navires en moins de six ans. Avec le support de gens de la noblesse, sa frégate, qui était ancrée au port de Sokoa, devint bientôt la terreur des Anglais et des Hollandais.
L’une de ses plus grandes prouesses eut lieu en 1692 dans nos eaux, juste en face de la baie de Saint Sébastien. A la hauteur du port de San Antonio, en Biscaye, il découvrit deux vaisseaux hollandais qui se dirigeaient vers notre ville; il les atteignit en deux jours. Il s’approcha du premier, qui avait cinq-cents tonnes, trente-six canons et cent marins, et l’attaqua avec une première décharge. Il l’aborda deux fois malgré la différence entre les deux bateaux et, blessé, dut battre en retraite à cause du feu ennemi. Cela ne l’empêcha pas de continuer à haranguer ses marins basco-français. Ce furent cinq heures de combats sanglants, è tel point que seuls survécurent dix-huit marins hollandais. Le second vaisseau hollandais sombra aussi. Mais il n’y eut que cinq Basques morts sur le lieu de la tragédie.
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Dans le Golfe de Gascogne, il s’empara de quelques bateaux hollandais. Et en dehors de nos eaux, il faudrait mentionner son expédition à Spitzbergen, au Nord de l’Europe, contre les Hollandais, d’où il rentra chargé de baleines.
En six ans il captura à lui seul cent voiliers marchands, et en huit mois, avec le support des frégates du Roi, cent vingt-cinq. Il remplit le port de Saint-Jean-de-Luz de ses butins à tel point que le gouverneur de Bayonne écrivait à Louis XIV: "Il est possible de traverser depuis la maison où votre Majesté aviez logé jusqu’à Ciboure sur un pont fait avec les navires pillés et attachés les uns aux autres". A sa prodigieuse audace, il ajoutait une loyauté digne d’un gentilhomme. Tout manquement à la parole donnée et toute trahison étaient impitoyablement châtiés.
Après plusieurs années il s’occupa à protéger contre les Anglais les retours des Basco-français et des Bretons de Terre-Neuve, où il mourut en 1694. Une inscription figure sur sa tombe: "Capitaine de frégate du Roi", le même qui l’autorisa à dévaliser plus de cent navires marchands. .
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Les Corsaires en Europe
Un villageois infortuné de Rentería
Nous avons déjà vu que l’autre grand théâtre d’opérations des corsaires basques, outre les côtes basques, était l’Europe du Nord.Plus précisément autour des années 1626 et 1627, six navires et treize pataches prirent part dans une opération pirate autour de l’Irlande et de l’Écosse; grâce au récit de J. César Santoyo, nous connaissons l’exploit du "San Jorge", commandé par Miguel de Noblecía, de Rentería, car les navires agissaient tout seuls. La première fois, l’expédition n’eut pas de succès, car dans le port irlandais de Barchavan, les marins de Saint Sébastien faillirent s’emparer de leur proie, mais ils eurent peur des Irlandais et s’en retournèrent. L’année suivante, le "San Jorge" reprenait la mer pour se rendre au même port irlandais, où il s’approvisionna "légalement". Il se dirigea ensuite vers la côte ouest de l’Irlande, en espérant que le hasard lui procurerait un butin, mais comme il n’aperçut aucun vaisseau, il dut partir le chercher au port. Il obligea trois commerçants irlandais à monter à bord et l’un d’eux partit pour payer la rançon des deux autres et pour apporter des provisions aux pirates. Mais un navire de guerre anglais coupa leur retraite et ils finirent en prison. .
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Juana Larando: une veuve corsaire de Saint Sébastien
Comme nous l’avons déjà vu, le rôle déterminant que jouait Donostia-Saint Sébastien comme port corsaire attira les armateurs professionnels de toutes parts, ainsi que les marins des régions voisines du nord de la péninsule et de l’étranger, qui résidaient dans des auberges lorsqu’ils n’étaient pas embarqués.En 1630 Juana Larando, une veuve de Saint Sébastien, avait une auberge où elle logeait dix-huit aventuriers de diverses provenances, " à crédit jusqu’à ce qu’ils rentrent avec leur butin et que celui-ci leur soit distribué", selon un document des Archives du "Corregimiento" de Tolosa.
Les bénéfices qu’elle en tira furent investis dans l’achat d’une patache ou petite barque qu’elle appela le "San Juan", en association avec un ressortissant d’Orio et un autre de Saint Sébastien. Le champ d’opérations de la patache fut la côte française et "le canal d’Angleterre". Son capitaine fut Juan de Echániz.
Lors d’une des sorties de la patache, ils arrivèrent à se faire un butin de douze mille ducats. Au retour il y eut une mutinerie à bord; le "San Juan", inutilisé, fut abandonné à son sort. Ils s’emparèrent d’un meilleur navire, le "San Pedro", hollandais, et arrivèrent à Zumaia où il fut vendu pour la somme de onze mille cent cinquante-cinq réaux.
Le fait est que la distribution de cette somme fut à l’origine de tout un tumulte, car elle devait être aussi distribuée entre le curé de la paroisse d’Orio, qui avait dit des messes pour le succès de l’entreprise du "San Juan", l’interprète à qui l’on eut recours pendant le procès qui fut entamé pour cette distribution, les repas que l’on offrit aux prisonniers flamands avant de les délivrer sans leur bateau, et le prix de la chaloupe à bord de laquelle ces derniers rentrèrent chez eux. La distribution fut ainsi faite: la veuve Juana de Larando reçut trois mille six-cents neuf réaux; le capitaine Echániz, six-cents soixante-dix sept; l’interprète, cent réaux, et chaque corsaire n’eut que quatre-vingts six réaux, pourcentage assez exigu pour un butin si exceptionnel.
Le support du Roi
Cependant les corsaires n’agissaient pas toujours pour leur propre compte. Au cours de ce siècle, la Couronne aidait aussi les corsaires basques avec leurs lettres de marque ou le travail sur commande.En 1633 le roi ordonna "former une escadre de navires armés en corsaires contre les rebelles et ennemis de la Couronne royale", dont devaient faire partie tous les hommes qui venaient s’offrir à chaque navire comme officiers ou simples marins.
Les témoignages de ce genre démontrent le fait que tous les corsaires ne provenaient pas de la côte. Il est cependant assez difficile de trouver des corsaires sur les registres de décès de l’intérieur de la province. Parmi ces derniers, nous citerons Antonio de Aguirre, d’Abaltzisketa; Juan de Zuriarrain ou Miguel de Gorostegui d’Amezketa; José de Goicoechea d’Ataun et Ignacio de Bengoechea de Tolosa, entre autres.
A partir de 1660 les navires corsaires de Donostia-Saint Sébastien et d’Hondarribia se présentèrent dans les ports de Galice pour les utiliser comme base pour leurs expéditions corsaires vers l’Angleterre, la Manche et l’Irlande, car ces ports étaient mieux communiqués avec ces eaux que les ports basques.
Et il en fut ainsi jusqu’à la signature de la paix avec la France. Comme au XVIème siècle, le Gipuzkoa et le Labourd signèrent à nouveau une concorde en 1652, selon laquelle ils établissaient les règles du jeu des corsaires. D’après celles-ci, ils ne pouvaient s’emparer d’aucune nef appartenant à l’autre zone qui viendrait dans leur port. Par ailleurs, les corsaires des deux côtés pouvaient continuer leurs forfaits et s’attaquer mutuellement sans que la trêve en fusse violée pour autant. L’accord fut approuvé par les Conseils de Guerre espagnol et français, et son application ordonnée et confirmée en 1667, 1675 et 1694.
"La terreur de la Grande Bretagne"
Après avoir signé la paix avec la France, les corsaires basques tournèrent leur regard vers l’Angleterre.D’après Camino, pendant la décennie de 1650 à 1660, "les fameux corsaires de Saint Sébastien semèrent la terreur sur les mers, effrayant toute la puissance maritime de la Grande Bretagne". Pour sa part, Antonio de Oquendo affirme que "l’effroi que l’Angleterre ressentait des frégates de Saint Sébastien et de Pasaia fut l’un des motifs qui l’obligèrent à souhaiter la paix".
Afin de mieux comprendre cette crainte de Saint Sébastien, el existe l’information donnée par le Consulat de Saint Sébastien, qui assurait que..."en 1656 il y avait dans les ports de cette ville cinquante-six navires appartenant aux ressortissants de cette ville et de la province, qui combattaient les ennemis de la Couronne, et qui faisaient constamment subir de grands dommages à la navigation et au commerce d’Angleterre, ayant obligé ce Royaume à faire la paix".
C’est dans cette ligne qu’opéra Fermin de Alberro, qui en 1684 se situa à la hauteur du Pays de Galles pour y attendre et aborder un navire de Bristol à destination de Bilbao chargé de plomb, de tissus et de plans. Ce navire rentra vide dans la capitale de Biscaye, tandis que son chargement fit son entrée au port de Saint Sébastien parmi la joie des habitants que prenaient part à ces nouveautés.
Les Corsaires aux Indes
Comme au XVIème siècle, le XVIIème connut aussi les attaques anglaises et françaises devant la faiblesse de la flotte espagnole, frappée d’autres malheurs: la contrebande exercée par les premiers ainsi que les attaques des boucaniers établis à plusieurs endroits des Caraïbes, surtout à l’île de la Tortue, qui étaient aidés par les Anglais et les Hollandais de ces colonies et qui furent le cauchemar des riches établissements des Antilles et des navires qui se livraient au commerce entre les colonies. Le nom de boucaniers provenait de "boucan", la viande fumée de bœuf, salée et desséchée, qu’ils élaboraient.La réponse de l’Espagne au problème de la contrebande aux Caraïbes fut la concession de lettres de marque aux corsaires qui patrouillaient le littoral de la colonie et qui arrêtaient tous les navires étrangers suspects. Les bateaux et l’artillerie saisis passaient à la flotte espagnole afin de défendre les colonies. Plusieurs Basques vont se distinguer contre les corsaires et les pirates des Indes Occidentales.
Tomás de Larraspuru
Tomás de Larraspuru, natif d’Azkoitia, qui fut promu au grade d’amiral, arriva aux Antilles en 1622 à la tête de quatorze galions et de deux pataches, afin de nettoyer ces îles d’ennemis. Depuis l’île Marguerite, il parcourut toute la mer des Caraïbes, élimina des petites îles les repaires des contrebandiers anglais et français, et réunit les flottes de la Nouvelle Espagne et de la Terre Ferme. Une année plus tard, il rentrait en Espagne avec un trésor de près de treize millions en lingots d’or et en fruits, avec la réputation d’être le meilleur de tous les généraux qui commandaient l’escadre. Il mourut dix ans plus tard.Michel le Basque
Après la mort de Larraspuru, les Hollandais, grâce à leur puissance navale, vinrent à bout de la suprématie espagnole aux Caraïbes, laissant les Antilles à la merci des attaques étrangères.Parmi ces derniers, nous ne pouvons passer sous silence Michel le Basque, de Saint-Jean-de-Luz. Il s’installa su cours de la seconde moitié du XVIIème siècle à l’île de la Tortue, et s’associa à un autre boucanier, "Olonés", avec lequel il effectua quelques attaques. Il s’empara d’abord d’un galion au port de Porto Bello, avec un splendide butin. Quelques années plus tard, en 1666, il décida d’attaquer le port de Maracaïbo, qui avait un commerce très actif et était défendu par deux-cents cinquante hommes et quatorze canons. Il réussit à le saccager et fit fuir la population. Il s’appropria des ornements ecclésiastiques dans l’intention de les destiner à l’église qu’il souhaitait fonder à la Tortue. Il revint l’année suivante à Maracaïbo avec quarante hommes uniquement, la mit à sac et s’empara d’une somme importante.
Le navire de Michel le Basque était le frégate "La Providence", construite à Saint-Jean-de-Luz. Elle était équipée de seize canons et près de quarante hommes, y compris Michel le Basque et le capitaine Larralde.
Une flotte du Gipuzkoa met le cap sur l’île de la Tortue
Pendant des années, le problème des attaques pirates aux Indes resta sans solution.En 1685 des armateurs du Gipuzkoa préparèrent une flotte de frégates pour aller à l’encontre des corsaires des Indes, comme il figure aux Archives Générales des Indes, dans un dossier que me procura José Garmendia.
Il s’agissait d’un contrat signé avec les armateurs du Gipuzkoa pour préparer une flotte contre les pirates anglais qui pullulaient aux Indes. L’Assemblée de la Guerre aux Indes arriva à un accord avec les armateurs du Gipuzkoa pour construire une flotte à cet effet. Ces armateurs, qui étaient de Saint Sébastien et d’Hondarribia, nommèrent le comte de Canalejas amiral de l’escadre et trois religieux de l’ordre de San Telmo eurent une place dans la flotte, car "la plupart ne comprennent pas la langue castillane".
Cette flotte fut rapidement construite au chantier naval d’Anoeta, à Saint Sébastien. Elle comprenait le vaisseau capitaine "Nª Sª del Rosario y Animas", de deux-cents cinquante tonnes et trente-quatre canons, le vaisseau amiral "San Nicolas de Bari", de cent-quarante tonnes, et les pataches "San Antonio" et "Santiago". Au total, quatre-cents soixante-dix hommes.
Dans les eaux territoriales américaines, quelques hommes s’enfuirent et ils se virent dans la nécessité de vendre une frégate. La lutte contre les corsaires anglais eut lieu à l’île de la Tortue avec un cotre et un petit bateau.
Mais apparemment l’escadre ne réunissait pas les conditions nécessaires pour un tel combat et les marins n’étaient pas convenablement préparés. Nous n’avons que très peu d’information sur cette flotte, ce qui aurait pu nous permettre de savoir ce qui leur arriva.
© Joseba Urretabizkaia
© Joseba Urretabizkaia
LE XVIIIÈME SIÈCLE
Les attaques françaises
Bien évidemment, le XVIIIème siècle commence par les attaques des corsaires français. Bien qu’en 1692 une frégate avait été équipée à Bilbao pour défendre l’entrée et la sortie des nefs de son estuaire, les vols se succédaient et les corsaires ne respectaient ni les nefs ayant reçu une autorisation, ni les nations amies. En 1709 et 1710, les corsaires français s’emparèrent de vaisseaux en partance pour l’Angleterre et l’Irlande, qui étaient munis de leur passeport correspondant, à la sortie même du port. Les réclamations du Consulat n’eurent aucun résultat.Quant à nos marins, quelques informations isolées nous sont parvenues, comme par exemple celle de Juan de Zuriarrain, d’Amezketa, qui en 1712 mourut sur un navire corsaire.
Nous savons aussi que le Conseil du Gipuzkoa en appela au Roi dans le cas du "San Julian". Ce navire, qui avait appartenu à des gens de Saint Sébastien, était commandé par un corsaire français, et ne cessait de piller partout en Europe sous un autre nom. Selon la lettre envoyée par le Consulat au Conseil du Gipuzkoa, "ce corsaire trompe et pratique la mauvaise foi avec le capitaine et avec ses gens, et utilise le drapeau hollandais qui n’est pas le sien, cachant celui de sa nation ainsi que son propre nom et celui de son navire".
Il est bien connu qu’au cours de ce siècle, les corsaires basco-français connurent un développement extraordinaire, notamment en période de guerre, comme celle des Sept Ans, où ils constituèrent une source d’inquiétude pour l’Angleterre, ainsi que pendant la guerre de l’Indépendance des États-Unis.
© Joseba Urretabizkaia
Les attaques aux Caraïbes
Si nous faisons un saut de l’autre côté de l’Océan, nous pourrons constater qu’au début de ce siècle, la Couronne d’Espagne était incapable d’assumer la surveillance du commerce avec ses colonies; celles-ci à leur tour, riches et développées, n’avaient pas les moyens de transporter leurs produits vers la métropole. Ceci, outre le fait que les Hollandais, les Français et les Anglais s’étaient empressés de s’emparer des petites îles des Caraïbes pour contrôler cette zone, fut la cause de la monopolisation du commerce du Venezuela par les étrangers.Cependant, quelques marins basques ne se résignaient pas, et ils faisaient face au danger que supposait le commerce sur ces côtes. Comme le capitaine Manuel de Iradi, dont la frégate "Jesús, María, José y San Sebastian" fut abordée en 1711 par un corsaire anglais qu’il repoussa avec trois charges serrées d’artillerie et de mousqueterie, sauvant ainsi son immense chargement et les voyageurs qu’il transportait.
Philippe V essaya alors de favoriser le commerce avec outremer en interdisant l’introduction de tout fruit américain qui aurait été transporté par les étrangers, et en diminuant de moitié leurs droits sur le trafic du cacao.
La Real Compañía Guipuzcoana de Caracas
En 1728, Philippe V accorda au Gipuzkoa la permission de partager les bénéfices du commerce avec la Couronne, par la création d’une Compagnie.Le 25 Septembre 1728 l’accord fut signé entre l’Espagne et le Gipuzkoa et, deux ans plus tard, les premières nefs partirent de Pasaia vers Caracas.
A travers la "Real Compañía Guipuzcoana de Caracas", la Couronne espagnole s’assurait de la protection des côtes du Venezuela contre le harcèlement des corsaires et des pirates des autres nations. Les navires de la "Real Compañía de Caracas" étaient armés, ce qui leur permettait d’exercer comme corsaires sans délaisser leurs activités commerciales. Les corsaires de la Compagnie furent redoutables et attaquaient surtout les navires anglais et hollandais qui faisaient du commerce illégal.
La "Real Compañía Guipuzcoana de Caracas" bouleversa l’économie de la province. Ses débuts furent fort difficiles, jusqu’à ce que les habitants du Gipuzkoa réussirent à gagner la confiance des Américains et déplacèrent les Hollandais dans ce commerce. Les bénéfices se firent évidents dans les ports de Pasaia et de Donostia-Saint Sébastien, et se reflétèrent aussi dans la construction navale, qui travaillait sans arrêt.
Le maintien de cette ligne commerciale dépendait de l’existence des corsaires, qui garantissaient la possibilité de la développer. D’autant plus qu’entre 1740 et 1748, la guerre de succession autrichienne transforma l’Espagne et l’Angleterre en ennemis.
© Joseba Urretabizkaia
Mais retournons à nos corsaires, surtout à ceux qui étaient au service de la "Real Compañía Guipuzcoana de Caracas", dont on avait constamment des nouvelles pendant ces années-là. Des navires comme le "San Ignacio", connu comme "La Peregrina", le "Nª Sra. del Coro", l’"Esperancilla" ou le "San Juan Bautista", dont les hommes d’équipages étaient des marins d’Ataun, de Tolosa, de Villabona, d’Extrémadoure, des Basco-français, des Normands, des Portugais et même des ecclésiastiques de Saint Sébastien, ne cessèrent d’être une source constante d’information pendant ces années où les prisons anglaises étaient remplies de corsaires basques. Les ports du Gipuzkoa s’habituèrent à voir rentrer leurs bateaux en traînant derrière eux des navires anglais faits prisonniers et chargés de marchandises, comme en Avril 1744. A cette date on a le témoignage de deux captures anglaises, la première chargée de trente tonnes de cuivre et le même poids en huile, amandes, raisins secs et maroquin, pour une somme totale de quatre-vingt mille "pesos", et la seconde chargée de quatre-cents cinquante habits confectionnés.
Il est évident que les risques ne se limitaient pas à la défense contre l’ennemi "officiel", et à plus forte raison dans des activités de ce genre. Il fallait se tenir sur ses gardes face à tout type de danger. C’est ainsi qu’en 1747, le navire hollandais "Ana Margarita", qui transportait des vivres pour les habitants de Saint Sébastien, et qui se trouvait déjà à l’entrée du port de Saint Sébastien avec les pilotes à bord, fut fait prisonnier par un chébec corsaire de Bayonne qui les conduisit vers cette ville, violant ainsi le traité existant.
La "Casa de Contratación" et le Consulat de Saint Sébastien écrivirent une lettre au Conseil Général de la province dans laquelle, entre autres allusions à des problèmes soulevés par sept nefs espagnoles au port de Bayonne, il est signalé que..."les côtes sont remplies de corsaires anglais", et pour démontrer que "les natifs de cette province n’ont pas oublié leur ancien courage" le Roi est informé que la "Real Compañía Guipuzcoana de Caracas a armé l’un de ses petits navires à destination de La Guaira".
Ce navire fut équipé en deux jours avec vingt canons et soixante hommes d’équipage, prêts à se défendre jusqu’au bout. Dans la même lettre, il est dit également que "des particuliers vont armer un navire corsaire qui s’adonnera à la poursuite des ennemis de Sa Majesté".
Mais les signes de la décadence toute proche apparaissaient déjà. Dès 1776, et plus tard en 1781, deux Décrets Royaux établirent la création de compagnies similaires et dont les droits étaient semblables à ceux de la Compagnie du Gipuzkoa. Cette dernière fusionna en 1785 avec la "Real Compañía de Filipinas".
C’est ainsi que finit la vie de la "Real Compañía Guipuzcoana de Caracas" (1728-1785), qui vécut les années les plus hasardeuses de l’histoire coloniale du Venezuela. En guise d’épilogue, nous pouvons dire que la Compagnie rétablit le contact entre les deux mondes, ce qui supposa un échange d’idées en plus des échanges commerciaux. Ce n’est donc pas par hasard que le Venezuela fut le centre des idées de liberté et d’émancipation des Colonies.
Pour Saint Sébastien, cela supposa le renforcement de la vie municipale et une époque de bien-être.
Il y eut cependant des points noirs, comme l’acceptation de l’esclavage.
Les derniers corsaires
Mais l’ingérence de plus en plus croissante et méticuleuse du Département des Finances ne faisait qu’entraver et rendre moins rentables les affaires corsaires. En 1779, le Consulat de Saint Sébastien propose pour la dernière fois d’armer un navire corsaire.Cette année-là, la ville de Deba se plaignait d’un petit navire corsaire anglais qui rôdait le long de ses côtes, mais elle ne disposait "d’aucun canon", restant à leur merci et sans poudre. Le commandant général de Saint Sébastien, le marquis de Bassecout, parle également "des corsaires ennemis qui infestent nos côtes". Il se plaint aussi du manque d’artillerie.
En 1783, l’Espagne et l’Angleterre, que durent s’affronter encore une fois au cours de ce siècle, cette fois-ci à cause du support espagnol è l’indépendance des États-Unis, parvinrent finalement à signer la paix, après quelques désastres en mer.
© Joseba Urretabizkaia
De l’autre côté de la frontière, c’est justement à la fin du XVIIIème siècle qu’apparaissent les derniers grands personnages corsaires basco-français. Selon Iriart, il s’agit de figures isolées, destinées à vivre des combats et des aventures romanesques, et dont les vies semblent tirées d’un roman.
© Joseba Urretabizkaia
Suivant la tradition des pirates et des loups de mer de la littérature, presque toujours borgnes, mutilés et renégats, nous avons Destebetxo, né à Saint-Jean-de-Luz. A part d’être laid et maigre, il était totalement recouvert de cicatrices, et un coup de canon indiscret lui refit le chirurgie avec l’amputation de ses deux fesses. Il agit surtout dans les eaux du Golfe de Gascogne.
Le flibustier Nicolas Jean de Laffitte naquit en 1791 à Bayonne selon les uns et à Ciboure selon les autres. Il avait son quartier général à la Nouvelle Orléans et son théâtre d’opérations fut l’Amérique. .
La fin
En 1802, l’Ordonnance d’Immatriculation établissait que "pour qu’un navire puisse être armé en corsaire, le Commandant de Marine doit en être avisé", perdant ainsi tout l’attrait de l’imprévu.Cependant, jusqu’à la signature du "Traité de Paris" en 1856, les lettres de marque, qui n’avaient pas été utilisées depuis longtemps, ne furent pas officiellement et définitivement supprimées.
Les hommes de nos ports durent se livrer à des activités qu’ils n’avaient jamais abandonnées totalement et où ils étaient également experts. Le chemin suivi par le destin est irréversible. Les temps modernes sont venus confirmer la mort de nos anciens corsaires.
Corsaires Basques et Bayonnais du XVe au XIXe siècle (Basque and Bayonnais Corsairs from the 15th to the 19th century) Rectoran, Pierre BIBLID [1136-6834 (1998), 11; 7-24]
Pierre Rectoran passe en revue les corsaires basques mais
surtout les grands navigateurs basques (comme Juan Sebastián
Elcano), les explorateurs basques (comme d’Etcheverry, de
Ciboure) et les missionnaires basques (Saint-Ignace de Loyola,
Saint- François Xavier, le cardinal Lavigerie). Il évoque la
prise de Maracaïbo et de Gibraltar (1660) avec Michel le Basque.
Pierre Rectoran-ek euskal pertsonaia multzo bat aurkezten digu:
kortsario eta nabigatzaile handiak (Juan Sebastián Elcano),
esploratzaileak (Ziburuko D’Etcheverry) eta erlijio-gizonak (San
Ignacio Loiolakoa, San Frantzisko Xabier, Lavigerie kardenala).
Amaitzeko, kontatzen digu nola Michel le Basquek hartu zituen
Maracaibo eta Gibraltar (1660).
Pierre Rectoran presenta una galería de corsarios y de grandes
navegantes (como Juan Sebastián Elcano), de exploradores (como
d’Etcheverry, de Ciboure) y de religiosos vascos (San Ignacio de
Loyola, San Francisco Javier, el cardenal Lavigerie). Para
terminar narra la toma de Maracaibo y de Gibraltar (1660) por
Michel le Basque. Archives Manuel de Ynchausti, Ustaritz VIIème
Congrès d’Etudes Basques = Eusko Ikaskuntzaren VII. Kongresua =
VII Congreso de Estudios Vascos (7. 1948. Biarritz). – Donostia :
Eusko Ikaskuntza, 2003. – P. 201-205. – ISBN: 84-8419-931-2.
Par ailleurs, les archives nationales de la Marine contiennent un mémoire qui attribue aux Basques la découverte des côtes d’Amérique plus d’un siècle avant Colomb qui aurait lui- même effectué son expédition, piloté par un Basque, Jean de Biscaye (mémoire daté de 1684). Seules les cartes marines, dont l’une terminée par Juan de la Cosa vers 1500, mentionnant le passage des Basques dans les parages sud de Terre-neuve permettent de supposer qu’en 1492, date de la découverte, ces parages étaient déjà connus. Dans toutes ces cartes du XVIe siècle on trouve des lieux dits à dénomination basque: l’île de Terre-Neuve est appelée Bacallaos (en basque, morues). Sur la côte, nous trouvons encore Urruns (Urrugne, près de Saint-Jean-de-Luz); à l’Ouest, l’île de Capbreton (les marins de Capbreton, à vingt kilomètres de Bayonne, étaient de hardis pêcheurs de baleines et de morues); Ollichilo (en basque, le trou aux mouches); Baya ederra (la belle baie); Angnachar (La vieille Anne); Portuchoa (le petit port), etc...
LES GRANDS NAVIGATEURS BASQUES: JUAN SEBASTIAN DEL CANO
Alors qu’on apprend à tout écolier que Magellan réalisa le premier le tour du monde, l’histoire nous enseigne que le grand navigateur ne put terminer son voyage et que c’est au capitaire basque Juan Sebastián del Cano que revient l’honneur d’avoir accompli le périple.
Deux transfuges portugais s’étaient présentés à Charles Quint:
l’un, Fernando de Magalhaens, plus connu sous le nom de
Magellan, avait été à Malacca et était documenté sur les
Moluques; l’autre était l’astronome Luis Faleiro. Les deux
hommes se complétaient. Ils démontrèrent au roi d’Espagne, une
belle sphère en mains, qu’on pouvait accéder aux Moluques par le
sud-ouest, par un passage conduisant à la mer du Sud, figuré un
peu plus tard, en 1520 dans le globe de Johan Schôner. Magellan
obtint, le 22 mars 1518, qu’une escadrille de 5 bâtiments serait
mise à sa disposition.
Le 21 octobre 1920, fête des Onze mille Vierges, il s’enfonce
dans une baie profonde et lance de l’avant le San Antonio et la
Concepción. Le passage est enfin trouvé (qu’on nommera plus
tard, détroit de Magellan).
Le 6 mars 1521, il découvrit un petit archipel peuplé de Larrons
à qui il fallut reprendre l’esquif de la Trinidad, les armes à
la main. Les malades supplièrent Magellan, s’il tenait quelque
pillard, d’en rapporter les intestins, pensant que c’était le
meilleur des remèdes. Ces insulaires, qui poursuivaient
l’escadrille avec une centaine de canots, avaient une longue
barbe, des cheveux noirs noués sur le front et descendant
jusqu’à la ceinture. Ils portaient des petits chapeaux en fibres
de palmier. A ces îles des Larrons (îles Mariannes, Guam et
Rota) Magellan donna aussi le nom d’îles des Voiles Latines à
cause du gréement triangulaire de leurs pirogues. Le cinquième
dimanche de Carême, dit de Lazare, on aperçut des îles qui
furent en conséquence appelées l’archipel de Saint-Lazare. Au
rajah de Massawah (Limassawa) près de Mindanao qui vint lui
rendre visite, à bord d’une pirogue ou balançais, surmontée d’un
dais, Magellan fit cadeau d’un bonnet d’écarlate et d’une veste
turque.
Pigaferra, invité à descendre au palais royal, lui trouva
l’aspect d’une meule de foin. Le jour de Pâques, Magellan érigea
au sommet d’une colline et au bruit des salves d’artillerie, une
croix garnie de clous et d’une couronne d’épines “l’étendard que
m’a confié mon empereur” expliquait-il au rajah. Plus d’une
surprise l’attendait. Les insulaires étaient logés dans les
arbres et ils se délectaient de la chair des “chiens volants”
qui étaient de grandes chauves-souris. C’étaient pourtant des
gens policés et telle cérémonie nuptiale dans la grande île
voisine, à Mindanao, aurait pu se passer en Europe.
Pilotée par le roi de Limassawa, l’escadrille gagna l’île de
Cébu: “Soyez les bienvenus, dit aux Espagnols le rajah Hamabon,
mais suivant la coutume, payez un droit d’entrée. Non, répondit
Magellan par la voix d’un interprète, je suis le capitaine d’un
grand roi qui ne paie pas de tribut...
Le 14 avril 1521, sur une estrade richement drapée, le rajah
Hamabon entièrement vêtu de blanc, fut baptisé et reçut le nom
de Carlos, en l’honneur de Charles Quint. Sa femme, huit
insulaires et le roi de Limassawa reçurent également le baptême.
A deux portées d’arquebuse de Cébu, était la petite île de Matan
(Mactan) dont le rajah, Ciapulapu, refusa de reconnaître
l’autorité du roi d’Espagne. Le 27 avril 1521, pour l’y
contraindre, Magellan débarqua avec 48 hommes revêtus de
cuirasses et forma ses arbalétriers et mousquetaires en deux
pelotons, soutenus par les sujets du roi de Cébu... Mais
Ciapulapu charge les Espagnols de front et de flanc en les
couvrant d’une nuée de flèches empoisonnées et de lances de
roseau. Ses 1.500 hommes étaient d’autant plus acharnés qu’ils
se croyaient invulnérables, tandis que leurs adversaires,
n’ayant de cuirasse que sur le corps et non aux jambes étaient
faciles à atteindre. Magellan, frappé à la cuisse, tomba et
succomba sous une foule d’insulaires. Ses gens furent tués ou
prirent la fuite. Ciapulapu, vainqueur, refusa de rendre le
corps de Magellan... Les Espagnols allaient d’île en île...
réconfortés enfin, à Cagayan par des Maures qui leur offraient
des rations d’eaude- vie de riz, puis les convièrent au
spectacle de ces combats de coqs qui passionnaient également les
insulaires des îles de la Sonde...
A Burni, au nord-ouest de la grande île de Bornéo,... c’est à
dos d’éléphant que les Espagnols vinrent apporter leurs
présents...; seulement il y eut maldonne. Les Espagnols prirent
pour des préparatifs d’attaque la formation en trois escadres
d’une flotte qui arrivait d’expédition et, ouvrant le feu, ils
capturèrent, quatre jonques dont l’une portait le
capitaine-général de la flotte des Maures, fils du roi de l’île
de Luçon. En retour, Spiripada séquestra les facteurs restés à
terre et envoya à bord un boisseau de têtes de captifs comme
signe de sa puissance.
De Bornéo, l’île du camphre, de la cannelle et des mirobolans, on gagna, pour se radouber, une petite île peuplée de sangliers ou babiroussas, de crocodiles et de grandes tortues. Puis, on fit route sur les Moluques. Le 8 novembre, les Espagnols mouillaient sans encombre à Tidor. En pirogue, assis sous un parasol de soie, un sceptre porté à ses côtés, le roi Almançor était venu à leur rencontre. C’était un musulman. A bord de la Trinidad, il se boucha le nez en sentant la présence de procs qu’aussitôt, pour lui faire honneur ses hôtes mirent à mort. Trônant sur une chaise de velours et comblé de présents il demanda le pavillon et le sceau du roi d’Espagne, dont il reconnaissait par là la suprématie pour lui et les deux cents femmes de son harem.
A son exemple, le 16 novembre, les rois de Gilolo, Bachian et
Makis dont un seul avait six cents enfants, recherchèrent
l’alliance du roi d’Espagne. Juan Sebastián del Cano, le nouveau
capitaine-général des Espagnols, avait gagné la partie en
devançant Diego López de Siqueira, alors à Banda, qui avait
l’ordre de lui donner la chasse avec six navires portugais.
Ses deux navires venaient de déposer, le 14 décembre, leurs
voiles timbrées de la croix de Saint-Jacques; ils avaient salué
de leurs bombardes le roi de Bachian, qui arrivait dans une
pirogue à double rang de rameurs, pavoisée de pavillons en
plumes de perroquet et ils appareillaient, quand l’un d’eux, la
Trinidad, rongé par les tarets, commença à couler. On dut
débarquer son équipage et le laisser à terre avec Juan Carvalho.
La Victoria quitta Tidor le 21 décembre 1521... Le 6 septembre
1522, quand la Victoria jeta l’ancre à San Lucar (près de
Séville) elle n’était plus montée que de quatre Malais et de
dix-huit Européens. Mais elle rapportait 533 quintaux d’épices
et Juan Sebastián del Cano pouvait dire fièrement à l’empereur
Charles-Quint: “J’apporte, outre les cartes des Moluques, les
traités d’alliance et de paix conclus avec tous les rois et
seigneurs de ces îles”.
Charles-Quint fit décerner à Sebastián del Cano des armes
parlante château de sable sur champ de gueules. Au bas, un semis
d’épices (deux bâtons de cannelle, trois noix muscades, trois
clous de girofle). En chef, un heaume fermé portant pour cimier
le globe terrestre avec l’inscription: “Tu primus circumdedisti
me”. Del Cano mourut le 4 août 1526, au cours d’un deuxième
voyage aux Moluques. La mer fut son tombeau.
UN EXPLORATEUR BASQUE DE SOIXANTE-DIX ANS
Un autre explorateur basque, d’Etcheverry, naquit à Ciboure, près de Saint-Jean-de-Luz en 1700. En 1770, il fut chargé d’aller aux îles Moluques dans le but de se procurer des graines de giroflier et de muscadier dont les Hollandais défendaient l’exportation sous peine de mort.
Le 18 mai, M. de Trémigon, lieutenant de vaisseau, partit de l’isle
de France et donna des ordres particuliers au sieur d’Etcheverry
de l’aller joindre à Queda en passant par le détroit de Malac
(Malacca). En conséquence, le sieur d’Etcheverry partit le 5
juin de la dite année et arriva à Achem (ville et port de l’île
de Sumatra) le 17 juillet suivant, son bateau faisant, depuis le
9 de ce mois, 48 pouces d’eau par heure (1 m. 30). Le sieur d’Etcheverry
y trouva M. De Trémigon, avec qui il en partit le 19. Ils firent
route pour Queda où ils arrivèrent le 23. D’Etcheverry partit le
10 août pour Manille, où il arriva avec le “Vigilant” le 18
septembre et ils y relâchèrent jusqu’au 16 janvier 1770.
Le 16 janvier, M. De Trémigon donna ordre au sieur d’Etcheverry
de la suivre aux îles de Miao et de Taffoirey. C’est alors qu’il
lui communiqua le sujet de leur mission. Ils y arrivèrent le 8
mars et, jusqu’au 10, firent sans succès la recherche des
épiceries ce qui décida M. De Trémigon à faire route pour Ceram.
C’est depuis ce jour qu’il n’eut aucune connaissance du
“Vigilant” jusqu’à son retour à l’île de France où il arriva
vingt-cinq jours avant l’Etoile du Matin.
Mission faite par le sieur d’Etcheverry, depuis le 10 mars 1770,
jour de sa séparation d’avec le “Vigilant”, jusqu’au 25 juin
suivant, jour de son retour à l’île de France. “Ce 15 mars,
j’arrivai à la vue de Ceram sans avoir essuyé d’autre mauvais
temps que quelques contrariétés. Du 16 au 17 j’ai éprouvé de
très vifs ressentiments (sic) d’un tremblement de terre et le
18, malgré les dangers pressentis, j’ai mouillé à une lieue d’un
village où je me fis transporter et, d’après mes recherches, ne
prévoyant pas en tirer des instructions relatives à mes vues,
pendant le nuit je revins à mon bord.
Le 22, j’ai mouillé à plus d’une lieue d’un autre village que je
ne pus serrer de plus près par les calmes. Je me rendis à terre
avec M. Prévot. Les personnes destinées à la garde de cet
établissement ne voulurent pas nous laisser descendre: mais, à
force de leur prouver des besoins supposés, ils nous le
permirent et nous firent escorter, ce qui rendit nos démarches
aussi infructueuses que les précédentes...
...Je fis ensuite route pour l’île de Guéby quoique cela fût
contraire aux ordres que j’avais reçus. Quelques réflexions que
j’aie pu faire sur ce qu’un Hollandais m’avait détaillé au sujet
de cette île, le violent désir que j’avais de la connaître
moi-même pour accélérer ma mission, l’emporta sur toute autre
considération. Je m’en approchai et, le 6 avril, je mouillai
près d’un village... ...Je profitai de l’intervalle pour envoyer
mon canot avec un de mes officiers pour faire, aux environs de
Guéby, toutes les observations que je croyais nécessaires. Ils
me rapportèrent quelques particularités qui ne méritent pas
d’être citées, mais je crois devoir instruire qu’ils ont trouvé
dans la partie de l’ouest, à quatre lieues du village où
j’étais, un très beau bassin nommé Poulaseau, à l’abri de tous
les vents et dans lequel on peut mouiller très à l’aise
cinquante vaisseaux de ligne... J’ai passé successivement le
détroit entre Lambroï et Combara et enfin j’arrivai à l’île de
France le 25 juin suivant”.
D’Etcheverry fit un second voyage en 1772. Présenté au roi, il
reçut la croix de Saint-Louis et une pension. Il fut autorisé à
mettre dans ses armes cette devise: “virtute et animo detavit
Galliam”.
LES MISSIONNAIRES
Saint Ignace de Loyola
...Après être demeuré dix mois à Manrèse, il alla s’embarquer à Barcelone, dans le dessein de visiter les saints lieux. Il prit terre à Gaëte, voulant recevoir à Rome la bénédiction du pape et arriva le 4 septembre 1523 à Jérusalem. La ville où Jésus avait souffert lui inspira les sentiments de la plus tendre dévotion. Il aurait voulu se fixer en Palestine et y travailler à la conversion des mahométans; mais le provincial des Franciscains, gardien du saint sépulcre, ne le lui permit pas. Il revint à Venise en 1524. Arrivé à Barcelone, il y étudia la grammaire pendant deux ans, vivant d’aumônes... Il alla ensuite à Alcala, pour y faire sa philosophie. Il s’était attaché trois compagnons qui le secondaient dans ses oeuvres de charité et vivaient comme lui... Soupçonné par les uns de magie, pris par d’autres pour un illuminé, il se vit recherché par l’Inquisition et emprisonné. Ayant recouvré sa liberté, il passa en France en 1528, espérant y achever ses études plus tranquillement et avec plus de fruit... Il avait gagné Pierre Favre, son répétiteur et François Xavier, son professeur de philosophie au collège de Beauvais et Basque comme lui. Trois Espagnols et un Portugais, Laynez, Salmeron, Bobadilla et Rodriguez qui tous devinrent fameux, avaient suivi leur exemple.
Saint François Xavier
Xavier résolut avec Ignace et les nouveaux disciples de cet homme de Dieu de se consacrer à l’apostolat parmi les infidèles... Ils convinrent de se réunir à Venise au début de l’année 1537. Tous, plus trois, furent fidèles au rendez-vous, fin 1536. Xavier alla se loger à l’hôpital des Incurables où il se dévoua au service des malades. Après avoir été ordonné prêtre à Rome... Xavier se dévoua à cette oeuvre (la propagation de l’Evangile dans l’Inde). Il se rendit à Lisbonne et, le 8 avril 1541, il s’embarqua avec le gouverneur des Indes pour cette destination. Il aborda vers la fin août, au port de Mozambique où il passa l’hiver et arriva heureusement, en 1542, à Goa, siège du gouvernement.
De là, il passa dans le royaume de Travancor où, en neuf mois,
il baptisa de sa main dix mille idolâtres. Le zélé missionnaire
se transporta ensuite à Méliapour, appelée aussi la ville de
Saint Thomas, parce qu’une tradition rapporte que ce saint y fut
martyrisé... Il se mit en route pour Malacca où il arriva le 25
novembre 1545. Selon sa coutume, il alla se loger à l’hôpital où
ses soins pour les malades et sa douceur lui concilièrent tous
les esprits. Ses prédications ne furent pas infructueuses. Il
eut la consolation de convertir, non seulement un grand nombre
d’idolâtres, mais encore des juifs et des mahométans. Ayant reçu
de nouveaux missionnaires envoyés par Ignace, il partit le 1er
février pour les îles de Banda. En route, il convertit
l’équipage et, après six semaines de navigation, il prit terre à
Amboine d’où continuant à se diriger vers Macassar, il arriva à
Termate, la principale des Moluques, où sept villages chrétiens
manquaient absolument de prêtres, le seul qui y fut étant décédé
quelque temps auparavant. Xavier crut se devoir à ce troupeau
abandonné. Il y ranima la foi, réforma quelques désordres qui
s’y étaient introduits et y administra les sacrements.
De Termate, il passa en mai 1546 aux îles de More, habitées par un peuple encore barbare. Il parvint cependant à apprivoiser ces sauvages et il en baptisa plus de vingt-cinq mille. Il revint ensuite à Termate où il établit quelques missionnaires, s’arrêta à Amboine, dont il confirma les habitants dans la foi, et arriva en 1547 à Malacca. En passant à Ceylan, il convertit le roi de Candi et un grand nombre de ses sujets. De cochin, il écrivit à Rome pour avoir du secours et, au commencement de mars 1548, il était de retour à Goa. Déjà un collège et un séminaire de la Compagnie de Jésus y étaient établis. Il y fut reçu comme le père commun, y régla les affaires de la chrétienté des Indes, distribua dans les provinces du continent et des îles ceux de ses confrères nouvellement arrivés qui étaient sans emploi et marqua la place de ceux qu’on attendait. Son projet, quoiqu’on lui fit envisager les projets de ce voyage, était de repartir pour le Japon l’année suivante. Il avait eu l’occasion de convertir quelques Japonais, entre autres un nommé Anger, de Cangoxima (ou Kagosima), ville du royaume de Saxuma (ou Satsuma) au Japon. Xavier s’en fit accompagner et y arriva en 1549. Anger alla trouver le roi de Saxuma dont il était connu. S’étant assuré de dispositions favorables sans vouloir entendre parler de religion. Voyant qu’il ne recueillait aucun fruit dans ce lieu où dominaient les bonzes, prêtres du pays, Xavier s’achemina vers Firando, autre ville du Japon. Il y obtint la permission de prêcher et y opéra de nombreuses conversions. Encouragé par ce succès, il prit le chemin de Méacao, capitale de l’empire. Il fallait traverser le royaume de Nangato dont Amangutchi est la capitale.
Xavier qui, en bon basque, ne voulait pas renoncer à son dessein
(d’aller évangéliser la Chine) fut obligé de partir seul, sur un
vaisseau portugais qui faisait voiles pour l’île de Sancian, à
vingt-cinq lieues de la terre vis-à-vis de Canton. Quelque
risque qu’il y eût à mettre le pied sur le sol chinois, Xavier y
était décidé et il avait déjà pris quelques mesures pour cette
périlleuse entreprise, lorsqu’il tomba malade. Après de longues
souffrances, il mourut dans cette île le 2 décembre 1552,
n’étant âgé que de quarante-quatre ans dont il avait passé dix
ans et demi dans de périlleuses missions.
Quelque temps après, on le transporta à Goa où le corps fut
déposé dans la magnifique chapelle de l’église Saint-Paul. Ses
historiens rapportent de nombreux et éclatants miracles qu’il
fit dans le cours de ses missions et qui contribuèrent beaucoup
à leur succès. Xavier fut béatifié par Paul V en 1619 et
canonisé par Grégoire XV en 1622.
Le Cardinal Lavigerie
C’est un Bayonnais qui apportera le flambeau de la chrétienté dans le Nord Africain au XIXe siècle. Le Cardinal Lavigerie docteur en théologie de la Faculté de Paris professa pendant trois ans la littérature latine à l’école des Carmes, puis, à la Sorbonne, de 1854 à 1861, l’histoire ecclésiastique.
Il fondait en même temps l’Oeuvre des Ecoles d’Orient, destinée
à soutenir les missions du Levant. Envoyé en mission dans le
Liban, à la suite des massacres de 1859 et 1860, sa courageuse
conduite le mit en évidence et il fut nommé successivement
auditeur de rote pour la France en 1861, évêque de Nancy en 1863
et enfin archevêque d’Alger en 1867. Il fonda en Algérie des
orphelinats pour les enfants indigènes et s’efforça, par la
création de villages arabes chrétiens, de propager l’Evangile
parmi les musulmans. En 1874, il institua l’ordre des Pères
Blancs, chargés des missions d’Afrique. Après l’établissement du
protectorat français en Tunisie, l’archevêque d’Alger, cardinal
depuis 1882, reçut du pape Léon XIII le titre de primat
d’Afrique et de métropolitain de Carthage. Il parcourut en 1888
l’Italie, la France, l’Angleterre et la Belgique pour établir et
développer, sous le nom de Société antiesclavagiste, une vaste
association destinée à combattre en Afrique la traite et
l’esclavage des noirs. Le cardinal Lavigerie a publié: “Exposé
des erreurs doctrinales du jansénisme”. Il devait appartenir à
un Bayonnais d’attaquer une thèse doctrinale erronée dont un
autre Bayonnais, l’abbé de Saint-Cyran, ami de Jansénius, fut un
des propagateurs. On a encore du cardinal un “Essai sur l’école
chrétienne d’Edesse”; le recueil en latin des “Décrets du
concile provincial d’Alger”; des “Oeuvres choisies” (1884) et
ses “Documents sur la fondation de l’Oeuvre antiesclavagiste”
(1890). Le cardinal Lavigerie mourut à Alger en 1892.
Les Martyrs
A ces trois grands noms. Saint Ignace de Loyola, Saint François Xavier et le cardinal Lavigerie pourrait s’ajouter une longue liste de missionnaires basques, vrais martyrs de la foi, qui moururent dans leur lointaine colonie, minés par les fièvres, ou qui, de retour en France après un long séjour sous ces climats meurtriers, succombèrent aux suites des fatigues de leur apostolat. Plusieurs autres furent massacrés par les infidèles, tel que le fut au Tonkin en 1885 le père Iribarne, né à Osses en 1859. Sa tête fut pendue à un arbre et son corps fut dépecé et grillé.
Un Archevêque Basque de Tokio L’un des plus récemment distingués
fut Mrg. Mugabure, né à Guéthary où il vint mourir après un long
et brillant apostolat au Japon. Il fut successivement évêque de
Yokohama et archevêque de Tokio.
PRISE DE MARACAÏBO ET DE GIBRALTAR
En 1660 Nau l’Olonnais et Michel le Basque firent savoir à tous les aventuriers qu’ils avaient un dessein considérable et que ceux qui voudraient être de la partie eussent à se rendre incessamment à l’île de la Tortue ou à Bahia, sur la côte de l’île de Saint-Domingue. (Nau l’Olonnais et Michel le Basque, son ami, avaient convenus que le premier serait général de l’armée et Michel celui de l’armée de terre.)
En peu de jours l’Olonnais se vit fort de quatre cents hommes
avec lesquels il s’en alla à Bahia. La flotille consistait en
sept vaisseaux et quatre cent quarante hommes armés d’un bon
fusil, de deux pistolets et d’un sabre...
A 6 lieues de l’embouchure du lac de Maracaïbo se trouve la
ville du même nom. Cette ville peut avoir quarante mille
habitants et huit cents hommes capables de porter les armes. Nos
deux aventuriers, Nau l’Olonnais et Michel le Basque, d’accord
avec leurs gens, mirent à la voile. Peu de jours après, ils
descendirent avec à l’île d’Aruba où ils prirent quelques
vivres. Le soir, ils levèrent l’ancre, ils furent aperçus de la
vigie qui signala aussitôt leur présence au fort, d’où l’on tira
le canon pour avertir ceux de la ville que l’ennemi était
proche.
Michel le Basque fit descendre aussitôt son monde à terre et se
mit à leur tête. L’Olonnais, qui voulait partager le péril, y
alla aussi et ils attaquèrent le fort qui n’était constitué que
de gabions remplis de pierre et de terre, derrière lesquels les
Espagnols avaient 14 pièces de canon et deux cent cinquante
hommes. Le combat fut rude, mais comme les aventuriers tiraient
plus juste que les Espagnols, ceux-ci s’affaiblirent tellement,
que les flibustiers, gagnant les embrasures, entrèrent dans le
fort, massacrèrent une partie de la garnison et firent l’autre
prisonnière. Michel le Basque sans perdre de temps avec sa
troupe se dirigea vers Maracaïbo. Les Espagnols, sachant que
leur fort n’offrirait que peu de résistance, s’étaient empressés
de quitter Maracaïbo pour gagner Gibraltar. Nos aventuriers ne
trouvèrent à Maracaïbo que des magasins pleins de marchandises
et des caves remplies de toutes sortes de vins.
Ils ne demeurèrent que quinze jours à Maracaïbo après quoi ils résolurent d’aller à Gibraltar. Quittant Maracaïbo, ils arrivèrent trois jours après à Gibraltar. Il y avait là un petit fort en terrasses avec 6 pièces de front en batterie. Les Espagnols se moquaient des intrépides flibustiers. Ils se contentaient de montrer leur pavillon de soie et de tirer de temps en temps quelques coups de canon.
Malgré cela, Michel le Basque et Nau l’Olonnais mirent leur monde à terre et cherchèrent le moyen d’aller dans les bois surprendre l’ennemi à revers. Quand Michel le Basque vit qu’il ne restait plus, pour atteindre le fort, qu’une seule route où l’on pouvait marcher six de front: “Courage, mes frères, dit-il, il faut s’emparer de ces gens-là ou périr! Suivez-moi et, si je succombe, ne vous arrêtez pas!” A ces mots, il fondit sur les Espagnols, le sabre haut et pistolet en main, suivi de tous ses gens aussi braves que lui.
De retranchement en retranchement, ils obligèrent les Espagnols
à demander quartier... Nau l’Olonnais et Michel le Basque eurent
le bonheur de ne pas être blessés, mais ils eurent le chagrin de
perdre plusieurs braves compagnons. Nos deux chefs aventuriers,
après cette victoire, ne songèrent plus qu’à amasser leur butin.
Michel le Basque renouvela l’année suivante (1667) sa tentative.
Avec quarante hommes seulement, il surprit Maracaïbo, s’empara
des plus riches habitants et s’en servit comme otages, déclarant
qu’il les passerait par les armes si on ne lui comptait sur le
champ une somme importante. Il fallut céder.
Michel le Basque et Junqua de Bayonne
Michel le Basque et un de ses compagnons, Junqua de Bayonne, n’avaient que deux petits navires. Ils enlevèrent à l’abordage les vaisseaux espagnols, bien plus forts et mieux armés que les leurs. Ils envoyèrent à terre ceux qu’ils n’avaient pas tués, les chargeant d’une lettre pour le gouverneur de Carthagène. Ils le remerciaient des bons navires qu’il leur avait envoyés, disant qu’ils continuaient leur croisière dans l’espoir d’en trouver d’autres.
Il est bien des fois fait mention de Michel le Basque dans des
croisières exécutées soit seul, soit en compagnie. Cependant,
nous ne savons point quand ni comment mourut ce héros, que le
roman a popularisé à diverses reprises sans que l’histoire ait
pu dissiper le voile à travers lequel il nous apparaît.
Liste de corsaires basques :
Côté français
Jean d'Albarade (1743-1819),
Jean-Baptiste Darrigrand (1767-1807),
Jean Baptiste Detcheverry (1729-1777),
Jean Dornaldeguy (1764-1855),
Jean Ducasse (1646-1714),
Julien-Joseph Duler (1737-1775),
Bernard Renau d'Elissagaray (1652-1719),
François l'Olonais dit Michel le basque,
Jean d'Olabaratz (1717-1808),
Étienne Pellot « Montvieux », dit le Renard basque (1765-1856),
Jean Sansou (1715-1777),
Jean-Valentin Sépé (1723-1783),
Joannis de Sopite (1700-1766),
Pierre Souhaignet (1708-1761),
Étienne Soustra (1753-1798),
Johannès de Suhigaraychipi dit "Coursic" (?-1694),
Jean Svigaricipi.
Antón de Garay,
Lope de Aguirre,
Pedro de Larraondo,
Juan Perez de Casa
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Iluna Ehulea

